Les enseignants ignorent tout du plan de retour en classe

François Legault avait initialement envisagé de rouvrir les écoles et les garderies avant même le 4 mai — leur fermeture avait été annoncée jusqu’à cette date.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir François Legault avait initialement envisagé de rouvrir les écoles et les garderies avant même le 4 mai — leur fermeture avait été annoncée jusqu’à cette date.

Le très attendu plan de réouverture des écoles sera dévoilé par le gouvernement Legault lundi. Bien que parmi les principaux concernés, les enseignants le découvriront en même temps que le reste de la population, déplorent des syndicats.

Une source gouvernementale a confirmé au Devoir que Québec prévoit dévoiler son plan lundi après-midi, après le point de presse quotidien du premier ministre, François Legault. Le moment précis de l’annonce pourrait être modifié.

On devrait donc enfin connaître la date du retour en classe des niveaux primaire et secondaire et les mesures qui seront mises en place pour faire respecter les règles sanitaires, notamment la distanciation physique.

François Legault avait initialement envisagé de rouvrir les écoles et les garderies avant même le 4 mai — leur fermeture avait été annoncée jusqu’à cette date. Mais devant les critiques des parents et du milieu enseignant, et considérant la progression du virus à travers la province, il s’est ravisé.

Il a annoncé la semaine dernière une réouverture graduelle des écoles, n’excluant pas un retour en classe à temps partiel, à une date différente d’une région à l’autre, par exemple. Mais en aucun cas les parents ne seront obligés d’envoyer leurs enfants en classe, a-t-il assuré.

Depuis, aucun détail n’a filtré. Il faut dire que ni les partis d’opposition ni le milieu de l’éducation n’ont été informés du plan du gouvernement.

« On n’a pas du tout été associés à la rédaction du plan final. On va le découvrir comme tout le monde [lundi]. C’est inacceptable ! » déplore Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

Le ministre de l’Éducation avait pourtant mis sur pied 14 comités invités à proposer leurs recommandations début mai. « Oui, on a eu des discussions. Mais à quoi bon procéder ainsi si le plan est finalement rédigé et dévoilé avant le dépôt des recommandations ? » se questionne M. Mallette, estimant que les enseignants auraient pu apporter leur expertise sur la réalité du terrain.

La FAE ne s’oppose pas à la réouverture des écoles, dit-il, mais un peu plus de transparence de Québec aurait été souhaitée.

« J’ose espérer que le gouvernement nous parlera avant le point de presse [lundi] », insiste de son côté Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE).

Immunité collective

Dans l’attente des détails, les deux fédérations se disent inquiètes devant le manque de consensus scientifique concernant l’immunité collective, qui motive, entre autres, la réouverture des écoles au Québec et ailleurs dans le monde.

L’Organisation mondiale de la santé a prévenu samedi qu’il n’existait pour le moment aucune preuve que des personnes déclarées positives au nouveau coronavirus soient ensuite complètement immunisées et protégées contre une nouvelle infection.

« Les avis contradictoires des spécialistes ne font que nourrir la confusion dans le réseau de l’éducation, déjà plongé dans un climat très anxiogène », fait valoir M. Mallette.

La présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal, Catherine Beauvais-St-Pierre, abonde dans le même sens. « Une journée, des spécialistes assurent que le retour à l’école est sans danger, le lendemain c’est le contraire. Ça varie d’un jour à l’autre, d’un expert à l’autre, d’une province à l’autre », souligne-t-elle. Dimanche, l’Ontario a annoncé vouloir garder ses écoles fermées au moins jusqu’au 31 mai pour assurer la sécurité des élèves et des enseignants.

Des réponses

Dans une situation aussi floue, Josée Scalabrini, de la FSE, espère que legouvernement fera preuve de clarté lundi pour ne laisser aucune question sans réponse. Car des questions, il y en a beaucoup : comment les mesures de distanciation pourront-elles s’appliquer ? Y aura-t-il assez de personnel pour assurer la propreté des établissements ? Les enseignants devront-ils consolider ou approfondir les acquis des élèves ? Etc.

Le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) se posent les mêmes questions. La porte-parole du PQ en matière d’éducation et de famille, Véronique Hivon, se demande si les enfants restés à la maison bénéficieront d’un plan d’accompagnement personnalisé. Son homologue pour QS, Christine Labrie, espère quant à elle des « balises claires » pour permettre au personnel en éducation à la santé fragile de ne pas être obligé de retourner au travail. Au moment où ces lignes étaient écrites, le Parti libéral du Québec n’avait pas donné de réponse à nos appels.