La classe n’a plus de murs

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
L’école est située sur un vaste terrain boisé de 18 acres. «On voulait tirer profit de cette verdure qui entoure les élèves et aller chercher le potentiel pédagogique qui y est associé», ajoute le directeur.
Photo: L’école est située sur un vaste terrain boisé de 18 acres. «On voulait tirer profit de cette verdure qui entoure les élèves et aller chercher le potentiel pédagogique qui y est associé», ajoute le directeur.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

De meilleurs résultats scolaires, davantage de motivation et d’engagement, un bien-être physique, mental et socioaffectif amélioré, un taux d’absentéisme diminué… ce ne sont que quelques-uns des bienfaits de l’enseignement à l’extérieur qui ont pu être constatés.

« La pédagogie par la nature commence à faire son petit bout de chemin », explique Julie Moffet, coordonnatrice du projet Enseigner dehors à la Fondation Monique Fitz-Back. Le mouvement est déjà bien présent dans les services à la petite enfance avec la pédagogie par la nature ou encore les garderies en forêt, que ce soit en Europe ou aux États-Unis. « Ce qui transparaît de tout ça, c’est la volonté de lutter contre le déficit nature, ajoute Mme Moffet. Les enfants ne jouent plus dehors et ne sont plus en contact avec la nature. Or, pour développer des écocitoyens, ce contact est important. »

Ce constat a été à l’origine de ses recherches. Et ce qu’elle découvre, c’est non seulement que ce mouvement est présent au niveau scolaire, mais aussi que certaines écoles développent des approches pédagogiques spécifiques, toutes préoccupées qu’elles sont par le déficit nature.

« Ce n’est pas une approche alternative, mais plutôt une approche globale qui touche la réussite éducative des jeunes ainsi que l’écocitoyenneté, les saines habitudes de vie et le bien-être », affirme la coordonnatrice.

Une approche globale

Mais qu’entend-on exactement par enseignement extérieur ? Selon un guide élaboré par la Fondation Monique Fitz-Back, trois approches peuvent facilement être mises en place. La première consiste à reproduire à l’extérieur ce qu’on aurait fait à l’intérieur. Simple, mais efficace ! L’environnement est considéré ici comme un lieu inspirant, où l’on peut lire, réviser, écrire, discuter en équipe ou encore bricoler. « On n’a rien à adapter, on n’a qu’à sortir ! » lance Julie Moffet.

Sauf qu’en hiver, c’est plus difficile… C’est pourquoi la seconde approche s’applique à créer des connexions entre le milieu et les apprentissages. L’environnement est alors un outil pédagogique de plus. « Au lieu de se demander si on peut faire la classe à l’extérieur, on se demande comment on peut utiliser l’extérieur pour rendre l’apprentissage plus concret et plus vivant », ajoute-t-elle. Cette approche demande souvent de bouger, ce qui devient alors confortable même en hiver.

Dans la troisième approche, l’environnement vient soutenir une démarche interdisciplinaire. L’extérieur est alors considéré comme une extension de la classe. C’est ici que les élèves vont expérimenter les sorties dans le quartier, visiter une résidence pour personnes âgées ou encore en apprendre un peu plus sur les personnages historiques de la région.

L’enseignement extérieur peut se faire en toutes saisons et pour la majorité des matières. Il donne du sens aux apprentissages, selon Julie Moffet, qui souhaite que les enseignants le normalisent pour qu’il devienne « un laboratoire comme un autre et qu’ils puissent, dans un projet, aller de la bibliothèque au parc ou faire la visite d’un entrepreneur… que ça fasse vraiment partie du milieu éducatif de l’école. »

Monique Fitz-Back était une enseignante impliquée à la Centrale des syndicats du Québec. La Fondation qui porte son nom a pour mission de promouvoir l’éducation relative à l’environnement et à un milieu sain dans une perspective de développement durable.

Nouvelle agora extérieure à Sherbrooke

Au collège Le Salésien de Sherbrooke, on a pris au pied de la lettre l’expression enseigner dehors ! « On est toujours à l’affût de pratiques innovantes, mais avant de se lancer, on a consulté des études, raconte Jean-Marc Poulin, directeur général de l’établissement. Elles étaient unanimes quant aux effets bénéfiques de l’enseignement en extérieur tant sur les apprentissages que sur la pédagogie. » De fait, l’école est située sur un vaste terrain boisé de 18 acres. « On voulait tirer profit de cette verdure qui entoure les élèves et aller chercher le potentiel pédagogique qui y est associé », ajoute le directeur. L’an dernier, en association avec une firme d’architecture, des architectes paysagers et des artisans, une agora a alors pris forme au coeur du boisé. Déjà, les élèves se sont approprié l’espace, qui se divise en deux zones ; une première destinée au travail collaboratif et une autre qui sert aux présentations. Entre autres activités qui y auront lieu, un chef sherbrookois de renom viendra y rencontrer les élèves pour une discussion sur l’alimentation saine et écoresponsable. De plus, l’infrastructure bénéficie à la communauté puisque certains événements publics sont déjà à l’affiche. « La beauté de cette approche, c’est toutes les possibilités pédagogiques qui s’y prêtent, peu importe la matière, s’enthousiasme le directeur. Elle offre une flexibilité qui fait en sorte que tous les élèves du Salésien peuvent en profiter. »