Pénurie dans 40 métiers à la CSDM

Les suppléants deviennent tellement rares que les enseignants en place doivent faire des prouesses pour assurer une présence dans les groupes privés de titulaire.
Photo: Xavier Arnau Getty Images Les suppléants deviennent tellement rares que les enseignants en place doivent faire des prouesses pour assurer une présence dans les groupes privés de titulaire.

La pénurie de personnel frappe désormais toutes les catégories d’emploi dans les écoles de la grande région de Montréal. La plus importante commission scolaire du Québec a dressé une liste de 40 métiers et professions en difficulté de recrutement, qui inclut non seulement les enseignants, mais aussi les directions d’école, les éducatrices en service de garde, les professionnels (psychologues, orthophonistes, etc.), les cuisiniers et une série d’autres postes en soutien technique, administratif et manuel.

Ce manque criant de personnel frappe non seulement dans l’île de Montréal, mais aussi sur la Rive-Sud, a appris Le Devoir. La Commission scolaire Marie-Victorin (CSMV), qui couvre les villes de Longueuil, de Saint-Lambert et de Brossard, confirme que la pénurie de personnel touche « tous les domaines d’emploi ».

« On a des défis de recrutement dans tous les métiers en éducation », renchérit Catherine Harel Bourdon, présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM). Elle vient de faire parvenir à ses 200 écoles un tableau qui détaille les 40 professions touchées par la pénurie ou les difficultés de recrutement.

Ce manque de personnel se fait sentir en classe. Les suppléants deviennent tellement rares que les enseignants en place doivent faire des prouesses pour assurer une présence dans les groupes privés de titulaire.

« C’est énormément de pression, une grande surcharge de travail. Je suis épuisée. Je n’ai jamais vu ça en 20 ans de métier », dit en soupirant Amélie (nom fictif), enseignante du primaire à la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB), dans l’ouest de Montréal.

L’enseignante de la classe voisine, titulaire d’un groupe de même niveau, est en congé de maladie. Les suppléants se succèdent. Ils trouvent toujours un poste plus intéressant dans une autre école. Le remplaçant actuel s’est engagé à rester deux semaines.

« Syndrome de mère Teresa »

« La figure de stabilité dans la vie des enfants de cette classe, c’est moi », raconte Amélie. Autrement dit, elle s’occupe de sa classe… et de la classe voisine. Un total de 44 enfants, dont 16 ont un plan d’intervention qui nécessite un suivi très serré.

Chaque fois qu’un nouveau suppléant arrive, c’est Amélie qui lui donne les consignes. Elle gère les inquiétudes des parents et l’anxiété des enfants. « Je ne peux pas laisser tomber des élèves, même s’ils ne sont pas dans ma classe. Je suis une prof. On a tous un peu le syndrome de mère Teresa », dit-elle.

Ce n’est pas normal qu’on ait les salaires les plus bas au Québec pour les ingénieurs et les architectes

Diane Lamarche Venne, présidente de la CSMB, reconnaît que ce genre de situation arrive malheureusement. « J’ai beaucoup de sympathie pour nos enseignants. La pénurie ne s’améliore pas. C’est une situation complexe. Tout le monde met la main à la pâte, on s’entraide », dit-elle.

La présidente tente elle-même de recruter du personnel. La commission scolaire aide ses nouveaux employés à trouver un logement. Une entente avec l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue permet aux suppléants non légalement qualifiés (ils sont une centaine à la CSMB) de se former à distance, tout en travaillant auprès des élèves.

Mme Lamarche Venne se réjouit que le gouvernement Legault ajoute les enseignants à la liste des professions en pénurie, qui sont admissibles à des procédures d’immigration simplifiées. Cela facilitera le recrutement de profs à l’étranger, notamment en France.

Manque d’expertise

Comme dans les commissions scolaires voisines, la CSMB souffre aussi d’une pénurie « extrêmement préoccupante » de professionnels. Les psychologues, entre autres, se tournent vers le privé, où les salaires sont nettement plus élevés.

« Le gouvernement et les employés de l’État sont en négociation pour les conventions collectives : il faut augmenter les salaires de toutes les catégories d’emploi en éducation. Ce n’est pas normal qu’on ait les salaires les plus bas au Québec pour les ingénieurs et les architectes. Ils ont l’embarras du choix pour du travail », dit Catherine Harel Bourdon, de la CSDM.

La difficulté à recruter ingénieurs et architectes nuit à la capacité de la plus grande commission scolaire du Québec de superviser la construction et l’agrandissement d’écoles — au moment où l’État investit des sommes records dans les chantiers scolaires. La commission Charbonneau a pourtant bien documenté les effets de la pénurie d’ingénieurs au ministère des Transports : le manque d’expertise a ouvert la voie aux dépassements de coûts dans les chantiers routiers, soulignent les syndicats de professionnels.

Gestion des horaires

Autre conséquence du manque de personnel, la CSDM vient de prévenir ses directions d’école que les demandes d’horaire allégé seront de nouveau refusées pour l’année scolaire 2020-2021. Les employés des 40 professions en pénurie ne pourront réduire leur temps de travail, par exemple à quatre jours par semaine, pour prendre une retraite progressive ou pour souffler un peu.

« On est consternés d’avoir à prendre cette décision-là, mais on doit protéger la stabilité des services aux élèves. On ne peut pas autoriser la semaine de quatre jours si on n’a pas le personnel pour faire du remplacement la cinquième journée », dit la présidente de la CSDM.

La CSMV, sur la Rive-Sud, continue d’offrir la possibilité de prendre une semaine de quatre jours malgré la pénurie. « On a décidé de fidéliser nos employés, de leur offrir de la flexibilité, pour les garder en poste », dit la présidente.

Signe des temps, la commission scolaire établie à Longueuil vient de quitter le Regroupement des commissions scolaires de la Montérégie pour se joindre à celui de Montréal. « Notre clientèle est la même que dans l’île de Montréal, avec les mêmes enjeux : 53 % de nos élèves sont issus de l’immigration et 33,7 % n’ont pas le français comme langue maternelle », résume Carole Lavallée. La pénurie de personnel fait partie de ces « mêmes enjeux ».

6 commentaires
  • Samuel Prévert - Inscrit 31 janvier 2020 07 h 26

    Dès que je le pourrai, je partirai

    J'ai commencé à travailler à la CSDM en septembre et ce sera mon dernier contrat là-bas.

    Le problème auquel je fais face est ce moule dans lequel la CSDM veut mettre tout le monde, de l'enseignant qui n'a pas encore son diplôme à celui qui cumule plus de vingt-cinq ans d'ancienneté. Aussi, certains directeurs et directrices d'école manquent de jugement et ne soutiennent pas leurs profs quand un problème surgit avec des étudiants ou, entre enseignants. De bons petits gestionnaires qui ne possèdent aucune psychologie.

    J'ai hâte de claquer la porte. Que j'ai hâte !

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 31 janvier 2020 12 h 30

    Le ministre Roberge

    semble dépassé et sa liste de priorités tout croche.D'abord de toute urgence augmenter beaucoup les salaires des professeurEs .

    La CAQ est-elle déboussolée au grand complet ??? Avec son pseudo-nationalisme elle avance ou recule ???

    • Pierre Grandchamp - Abonné 1 février 2020 08 h 47

      Pendant ce temps-là. le ministre s'amuse à jouer dans les structures. Il répète la même erreur que Gaetan Barrette en santé. "Le faux débat des commissions scolaires" https://www.journaldemontreal.com/2019/11/17/le-faux-debat-des-commissions-scolaires

  • Madeleine LaRoche - Abonnée 31 janvier 2020 13 h 08

    Les «bas» salaires, seule cause de la pénurie?

    En ce moment et jusqu'aux prochaines négociations, les enseignantes et enseignants voient leur salaire plafonner à 82 000$ et des poussières lorsqu'ils ont cumulé 17 ans dans la profession. Le taux horaire pour une suppléance de 75 minutes et de 102$. Pas la mère à boire diront certains si on compare ces salaires à ceux des informaticiens, des concepteurs de jeux-vidéo, des métiers et professions qu'on dit d'avenir ainsi que les salaires de plusieurs professionnels oeuvrant dans le privé (je ne parle pas des écoles privées, les enseignants.es ont la même échelle salariale, même que certaines écoles privées pour des raisons de budget paient moins cher leurs enseignantes.

    Pas la mère à boire, 82000$ mais bientôt une nouvelle entente. Un salaire qui demeurera moyen auquel s'ajoute des avantages sociaux cependant : plan de retraite, assurances, congés de maladie, etc. Pas la mère à boire, mais si on compare avec d'autres corps de métiers et professions, ce ne sont pas non plus des salaires de misère, la dèche. Alors qu'est ce qui cloche? Pourquoi la profession enseignante n'est plus aussi prisée par nos jeunes des Cégeps qui poursuivent des études universitaires? J'ose émettre quelques hypothèses. La première, est la valorisation de nos enseignantes et enseignants et surtout de l'Éducation au Québec. On dit qu'on trouve l'Éducation importante, mais dans les faits que sont les preuves tangibles de l'importance qu'on dit lui accorder? À la CSDM entre autres, on a laissé des écoles pourrir au point d'étre obligé de les démolir. Et pas seulement une ou deux. Beau milieu de travail, une école infestée par les champignons qui menace de s'écrouler. Les directions et enseignants ont dû user aussi de créativité au point de s'user eux-même pour palier au manque de ressources humaines et matérielles ces dernières années. Problèmes d'administration, coupures? Finalement, étrangement, on sonne l'alarme maintenant alors cette pénurie a commencer à se dessiner il y a dix ans e

    • Pierre Grandchamp - Abonné 1 février 2020 09 h 07

      Je pense que des jeunes cégepiens(nes), qui sont passés pour la plupart par lé'cole publique récemment, n'ont pas le goût de se diriger vers l'enseignement pcq ils se rendent compte que c'est de plus en plus difficile, dans l'école publique, dû à une certaine détérioration sociale et à une éducation trop permissive. "Parents mous, enfants fous, profs à bout", titrait une chronique, dans ce journal, récemment.

      « Le résultat de ce système, c’est que les classes ordinaires n’ont plus rien d’ordinaire » https://www.ledevoir.com/societe/education/516933/education-les-devoirs-du-ministre-proulx

  • Émilie Durand - Abonnée 31 janvier 2020 16 h 21

    la solution commence a la maison, trop de parents ne valorise pas l'enseignement, meilleur salaire, oui en 2e

    Comment peut-on s’attendre a ce que nos enseignants incultes le respect et la valorisation de l’éducation avec tant de parents, analphabètes fonctionnels. Sommes-nous victimes des conneries du PQ à donner plus à nos assistés, qui se sont multipliés pour augmenter leurs chèques ? Si les gens savaient combien une famille peut recevoir a ne pas contribuer a la société, plusieurs seraient très découragés de travailler... oui il faut les aider dans la mesure des moyens dont nous disposons.

    Augmenter les salaires aidera surement, mais on sait très bien que cette façon de faire n’a pas éliminer/réduit nos listes d’attente...

    Il faudra donc valorisé et aider les démunies, mais aussi comprendre que la méthode d’intégrer les élèves en difficulté pour leur bien se paie par nos élèves doués d’un ralentissement qui ne les stimule aucunement, encore du nivellement vers le bas. Combien d’enfants avec des plan d’intervention on eu des parents qui on consomer avant et pendant la procreation.