Résistance contre les cours à distance des cégeps et des universités

Plus de 115 000 étudiants de niveau collégial et universitaire ont signé une pétition réclamant l’annulation des cours et la reconnaissance des crédits sans note chiffrée.
Photo: Yuri Arcurs Getty Images Plus de 115 000 étudiants de niveau collégial et universitaire ont signé une pétition réclamant l’annulation des cours et la reconnaissance des crédits sans note chiffrée.

L’obligation de finir la session par l’enseignement à distance crée de l’anxiété dans les cégeps et les universités, qui préparent la suite des cours dans des conditions exceptionnelles. Limites technologiques, enfants à scolariser à la maison, étudiants qui travaillent dans les services essentiels : les obstacles se multiplient pour les étudiants et les professeurs.

Plus de 115 000 étudiants de niveau collégial et universitaire ont signé une pétition réclamant l’annulation des cours et la reconnaissance des crédits sans note chiffrée. Des dizaines d’autres font circuler des lettres d’opinion qui déplorent l’improvisation entourant la suite des apprentissages. Des professeurs réclament aussi la suspension de la session devant l’ampleur des difficultés.

Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, dit comprendre le défi de continuer les apprentissages dans ces conditions sans précédent, mais il exhorte le milieu scolaire à ne pas abandonner.

« Je reçois plein de messages de profs et d’étudiants qui sont contents que ça recommence. Si on leur disait : “Tu es motivé, ton prof est motivé, mais c’est fini, il est interdit d’apprendre”, je pense qu’on serait loin de la mission du réseau scolaire », a dit le ministre en entrevue avec Le Devoir.

« On ne peut pas dire : “Parce que certains éprouvent des difficultés, personne ne peut continuer”», a-t-il ajouté.

Après les universités, qui ont pour la plupart annoncé que la formation allait se poursuivre en ligne, les cégeps se démènent pour offrir des cours à distance. C’est toute une adaptation pour les professeurs, qui doivent remanier leurs cours et planifier des évaluations par Internet en quelques jours à peine.

« Vraiment, enseigner me semble tout à fait surréaliste dans le contexte que nous connaissons. J’ai vraiment l’impression d’être dans un très mauvais film : pas crédible du tout ! », indique Johanne Voyer, enseignante au programme médias du cégep de La Pocatière.

Certains de ses étudiants en milieu rural n’ont pas accès à Internet haute vitesse. Impossible dans ces conditions de suivre l’enseignement à distance. Le blocage du Bas-Saint-Laurent par le gouvernement, annoncé dimanche pour contenir la propagation du coronavirus, complique la tâche de plusieurs enseignants et étudiants, qui peuvent difficilement se rendre au cégep pour aller chercher du matériel scolaire.

Elle pense aussi à un de ses étudiants dont les parents ont perdu leur emploi et qui travaille de nuit pour assembler des lits d’hôpital. À une étudiante qui travaille de longues heures au supermarché.

Catherine Landry, étudiante à l’Université Laval au baccalauréat intégré en sciences historiques et études patrimoniales, a tout un problème pour suivre ses cours en ligne : « Ici, il n’y a pas d’Internet haute vitesse, ni même de vitesse tout court », confie celle qui vit chez ses parents à Notre-Dame-du-Bon-Conseil, près de Drummondville.

Elle doit faire 30 minutes de voiture pour aller se brancher à Internet chez son copain. « Ça me pousse à ne pas respecter les règles prônant de rester chez soi, mais je ne pouvais pas faire autrement », dit-elle.

Rendez-vous après la crise

« Les étudiants du Québec ne sont tout simplement pas disposés à poursuivre leur apprentissage dans ces conditions. Avec les cours en ligne, on se dirige vers une véritable catastrophe », dit Jérémy Laplante, étudiant au programme international au cégep Garneau, à Sainte-Foy.

Il a lancé un groupe Facebook qui réclame la suspension des cours et l’octroi des crédits sans note finale dans les cégeps et les universités. Il estime qu’il faudra reprendre certains apprentissages essentiels après la crise, sur les bancs des établissements, et non en ligne.

Laura Perez se prépare à ce scénario. Elle devait achever son diplôme d’études collégiales (DEC) en impression textile en mai. À la fin de ses trois années d’études, elle devait présenter sa collection de textiles lors d’une exposition prévue le 12 mai.

« C’est un projet de fin d’année sur lequel on travaille depuis le début du DEC. C’est ce qui a le plus de poids dans notre programme, il y a même un jury et des prix », explique-t-elle.

La pandémie de coronavirus a tout mis sur pause, car pour finir son projet, impossible pour Laura Perez de suivre des cours en ligne. Elle a besoin de matériel spécifique et d’avoir accès à l’atelier du Centre design et impression textile de Saint-Henri, à Montréal, affilié au cégep du Vieux-Montréal.

L’étudiante ne craint pas de voir sa session annulée pour le moment. « C’est en suspens. Les professeurs doivent s’adapter et trouver une solution. Au pire, ce sera simplement reporté. »

Les cours reprendront en ligne en donnant « toute la flexibilité aux institutions et aux professeurs pour respecter le rythme des étudiants », explique le ministre Jean-François Roberge.

Par exemple, les cégeps peuvent désormais accorder une note « équivalente », non chiffrée, pour les étudiants qui ont réussi leur cours sans qu’il soit possible d’établir une note. Des dossiers « incomplets » peuvent aussi être attribués pour les étudiants qui ne peuvent terminer leur session pour toutes sortes de raisons, explique le ministre.

Il sera possible de reprendre à la fin de la crise du coronavirus des stages ou des activités de laboratoire, par exemple, qui ont été annulés. « Tout le monde est en train de s’ajuster, de se réorienter » au fil de l’évolution des événements, fait valoir Jean-François Roberge.

Il souligne aussi que les cours réussis sans note chiffrée n’influeront pas sur la cote R des étudiants : Québec calculera la cote R avec et sans la session d’hiver 2020. La meilleure des deux notes sera attribuée à chaque étudiant.


 
22 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 31 mars 2020 04 h 20

    Bonne idée

    Je me souviens de certains cours. On pouvait suivre le cours avec les volumes et on allait au cours pour faire une présence. Un cours en ligen avec les questions au prof en commentaires ferait très bien.

  • Pierre St-Amant - Abonné 31 mars 2020 05 h 17

    Certaines universités ont mis fin à la session

    Par exemple l'Université du Québec en Outaouais. Pourquoi? Très décevant pour plusieurs étudiants. Notamment ceux qui avaient bien entrepris la session et dont les efforts ne seront pas reconnus.

    • Chantal Leclair - Abonnée 31 mars 2020 21 h 08

      Effectivement. Très décevant de lapart de l'UQO.

  • Michel J. Grenier - Abonné 31 mars 2020 06 h 09

    Il y a un début à tout...

    La crise actuelle nous donne une immense opportunité de revoir nos façons de faire et de vivre, dans tous les domaines, pour une plus grande efficacité, à des coûts moindres, tout en respectant notre environnement.

    J'utilise le télé-travail depuis plusieurs années avec très grand succès, tout en demeurant avec ma famille, confinés que nous sommes présentement, à Abidjan, Côte d'Ivoire, Afrique.

    Nous tenons des réunions d'information et de formation à travers le monde, de façon efficace et ordonnée, sans pertes de temps inutiles, ni dépenses exagérées en transport, restauration et hébergement.

    Après avoir essayé plusieurs systèmes, à travers les années, dans des conditions de connexion Internet minimales et, parfois, difficiles, j'ai adopté ZOOM qui permet des réunions face à face et des wébinaires, en petits groupes ou de très grands groupes, peu importe l'endroit de résidence.

    Je trouve que ces nouvelles technologies nous ouvrent des possibilités encore inconnues et inexplorées par plusieurs, à des coûts minimes, dans le plus grand respect de notre environnement et dans la joie d'être avec nos familles.

  • denis jeffrey - Abonné 31 mars 2020 06 h 49

    Plaintes inutiles

    Il y a toujours des gens qui se plaignent parce qu'ils ne savent pas faire. Nous en avons pour quelques années à faire cours en ligne. Que les traînards et les plaignards prennent leur courage à deux mains et voient comment ils peuvent continuer à enseigner. C'est un défi pour tous les prof universitaires et cégeniens. Il n'y a pas de retour en arrière avant longtemps. Ce ne seront plus les mêmes cours, mais les étudiants et les étudiantes doivent profiter du confinement, qui sera très long, pour continuer à nourrir leur esprit, à apprendre, à réfléchir, à résoudre des problèmes, à faire un travail sur eux-mêmes, à se construire comme sujet éthique. Ce n'est pas facile pour personne, c'est même très angoissant, mais nous n'avons pas le choix d'être résiliants, c'est-à-dire d'être convaincus qu'un nouveau futur est à préparer.

    • Valérie Descôteaux - Abonnée 31 mars 2020 10 h 43

      Je suis d'accord avec vous lorsqu'on nous donne le temps d'apprendre à maîtriser les outils informatiques d'enseignement à distance. Actuellement, dans mon université, on m'a demandé de le faire... en moins d'une semaine... avec un enfant de huit ans à la maison. Sans vouloir me plaindre pour rien, ce qui n'est pas dans mes habitudes, il faut reconnaître surtout reconnaître que la situation est surtout inéquitable pour les jeunes. Je veux la réussite de mes étudiants, je donne mon 200 % chaque jour pour passer à travers, mais le contexte d'apprentissage ne devient plus universel. Encore une fois, ce sera la classe des nantis qui s'en sortira le mieux! C'est très dommageable.

  • Anne-Marie Cornellier - Abonnée 31 mars 2020 07 h 41

    Obligation de déplacement

    Nous habitons Joliette et mon fils va au CEGEP Ahuntsic, il devra se déplacer pour aller chercher ses livres au CEGEP, alors qu'on nous demande de ne pas aller à Montréal, franchement que faire ? Et cela sans compter qu'on ferme sa résidence et doit aller vider son appart avant le 13 avril 2020 , difficile dans ce contexte de suivre les recommandations de la santé publique.

    • Tristan Roy - Inscrit 31 mars 2020 10 h 18

      La poste fonctionne toujours. Sinon il y a Fedex, UPS etc...