Vers une session d’hiver à distance à l’université

L’Université de Montréal compte augmenter «légèrement le nombre de cours multimodaux, c’est-à-dire donnés à la fois en présence et à distance, en particulier dans les programmes où il y a actuellement très peu d’activités en présentiel».
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’Université de Montréal compte augmenter «légèrement le nombre de cours multimodaux, c’est-à-dire donnés à la fois en présence et à distance, en particulier dans les programmes où il y a actuellement très peu d’activités en présentiel».

L’enseignement sera encore offert principalement à distance lors de la session d’hiver dans les universités québécoises. Des établissements ont commencé à annoncer cette décision, tandis que le Québec entre dans la deuxième vague d’infections au coronavirus.

L’Université de Montréal (UdeM), l’Université Concordia et l’Université du Québec en Outaouais (UQO) ont annoncé lundi que le semestre d’hiver se déroulerait majoritairement à distance. La progression du virus et le passage de trois régions en zone rouge incitent les établissements à la prudence.

« Les autorités de la santé publique préviennent que les prochaines vagues de COVID-19 seront plus difficiles à gérer en raison de la réapparition d’autres virus et du temps froid qui obligera la tenue d’un plus grand nombre d’activités à l’intérieur. Compte tenu de ces facteurs supplémentaires, l’option la plus raisonnable est de continuer à accomplir la grande majorité de notre travail pédagogique et non pédagogique à distance », a écrit le recteur de Concordia, Graham Carr, dans un message à la communauté universitaire.

L’UdeM, de son côté, compte augmenter « légèrement le nombre de cours multimodaux, c’est-à-dire donnés à la fois en présence et à distance, en particulier dans les programmes où il y a actuellement très peu d’activités en présentiel. Cette approche nous permettra d’offrir quelques possibilités supplémentaires d’interactions en présence », indique le recteur Daniel Jutras.

Les universités précisent qu’elles annoncent tôt leurs intentions pour permettre aux étudiants et aux membres du personnel de planifier la prochaine session. Les professeurs et les étudiants ne sont pas surpris, compte tenu de la progression du virus, mais s’ennuient de la vie sur les campus.

Plusieurs n’auront pas mis les pieds à l’université depuis plus d’un an à la fin de la session d’hiver, en avril 2021. La majorité des cours universitaires sont livrés à distance depuis le confinement décrété à la mi-mars, il y a six mois. Des activités de laboratoire et des ateliers pratiques se déroulent en présence, mais la quasi-totalité des cours en sciences humaines ou en arts et lettres, par exemple, sont offerts en ligne.

Des efforts, S.V.P.

« Je ne vois pas beaucoup d’universités qui font des efforts pour enseigner en présence, même si le mot d’ordre du ministère de l’Enseignement supérieur est d’offrir autant que possible des activités en classe », dit Caroline Quesnel, présidente de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN).

Elle estime que la proportion de cours en présence tourne autour de 20 %, et non 30 %, comme l’affirment les universités. La cheffe syndicale aurait aimé que les établissements s’inspirent de l’Université de Sherbrooke (UdeS), qui organise des classes en plein air et dans des églises pour stimuler profs et étudiants.

Jade Marcil, présidente de l’Union étudiante du Québec (UEQ), cite elle aussi l’UdeS comme un modèle trop peu imité parmi les 18 universités québécoises. Elle comprend qu’il faut donner la priorité à la santé, surtout quand les deux plus grandes agglomérations (Montréal et Québec) se trouvent en zone rouge, ainsi que la région de Chaudière-Appalaches.

L’enseignement à distance, l’isolement et les difficultés causées par la crise économique semblent peser sur le moral des étudiants, explique Jade Marcil. L’UEQ s’apprête à consulter ses membres pour connaître leur santé mentale en temps de pandémie, près d’un an après la publication d’une enquête concluant à de la détresse chez les étudiants.

Les associations étudiantes et les syndicats de profs ont hâte que les universités rendent des comptes sur les sommes importantes investies par Québec pour le soutien psychologique, pédagogique et technologique des études supérieures. La ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, a demandé aux établissements de lui indiquer d’ici au mois d’octobre comment ils ont utilisé l’argent.

Profs et étudiants se demandent jusqu’à quel point les sommes servent bel et bien à répondre au soutien pédagogique. « On a l’impression que les universités s’accommodent facilement de l’enseignement à distance, qu’elles en profitent pour augmenter la taille des groupes et investir dans les plateformes informatiques », dit Caroline Quesnel, de la FNEEQ.