La CSDM fera respecter la loi sur la laïcité

Un père de famille de Rosemont a demandé à son école de quartier que sa fille ne soit pas dans la classe d’une enseignante de maternelle portant le foulard islamique.
Photo: Jeff Pachoud Agence France-Presse Un père de famille de Rosemont a demandé à son école de quartier que sa fille ne soit pas dans la classe d’une enseignante de maternelle portant le foulard islamique.

La plus grande commission scolaire du Québec fait volte-face au sujet de la loi sur la laïcité. Après avoir résolu en juin de retarder d’au moins un an l’application de cette loi « impossible à gérer », elle a décidé de se conformer aux ordres de Québec et de faire appliquer l’interdiction du port de signes religieux.

Selon ce que Le Devoir a appris, un plan prévoyant la mise en application de la Loi sur la laïcité de l’État sera soumis la semaine prochaine au conseil des commissaires de la Commission scolaire de Montréal (CSDM).

Les commissaires ont beau avoir décidé à l’unanimité, il y a deux mois, de retarder l’interdiction des signes religieux par les enseignants, la haute direction de la CSDM se sent obligée d’obéir à la loi. Pourquoi ? Parce qu’un article de la loi prévoit qu’il incombe à « la plus haute autorité administrative » de faire appliquer le bannissement des signes religieux.

Déjà, les offres d’emploi publiées par la CSDM indiquent le virage qui a pris place au cours de l’été : « Les employés de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) sont soumis à la Loi sur la laïcité de l’État. Cette Loi prévoit, entre autres choses, l’interdiction pour les enseignants, les directions et directions adjointes d’établissement, embauchés après le 27 mars 2019, de porter un signe religieux et l’obligation pour l’ensemble du personnel de la CSDM d’exercer ses fonctions à visage découvert. »

Selon nos informations, le directeur général de la CSDM craint de subir des sanctions du gouvernement, ou même la mise sous tutelle de la commission scolaire, s’il retarde la mise en application de la loi. Il se sent pris entre l’arbre et l’écorce : les élus scolaires lui ont demandé de lancer une série de consultations qui reporteraient l’interdiction du port de signes religieux à l’automne 2020, mais la loi adoptée en juin par l’Assemblée nationale lui donne clairement le rôle d’autorité responsable de l’application de la loi.

Le premier ministre, François Legault, avait mis en garde la Commission scolaire contre la tentation de reporter la mise en oeuvre de la loi, en juin. Il n’avait toutefois pas évoqué de possibles sanctions. Mercredi soir, le ministre Jean-François Roberge a décliné notre demande de réaction à la volte-face de la CSDM.

Ce virage à 180 degrés de la CSDM est loin de faire l’unanimité au sein des commissaires. Certains veulent continuer la bataille contre cette loi considérée comme mal adaptée à la réalité montréalaise.

La diversité fait partie de l’identité même de la grande région de Montréal. De plus, la pénurie d’enseignants et de directions d’école frappe durement, et la Commission scolaire ne peut se permettre de perdre des aspirants profs de talent (surtout des enseignantes, en fait), uniquement parce qu’ils ou elles portent un signe religieux, fait valoir la commissaire indépendante Violaine Cousineau.

« On avait voté à l’unanimité à ce sujet en juin au conseil des commissaires, et on est en train de faire autre chose. Je ne suis pas d’accord », a-t-elle réagi.

Elle dit comprendre et respecter la position délicate de la haute direction de la Commission scolaire. Selon elle, les commissaires élus devraient réaffirmer clairement que l’opposition à la loi sur la laïcité vient d’eux, et non des fonctionnaires de la CSDM. Mais nos sources indiquent que l’équipe de la présidente, Catherine Harel Bourdon, « prendra acte » des recommandations et fera appliquer la loi.

Mme Harel Bourdon a décliné la demande d’entrevue du Devoir. Elle avait déclaré en juin, au moment de l’adoption unanime de la résolution contre la loi interdisant le port de symboles religieux : « Le premier ministre pensait qu’il allait clore le débat, moi je pense qu’il fait juste ouvrir un débat social très présent dans nos milieux montréalais. »

Une enseignante ciblée

Le débat, en tout cas, continue de faire rage deux mois après l’adoption de la loi sur la laïcité. Un père de famille de Rosemont a ainsi demandé à son école de quartier que sa fille ne soit pas dans la classe d’une enseignante de maternelle portant le foulard islamique — et qui peut encore le porter en vertu de la clause dite de droits acquis.

La direction de l’école Marie-Rollet a refusé la demande du père. Il s’est tourné vers le commissaire scolaire du quartier, Jean-Denis Dufort, qui a aussi refusé. « L’enseignante en question a toutes les compétences requises pour assurer un enseignement de qualité à votre enfant et l’affichage de son appartenance religieuse n’est pas un critère justifiant un changement de classe », a répondu le commissaire dans une lettre que Le Devoir a obtenue.

Jean-Denis Dufort est estomaqué par cette demande d’un père de son quartier. À sa connaissance, il s’agit d’une première dans l’histoire de la CSDM. Il voit là l’expression d’un « racisme » devenu décomplexé par la loi sur la laïcité.

« Jusqu’à l’année dernière, jamais je n’aurais reçu une lettre comme celle-là, mais maintenant, ça semble permis d’afficher des positions racistes. Le quartier Rosemont est pourtant très progressiste », dit-il.

30 commentaires
  • Sylvie Lapointe - Abonnée 22 août 2019 01 h 36

    Des racistes? Tiens donc!

    C’est curieux tout de même. A Jean-Marie Dufort: Ici il est question de religion, pas de race. Celui-là, il semble avoir l’art de tout mélanger afin de se donner raison et de culpabiliser l’autre. Surtout, il ne veut rien comprendre à la laïcité promue par le gouvernement du Québec et fortement appuyée par la population. Ce genre-là, on le rencontre de plus en plus dans nos sociétés. Et par la suite, que voit-on venir? Des populistes qui, évidemment, sont diabolisés par les bien-pensants certains d’avoir toujours raison.

    Pour ma part le père de l’enfant avait pleinement le droit de refuser que l’enseignante ne porte pas de signe ostentatoire religieux sur ses heures d’enseignement. Chacun a sa définition de ‘’progressiste’’, et cela n’appartient pas uniquement aux supporteurs du port de signes ostentatoires religieux par les employés de l’État, surtout ceux qui sont en présence des enfants.

    • Daniel Constantineau - Abonné 22 août 2019 09 h 42

      Eh bien j'appuie totalement madame Lapointe dans son commentaire. Le lien que fait monsieur Dufort entre la demande de ce papa et sa présumée qualité de raciste est un raccourci intellectuel dangereux, pour ne pas dire de la pure foutaise, et n'est certainement pas digne de sa fonction. Quelle pitié.

    • Normand Perreault - Abonné 22 août 2019 09 h 44

      Le racisme ne concerne pas seulement la race au sens strict et ça fait longtemps que ceci est confirmé dans les milieux intellectuels des sciences humaines. D'ailleurs, voici ce que dit le Grand Robert à ce sujet : Racisme : " (V. 1960). Hostilité contre un groupe social. | Racisme anti-jeunes. | Racisme envers les intellectuels, les femmes. " D'ailleurs le mot race vient du latin "ratio" (ordre des choses, catégorie, espèce...)

    • Guy Ducharme - Abonné 22 août 2019 12 h 24

      Tout à fait d'acccord avec Mme Lapointe. Le fait de vouloir que son enfant soit éduqué dans un milieu totalement laïque (dans les faits et en apparence) n'a rien à voir avec le racisme. On en a marre de ces accusations gratuites qui sont utilisées à outrance par certains pour culpabiliser ceux qui ne pensent pas comme eux. Autre biais important, dans cet article, le fait que le progressisme soit nécessairement le fait des gens qui s'opposent à la loi sur la laïcité. On sait bien que c'est faux. Il fût un temps, pas si lointain, où la gauche voyait un progrès dans la laîcité et se méfiait des religions parce qu'elle y voyait des idéologies régressives et asservissantes. Décidément, on n'a plus les progressistes qu'on avait.

    • Michèle Lévesque - Abonnée 23 août 2019 12 h 49

      @N.Perreault 22 août 09h44

      Ces redéfinitions sont loin de faire consensus, mais il est vrai que ces usages font tout pour identifier la religion à la race, d’une part, et que cela se reflète aux plus hauts niveaux du savoir auto-risé, d’autre part. Du côté sombre de la force, on parlera de propagande ou de fabrication des consentements, en jouant sur le pseudo-consensus et la fausse évidence.

      Allons-y par l'absurde. Seriez-vous prêt à dire qu'une personne qui, pour des raisons strictement religieuses, serait contre le droit à l'avortement ou encore voudrait limiter les droits légaux des homosexuels, par exemple, serait victime de racisme quand ses adversaires l'accusent de bloquer le progrès... et d'être raciste? Ainsi, Trump et tous les ultra-conservateurs qui, sous la pression des chrétiens évangélistes, dit-on, semblent vouloir limiter ces droits pour raisons religieuses seraient donc victimes du racisme de la part des démocrates et des libéraux? Cette logique néo-raciste (la thèse dominante reflétée dans ces redéfinitions) s’appliquerait-elle donc en bout de ligne à certaines religions, valeurs, personnes et prises de positions fondées sur la religion, mais pas à d’autres?

      Pour ne pas dériver jusqu'à ce que mort s'ensuive, convenons de laisser les mots dire quelque chose en gardant un minimum de balises sémantiques tout en leur permettant d’évoluer. Soyons surtout prudents devant ces redéfinitions post- qui font un peu trop la promotion des idéologies dominantes du moment sous prétexte de briser les prétentions de la majorité. Faire le jeu des GAFA+ qui poussent cet agenda, n'est pas un service à se rendre. Les règles du langage kidnappées par la sociolinguistique au départ et toute la recherche académique, on domine ensuite socialement les consciences à même l’appareil psychique qui craint par-dessus tout d'être dépassé et marginalisé, et, de là les agendas politiques des nouvelles majorités reconstituées, et, de là, l'avenir. Osons le test.

  • Nadia Alexan - Abonnée 22 août 2019 04 h 28

    Vouloir un espace neutre et libre de prosélytisme n'est pas raciste.

    L'ouverture à la diversité ne veut pas dire le port de signes religieux. Il faut respecter la neutralité et l'impartialité de l'État dans nos services publics et dans nos institutions. La neutralité de l'État et de ses fonctionnaires est loin d'être une démonstration de racisme. Ce sont les symboles religieux intégristes qui démontrent une fermeture contre la diversité d'opinions et un manque de respect pour toutes les croyances.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 22 août 2019 06 h 43

    … 0% !

    « Un père de famille de Rosemont a ainsi demandé à son école de quartier que sa fille ne soit pas dans la classe d’une enseignante de maternelle portant le foulard islamique » ; « Jean-Denis Dufort est estomaqué par cette demande d’un père de son quartier. À sa connaissance, il s’agit d’une première dans l’histoire de la CSDM. Il voit là l’expression d’un « racisme » (Marco Fortier, Le Devoir)

    Qu’il soit « estomaqué » ou selon ???, le Commissaire scolaire du quartier (JDD) aurait pu réagir autrement que de laisser entendre que la demande légitime (justifiée par la Loi 21) d’un père de famille pour sa fille relèverait du « racisme » !

    De ce « laisser entendre », mécompréhensible ou malhonnête ???, ce Commissaire aurait été de sagesse de dire au père que ce « refus » s’explique par la clause dite de droits acquis, tout simplement comme « ÇA » !

    De ce qui précède, qu’ajouter ?

    De ce genre d’attitude (inacceptable, en tout temps), tout Commissaire, pris en-à défaut, pourrait, d’exemple, se mériter toute motion de blâme pour méconduite professionnelle, en plus d’une note frisant le …

    … 0% ! - 22 août 2019 -

    Ps. : Bravos à la CSDM pour son virage-volte-face à 180 degrés : youppie !

  • Serge Ménard - Abonné 22 août 2019 07 h 04

    Racistes ?

    "ça semble permis d’afficher des positions racistes."

    Depuis quand un signe religieux est l'affirmation de racisme ? Depuis quand une religion est une race ?

    Jean-Denis Dufort fait lui-même preuve de racisme à l'égard de ce père de Rosemont !

  • Renée Lavaillante - Abonnée 22 août 2019 07 h 43

    Raciste?

    M. Dufort appelle ça racisme. En quoi est-ce raciste? Une religion n'est pas une race.
    L'islamophobie elle-même n'est pas un racisme. Elle est le rejet d'un intégrisme conquérant.