Quand l’action climatique devient une routine scolaire

Catherine Martellini Collaboration spéciale
Le Collège d’Anjou vend des pousses de légumes chaque année en mai, que les élèves cultivent un peu partout dans l’école, une activité qui prend de plus en plus d’ampleur et lui permet d’amasser environ 5000$ annuellement.
Photo: Collège d'Anjou Le Collège d’Anjou vend des pousses de légumes chaque année en mai, que les élèves cultivent un peu partout dans l’école, une activité qui prend de plus en plus d’ampleur et lui permet d’amasser environ 5000$ annuellement.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Au-delà de la jeune militante climatique suédoise Greta Thunberg, certaines écoles privées rivalisent de petits et grands gestes au quotidien qui, en plus de sensibiliser les élèves, ont une incidence réelle sur l’environnement.

Le Collège d’Anjou n’a pas attendu d’entendre le cri du cœur de Greta Thunberg en 2018 pour changer certaines de ses habitudes environnementales.

Dès 2013, l’enseignante en science de l’environnement Geneviève Leclerc et ses élèves de IVe secondaire ont participé au concours Carbure à l’efficacité, de la Fondation TD des amis de l’environnement, et ont remporté une bourse de 10 000 $. Avec cette somme, de même qu’avec une autre subvention de 25 000 $ de Recyc-Québec que la direction a réussi à obtenir, l’école s’est procuré un composteur industriel.

Des 27 poubelles à ciel ouvert qui se trouvaient dans l’espace public et dont les sacs étaient jetés chaque jour, l’école en compte maintenant 2, qu’elle intègre à des îlots de tri. « Les élèves doivent se débarrasser des résidus de leur cabaret ou de leur sac à lunch au bon endroit», explique Luc Plante, le directeur général de l’établissement, qui a pour philosophie de ne jamais refuser un projet qui lui vient de professeurs et d’élèves motivés.

Parce que certains ne respectent pas toujours les règles, des surveillants doivent s’assurer du bon fonctionnement chaque jour, en plus de patrouilles étudiantes amicales qui circulent dans la cafétéria pour donner des conseils à leurs camarades en matière de lunch zéro déchet.

Depuis l’implantation de ce système, l’établissement recueille en moyenne 2300 kilos de matières compostables par année, sans compter les 6000 objets — bouteilles de plastique, gobelets de yogourt, etc. — qu’il réutilisait pour d’autres activités, comme les arts plastiques, avant que la Ville d’Anjou lui offre le service de récupération.

Deux initiatives qui permettent de détourner les déchets des sites d’enfouissement, lesquels seraient responsables de 6,2 % des gaz à effet de serre (GES) émis au Québec, selon un rapport de 2016.

L’effet d’entraînement

L’école secondaire Mont-Saint-Sacrement, à Saint-Gabriel-de-Valcartier, a proposé le projet Éliminer les déchets à la source, lauréat du prix Innovation – Développement durable de la Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP) en 2019.

Des élèves de l’Enviroclub, lancé par un groupe d’étudiants en 2018, ont eu l’idée d’installer un évier dans la salle commune afin que les élèves puissent laver les contenants de styromousse qui leur étaient remis lorsqu’ils décidaient de manger à l’extérieur de la cafétéria après s’être servis. « C’est vraiment eux qui ont mis en place le projet et qui sont allés chercher le financement », explique Madeleine Pagé, enseignante en IIe secondaire, qui a chapeauté l’initiative.

Des 870 élèves de l’établissement scolaire, environ 350 élèves mangent à la cafétéria chaque jour, y compris de 100 à 150 qui utilisaient des assiettes de styromousse. Ils sont maintenant seulement 50. « Le défi après l’installation de l’évier consistait à inciter les élèves à apporter des contenants de la maison, soutient-elle. Dans les prochaines semaines, il en coûtera 0,50 $ par assiette en styromousse pour décourager ceux qui n’ont pas suivi le mouvement. »

À cela, s’est ajouté depuis le Club des assiettes, qui affiche un logo sur la carte étudiante de l’élève et lui permet de sortir une assiette de la cafétéria, s’il la rapporte en la rinçant lui-même.

En plus du compostage, le Collège d’Anjou a réussi à mettre la main sur une subvention gouvernementale et a installé quatre bornes électriques dans son stationnement il y a cinq ans. « Aucun membre du personnel ne possédait de voiture électrique à cette époque, tandis qu’on est rendu à neuf maintenant », souligne Frédéric Desjardins, directeur général adjoint et des services pédagogiques, qui croit que le fait de pouvoir se brancher au travail a joué dans leur décision.

L’établissement a également retenu l’an dernier les services d’une firme spécialisée en efficacité énergétique qui lui a proposé de baisser sa consommation de gaz naturel et d’augmenter le chauffage à l’électricité. « Notre facture a diminué de 37 000 $, et, outre l’économie, on contribue à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 127 tonnes par année », précise Luc Plante.

De plus, mis à part les classes qui restent à transformer, les espaces publics, le gymnase, l’entrée et les corridors de l’école sont maintenant éclairés par des ampoules DEL, de même que 12 lumières extérieures allumées en permanence durant la nuit. Toutes ces mesures lui ont d’ailleurs valu le prix Développement durable de la FEEP en 2017.

Verdir, planter et récolter

L’école secondaire Saint-Jean-Eudes, du quartier Charlesbourg, à Québec, a de son côté entamé son virage environnemental en 2018, avec un jardin urbain sur le toit, un projet de 80 000 $, qui a été inauguré en juin dernier. L’idée vient de Mélanie Lanouette, directrice générale, qui a réussi à mobiliser quatre enseignants.

Le don de 100 000 $ de la Banque Nationale pour que le jardin voie le jour a aussi permis la création de l’entreprise OrVert, formée par une équipe d’une dizaine d’élèves de 14 à 16 ans motivés, qui s’impliquent dans l’entreprise afin d’acquérir des compétences en entrepreneuriat.

« Ils ont entretenu le jardin tout l’été et même inventé un système de programmation de l’arrosage pour s’assurer qu’une présence humaine n’était pas nécessaire 24 heures sur 24, raconte Mme Lanouette. Ils ont également cueilli les carottes, pommes de terre, concombres et tomates pour faire la vente de paniers aux parents, la dernière vente étant cette semaine. »

L’argent recueilli pour les paniers sert à replanter des semences de fines herbes pour l’automne à l’intérieur de serres intérieures, qui, elles, ont vu le jour en 2018, avec une subvention gouvernementale de NovaScience. La Ferme Bédard Blouin, non loin de l’école, a mis la main à la pâte pour installer les serres et les guider dans la culture sur le toit, de même que l’organisme Craque-Bitume.

« On a organisé des ateliers de jardinage en 2018 avec les élèves de Ire secondaire, et ce sont eux qui ont ensemencé les premières pousses de fines herbes, explique Mme Lanouette. Les fines herbes seront vendues juste avant la période des fêtes. »

Le Collège d’Anjou vend aussi des pousses de légumes chaque année en mai, que les élèves cultivent un peu partout dans l’école, une activité qui prend de plus en plus d’ampleur et lui permet d’amasser environ 5000 $ annuellement.

L’établissement a aussi participé au projet ILEAU, qui consistait à verdir les îlots de chaleur, qui se comptent en grand nombre dans cet arrondissement. Les étudiants ont contribué à planter 14 arbres, 54 arbustes, 640 vivaces et 54 grimpantes dans la cour de l’établissement. « Même des revêtements de sol ont été utilisés sur l’asphalte dans la cour pour empêcher le reflet du soleil sur celle-ci », souligne Luc Plante.

En plus de cette initiative, le Collège et l’école secondaire Saint-Jean-Eudes hébergent enfin une ruche sur le toit, en collaboration avec l’entreprise Alvéole, qui forme aussi les jeunes sur l’entretien d’une ruche et de l’importance des abeilles.