Plusieurs questions demeurent pour les parents et les professeurs

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a présenté lundi les lignes directrices de son plan en vue de l’année scolaire qui s’amorcera à la fin du mois d’août.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a présenté lundi les lignes directrices de son plan en vue de l’année scolaire qui s’amorcera à la fin du mois d’août.

Bien que le milieu de l’éducation se dise passablement rassuré, beaucoup d’inconnues demeurent dans le plan que le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a présenté lundi en conférence de presse. Parmi elles, l’enseignement à distance, advenant une éclosion, suscite bien des questions.

« Dans un contexte de pandémie où on a un virus qui est mortel, la réaction qui est saine, c’est d’avoir toujours des questions et de ne jamais se contenter des réponses qu’on a », a déclaré Sylvain Mallette, le président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), en précisant que le plan plus détaillé du ministre a néanmoins permis de rassurer les enseignants sur plusieurs points.

L’enseignement à distance a été vertement critiqué par les parents au printemps dernier parce qu’il était inéquitable et à géométrie variable. Une pétition signée par plus de 18 000 personnes exigeant que les parents aient le choix entre le retour en classe ou l’enseignement à distance — comme c’est le cas en Ontario — continue de circuler et des parents ont même mis en demeure le ministre Jean-François Roberge la semaine dernière pour qu’il offre cette option.

Dans un contexte de pandémie où on a un virus qui est mortel, la réaction qui est saine, c’est d’avoir toujours des questions

Celui-ci dit toutefois avoir appris des leçons du printemps. Selon sa formule de garantie « équité-qualité » qui assurera un minimum de 15 heures de formation par semaine en format virtuel, il sera possible de fermer durant deux ou trois semaines une classe où il y aurait des cas, sans fermer toute l’école. Et « en moins de 24 heures, on bascule vers l’enseignement à distance », a-t-il précisé lors d’un point de presse, lundi après-midi. Les élèves retourneront à la maison, ceux qui ne sont pas équipés d’une tablette ou d’un ordinateur recevront l’équipement nécessaire en 12 à 24 heures et, le plus rapidement possible, l’élève aura accès à son professeur depuis la maison. C’est faisable ?

Un enseignement « faisable »

« Le ministre s’est un peu avancé en disant qu’on serait prêts en 24 heures. C’est sûr qu’on ne revivra pas le flottement qu’on a vécu au printemps, mais il faut être capable de faire les choses intelligemment. Ça ne veut pas dire que tout le monde a une connexion [Internet] et que toutes les familles du Québec sont équipées en haut débit », a dit Sylvain Mallette. « Je préfère dire qu’on ne revivra pas le même flottement et qu’il faut tenir compte du contexte dans lequel [telle ou telle école] s’est retrouvée. »

Et si c’est le professeur qui tombe malade ? Qui reprendra sa classe ? C’est une des questions que se pose Catherine Martin, une enseignante de 6e année. « Et si un élève est retiré de la classe 3 ou 4 jours en attendant le résultat de son test, est-ce que c’est son professeur qui va continuer de le suivre ou ça va être des suppléants embauchés qui vont s’occuper de lui ? » demande-t-elle. Chose certaine, l’élève devra partir chaque soir avec tous ses cahiers. « Car on ne sait pas ce qui va arriver le lendemain. »

L’enseignement à distance sera « faisable », pour peu qu’il soit d’une durée limitée. « Je ne crois pas que 15 heures [par semaine] pour mon niveau soient envisageables. J’ai fait au moins une heure par jour en mai et juin, mais au-delà de ça, c’est beaucoup pour les enfants. Et il faut tenir compte du fait que certains doivent partager leur outil (ordi, tablette, etc.) avec leurs frères et sœurs, donc ça devient difficile », a-t-elle avancé.

Quand on lui demande si elle se sent bien outillée, Catherine Martin dit avoir reçu une bonne formation de la TELUQ — arrivée trop tard toutefois —, mais compter surtout sur ses propres compétences acquises « sur le tas ». « Pas mal tous les profs que je connais se sont autoformés. On s’est donné des trucs et on a appris beaucoup de choses. Les élèves aussi », note l’enseignante, qui se dit tout de même optimiste.

Du côté des parents

Les parents se posent aussi des questions, même s’il y en a de moins en moins sur la liste. Depuis qu’il a été annoncé que les « bulles » seraient les classes elles-mêmes, comment fonctionneront les services de garde où tous les élèves se retrouvent  ? Va-t-on devoir tester tous les enfants au moindre rhume ? Et s’ils reçoivent un test négatif, devront-ils quand même rester à la maison pour ne pas inquiéter les autres ? « On ne peut pas dire qu’on a toutes les réponses », a indiqué au Devoir Marc-Étienne Deslauriers, porte-parole du Regroupement des comités de parents autonomes du Québec, formés de comités de parents de la région de Montréal et de Laval qui se sont récemment dissociés de la Fédération des comités de parents.

Il déplore que le ministre Roberge ne tienne pas davantage compte de la réalité des enfants de la métropole. « Sur le plan pédagogique, il reste énormément de questions, surtout pour Montréal. Ce sont nos enfants qui sont restés à la maison et n’ont pas eu la chance de retourner à l’école, alors de se faire proposer une rentrée partout au Québec en même temps, ça ne donne pas l’impression qu’on a été considérés dans notre contexte particulier, avec des écoles surpeuplées et beaucoup d’immigration. »

D’après lui, les écoles ne sont pas prêtes à donner l’enseignement à distance. « Selon ce que j’ai vu au printemps et le travail que je vois et qui aurait dû être fait, je ne sens pas que ça va être quelque chose de possible rapidement », a-t-il dit. Il suggère d’ajouter des journées pédagogiques pour permettre à chaque école de bien se préparer à la venue des élèves. « Je ne veux pas me montrer alarmiste. C’est porté à bout de bras par des gens qui travaillent énormément, concède-t-il. Mais je ne suis pas complètement rassuré. »

Avec Marco Fortier et Mylène Crête

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