Comment se passeront les cours des élèves en quarantaine ?

Certains élèves se retrouvent en quarantaine parce qu’ils ont été en contact avec un cas de COVID-19. D’autres ont contracté la COVID-19, mais ont peu ou pas de symptômes et sont aptes à poursuivre des cours en ligne pendant les dix jours de leur isolement.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Certains élèves se retrouvent en quarantaine parce qu’ils ont été en contact avec un cas de COVID-19. D’autres ont contracté la COVID-19, mais ont peu ou pas de symptômes et sont aptes à poursuivre des cours en ligne pendant les dix jours de leur isolement.

Si des écoles sont fermées ou des régions reconfinées en raison d’une deuxième vague de COVID-19, les élèves touchés auront droit à un minimum de 10,5 à 15 heures d’enseignement à distance par semaine. Les balises sont cependant moins claires pour les élèves en isolement préventif, déplorent des intervenants en éducation.

Dans son plus récent aide-mémoire Protocole d’urgence/plan de reconfinement, le ministère de l’Éducation précise le nombre d’heures minimal de cours ou d’activités de formation et d’éveil qui devra être offert en ligne en cas de fermeture d’établissements : 11,5 heures en maternelle, 10,5 heures en 1re et 2e années, 13 heures en 3e, 4e, 5e et 6e années et 15 heures au secondaire.

Retraits temporaires

« Ces seuils minimaux, ça nous aide, dit Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement. On s’assure d’un service. L’enseignant est au courant. Tout le monde est au courant. Mais ce qui est plus difficile, c’est ce qu’on vit présentement, les retraits temporaires. »

 
10,5
C’est le nombre d’heures minimum d’activités de formation à distance qu’un élève recevra en cas de fermeture d’écoles

Certains élèves se retrouvent en quarantaine parce qu’ils ont été en contact avec un cas de COVID-19. D’autres ont contracté la COVID-19, mais ont peu ou pas de symptômes et sont aptes à poursuivre des cours en ligne pendant les dix jours de leur isolement.

« [Dans ces cas], l’élève n’a pas droit au seuil minimal de services, dit Nicolas Prévost. Il est considéré comme s’il avait une grippe ou une gastro. »

Le jeune retourne donc à la maison avec des devoirs et des leçons dans son sac à dos. « L’enseignant devrait prendre contact avec lui dans les jours où il ne sera pas à l’école, dit Nicolas Prévost. Mais il n’y a pas une obligation de recevoir 12 ou 15 heures de services. Donc, un enseignant pourrait l’appeler deux fois dans la semaine. »

Une situation inacceptable aux yeux du président de la Fédération des comités de parents du Québec, Kévin Roy. « Je comprends que les enseignants et les directions en ont énormément sur les bras, dit-il, mais il faut qu’il y ait du soutien offert à ces élèves, selon les mêmes balises que les classes complètes, avec des heures garanties. »

C’est sûr que les parents vont encore être sollicités, mais on ne peut pas oublier qu’on est encore en train de vivre avec la COVID-19. Il y a des désagréments pour tout le monde.

La présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire juge irréaliste de demander à un enseignant d’offrir 15 heures d’enseignement à distance à un élève en isolement en plus de sa tâche en classe. « Quand l’enfant est à la maison, on peut s’attendre à du travail qu’on envoie dans un sac d’école, dit Hélène Bourdages. C’est sûr que les parents vont encore être sollicités, mais on ne peut pas oublier qu’on est encore en train de vivre avec la COVID-19. Il y a des désagréments pour tout le monde. »

La Fédération autonome de l’enseignement (FAE) croit que le ministère de l’Éducation doit éclaircir la question du suivi des élèves en quarantaine ou en isolement. « Si l’élève est confiné pendant 10 jours ou 14 jours, on doit assurer le service éducationnel, mais qui va s’en occuper ? demande Sylvain Mallette. Ce n’est pas qu’on ne veut pas, mais il y a vraiment un problème de faisabilité. » Des enseignants retraités pourraient donner un coup de main à ces élèves, avance-t-il.

En soirée mercredi, le ministère de l’Éducation n’avait toujours pas répondu aux questions du Devoir à ce sujet.

Cinq classes d’une école en isolement

Ces situations risquent de se multiplier cet automne. Depuis la rentrée, 70 écoles ont rapporté une infection au coronavirus et 50 autres ont signalé un potentiel cas, selon le plus récent bilan du gouvernement en ligne, qui date du 4 septembre à 16 h 30.

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À l’école primaire Adrien-Gamache à Longueuil, cinq cas ont été dénombrés, dans cinq classes différentes. Une centaine d’élèves, sur les 659, sont en isolement préventif à domicile depuis mardi. Selon le centre de services scolaire Marie-Victorin, les seuils d’enseignement à domicile minimaux (entre 10,5 et 13 heures) ont été atteints dès mercredi matin pour « tous les élèves touchés ». Le Syndicat de Champlain confirme que les cinq enseignants sont bel et bien en « télétravail ».

Le 11 août, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a affirmé qu’« advenant la fermeture d’une classe, il y aura des balises claires pour assurer qu’à l’intérieur de 24 heures, on bascule vers l’enseignement à distance ».

Québec demande aussi aux écoles de s’assurer que tous les élèves ont accès à des outils technologiques en cas d’apprentissage à distance. Le centre de services scolaire de Montréal sonde actuellement les parents des élèves à ce sujet pour déterminer leurs besoins en équipement informatique.

Les centres de services scolaires ont jusqu’au 15 septembre pour soumettre les protocoles d’urgence de leurs établissements. Beaucoup travaillent encore à leur élaboration.

« Au centre de services scolaire des Patriotes, on a déjà repéré les élèves qui n’ont pas d’ordinateur ou de tablette et on est à envoyer les outils qui manquent dans les établissements », indique Éric Gingras, président du Syndicat de Champlain, qui représente les enseignants de ce centre en Montérégie.

Un casse-tête pour les écoles

La compilation des cas de COVID-19 donne des maux de tête aux établissements scolaires. Le gouvernement leur demande chaque jour de remplir des formulaires faisant état des absences en classe, afin de tenir à jour la liste des écoles touchées publiée en ligne.

« Il faut indiquer l’absence, peu importe le motif, précise Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement. Par exemple, si un enfant est parti chez sa grand-mère, il faut l’inscrire. » Une procédure longue et complexe, selon lui. « On peut remplir les cas d’absence liés à la COVID-19, dit-il. Mais l’ensemble des absences, on trouve ça un peu fastidieux. »

La question fait l’objet de discussions avec la Santé publique, selon l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire. « On est en train de développer les mécanismes de reddition de comptes à la Santé publique qui peuvent être faisables dans des écoles, dit sa présidente, Hélène Bourdages. On comprend que les directions d’école ne peuvent pas passer une demi-journée chaque jour à remplir des formulaires d’absence, parce qu’il y a plein d’autres dossiers à gérer. Mais il faut que ce soit fait à une certaine hauteur pour que la santé publique repère rapidement les cas. »

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1 commentaire
  • Jason CARON-MICHAUD - Abonné 10 septembre 2020 08 h 22

    Oui à l'école obligatoire!

    Il est des journalistes qui veulent me parler m'a-t-on dit?

    Peut-être ont-ils à mieux lire Le Devoir et des commentaires à ses précieux articles?

    «Mais qui a dit que l'école obligatoire devait nécessairement être en présence enfant? Une école virtuelle obligatoire, chez les élèves du 2e cycle du primaire jusqu'à la fin du secondaire peut très bien être mise sur pied en tant qu'alternative, et ce, dans une stratégie d'enseignement efficace, avec plan d'apprentissage, interaction et consolidation dont devoirs et surtout rétroaction adéquate sur lesdits devoirs. Les enfants ont besoin d'une rétroaction sur leurs apprentissages: c'est le moment d'un précieux renforcement positif. Repuerescere disait ÉRASME. Or, quelle joie spinoziste de recevoir un 20/20 avec un «bravo!» de son enseignant après un travail bien réalisé! Quelle joie de partager ce résultat[] avec ses parents et ses proches! Et puis l'enseignement virtuel permet à l'école de garder le cap sur sa mission première: l'instruction. Et ce, au lieu de se perdre en gestion des comportements liés à la COVID. Un enseignement virtuel obligatoire peut très bien s'inscrire dans un plan stratégique vers la réussite éducative. Fournir, de manière transparente aux parents et à nos institutions, un enseignement virtuel de qualité aux élèves peut même contribuer à rehausser le niveau de notre système d'éducation pour tous. Ainsi, dans cette situation particulière de pandémie, s'il est vrai que Québec doit garder le cap sur l'école obligatoire, pourquoi n'être sensible à la demande d'une école obligatoire offerte aussi virtuellement? » CARON-MICHAUD, Jason, «Oui à l'école obligatoire!» commentaire à CHOUINARD, Marie-Andrée, Espoirs pour la rentrée, in Le Devoir, 7 août 2020

    N'en conste-t-il le corollaire suivant: tout enfant subissant les conséquences d'un cas de COVID dans son école doit, dans les plus brefs délais, avoir accès à l'éducation qui lui est due, virtuelle ou non?