S’attaquer aux changements climatiques à minuit moins deux

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Photo: Renaud Philippe

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Cette année, la Journée internationale de la paix a pris pour slogan « Action climatique, action pour la paix », afin de souligner que lutter contre les changements climatiques est un des meilleurs moyens de protéger et de promouvoir la paix dans le monde.

Parce que les catastrophes naturelles déplacent trois fois plus de personnes que les conflits, forçant des millions de personnes à quitter leur foyer et à rechercher la sécurité ailleurs. Parce que la salinisation de l’eau et des cultures due à la montée des océans met en danger la sécurité alimentaire et que son incidence sur la santé publique s’accroît chaque année. Parce que les tensions au sujet des ressources naturelles sont croissantes et que les mouvements de population massifs touchent désormais tous les pays sur tous les continents… Les changements climatiques constituent des menaces évidentes pour la paix et la sécurité internationales. Ce constat, les Nations unies souhaitent le mettre en avant cette année.

Selon son secrétaire général, António Guterres, on ne pourra atteindre la paix que si des mesures concrètes sont prises pour lutter contre le changement climatique. Dans le cadre de la Journée internationale pour la paix, il appelle tous les acteurs à agir.

Comme aux pires heures de la guerre froide

« En ce qui a trait à l’horloge de la fin du monde, fait remarquer Carl Bouchard, historien du pacifisme et chercheur au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM), les scientifiques ont deux préoccupations principales susceptibles de mener à l’apocalypse : le péril nucléaire et les effets des changements climatiques. »

Inventée en 1947 par les scientifiques à l’origine de la bombe atomique, l’horloge de la fin du monde sert à indiquer le degré de danger, ou le nombre de minutes, qui sépare l’humanité de sa disparition. Plus l’aiguille se rapproche de minuit, plus la planète est près d’être détruite. S’il était minuit moins sept lors de sa première parution, celle-ci affichait minuit moins 17 au début des années 1990, à la faveur de la chute du mur de Berlin et de la signature d’un traité de réduction des armes stratégiques. Elle annonce aujourd’hui minuit moins deux, soit la même heure que durant les pires moments de la guerre froide.

« La tradition pacifiste a toujours eu pour préoccupation le respect de toutes les formes de vie, explique M. Bouchard. Mais avec l’ère atomique, on se rend compte des effets dévastateurs de la radiation sur la nature et sur l’humain. On commence alors à voir une association entre les scientifiques qui ont travaillé sur l’atome, et qui sont nombreux à être devenus pacifistes, et le courant environnementaliste. »

L’historien ajoute que ce mouvement s’est consolidé dans l’espace public en 2007, lorsque le prix Nobel de la paix a été attribué à l’ancien vice-président américain Al Gore et au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) afin de récompenser leurs travaux sur les changements climatiques provoqués par l’homme.

« C’est alors le signe qu’il y a une association très claire qui se fait pour la première fois aux yeux du grand public entre paix et environnement », analyse-t-il.

Les spécialistes du pacifisme ont par ailleurs l’habitude de distinguer ce qu’ils nomment la paix négative et la paix positive. Carl Bouchard explique que la paix négative, c’est l’absence de guerre, alors que la paix positive va plus loin. « Il ne s’agit pas seulement de constater qu’il n’y a pas de guerre, mais de réduire la violence structurelle, donc ce qui cause des conflits, précise-t-il. Ce ne sont pas simplement les armes, ce sont les inégalités sociales, les injustices, mais aussi l’accès aux ressources, à l’eau et donc toute la question du climat. »

M. Bouchard insiste sur le fait que l’eau est un enjeu majeur. Les guerres d’agression d’un État envers un autre sont devenues rares. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les organisations internationales ont établi des normes et des règles de conduite qui sont plutôt bien respectées. Les conflits se sont cependant déplacés et sont aujourd’hui intra-étatiques. La cause est bien souvent un problème d’accès aux ressources, et notamment à l’eau.

« C’est majeur, parce que les évolutions climatiques peuvent faire en sorte que le lit d’une rivière va changer et qu’à ce moment-là, un groupe n’aura plus accès à l’eau, explique-t-il. On est dans des choses très concrètes. Pas dans les grandes relations internationales, mais dans des problèmes du quotidien qui favorisent la violence. »

Dans le cadre de cette Journée internationale de la paix, l’ONU souhaite ainsi mobiliser tous les acteurs. L’ONU souligne que la solution réside dans chaque être humain et que cela peut être accompli en éteignant simplement les lumières inutilisées, en utilisant les transports en commun ou en organisant une campagne de sensibilisation dans sa communauté.