Petits Chanteurs: la CSDM prête à retourner à la table à dessin

La CSDM assure vouloir continuer de «collaborer» avec les représentants de l’institution fondée il y a plus d’un demi-siècle.
Photo: André Chevrier La CSDM assure vouloir continuer de «collaborer» avec les représentants de l’institution fondée il y a plus d’un demi-siècle.

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) propose aux Petits Chanteurs du Mont-Royal de « bonifier » les options de scolarisation des apprentis choristes qu’elle leur a présentées mercredi, après avoir annoncé au printemps qu’elle mettait fin à une entente historique leur permettant d’étudier au rabais au collège Notre-Dame.

La CSDM assure vouloir continuer de « collaborer » avec les représentants de l’institution fondée il y a plus d’un demi-siècle. Elle invite cette fois à la table deux représentants des parents, a indiqué dans un courriel transmis au Devoir un porte-parole de la plus grande commission scolaire du Québec, Alain Perron.

« Je suis très étonnée de cette nouvelle-là », dit au bout du fil Nathalie Béland, présidente de l’Association Famille-Maîtrise, qui réunit les parents des Petits Chanteurs. « Si la CSDM a une offre à nous faire, qu’elle nous la présente de façon formelle », ajoute-t-elle néanmoins, émettant du même souffle un bémol : la décision de ne pas reconduire l’entente a été prise en octobre « et nous sommes au mois de mai ». « Cette résolution aurait dû être faite il y a fort longtemps », déplore-t-elle.

Scénarios

Lors d’une réunion tenue mercredi soir, la CSDM a proposé aux parents d’envoyer leur enfant de 3e, 4e et 5e années — et des cohortes subséquentes — à l’Académie de Roberval, dans le quartier Villeray, ou à l’école secondaire Édouard-Montpetit, dans l’est de l’île. Ces deux établissements sont situés à environ une heure de transport en commun de l’oratoire Saint-Joseph et des locaux de la chorale. Une situation « intenable », avaient dénoncé dans la foulée plusieurs dizaines de parents au micro.

« On ne s’attendait pas du tout à une telle proposition, raconte le président du conseil d’administration des Petits Chanteurs, Pierre-Éloi Talbot. On n’a jamais entendu parler de ces deux écoles-là lors de nos discussions avec la CSDM. » L’avocat de profession explique s’être réuni à deux reprises avec des représentants de la Commission scolaire depuis l’annonce de la fin de l’entente, en mars. Et lors de ces échanges, il avait seulement été question des écoles internationales de Montréal, Saint-Luc et La Voie, soutient-il. « C’est d’autant plus décevant qu’à plusieurs reprises j’ai demandé à la CSDM de m’informer » des options retenues avant mercredi soir, déplore M. Talbot.

Invitée à présenter sa version des faits à plusieurs reprises, la CSDM n’a pas donné suite aux demandes du Devoir.

Alors que l’incertitude plane dans ce dossier, déjà des parents songent à retirer leur jeune de la célèbre chorale, dit Mme Béland. Le plan échafaudé par la CSDM est « excessivement théorique », représente un casse-tête d’organisation pour les familles concernées, en plus d’obliger les élèves à faire plusieurs heures de transport par jour, explique celle qui est aussi la mère d’un Petit Chanteur actuellement en 6e année.

« Si on n’a plus de Petits Chanteurs en nombre suffisant, ce sera la fin de la Maîtrise », dit-elle. L’institution estime qu’une défection de 5 à 10 % de ses membres mettrait en jeu la santé financière de l’organisation, sans compter les répercussions sur la composition de ce choeur à quatre voix formé exclusivement de garçons.

Transition

Lors de la présentation des scénarios retenus, la CSDM a estimé à cinq ans le temps que prendrait la transition pour aménager au sein de son réseau le nouveau parcours scolaire au secondaire des Petits Chanteurs.

C’est faux, juge de son côté Pierre-Éloi Talbot. « La période de transition pour les élèves de 5e année [les premiers touchés par la fin de l’entente], elle est du 20 mars au 27 août, quand ils devront faire leur demande d’inscription aux écoles secondaires pour l’année prochaine. On parle de quelques mois seulement. »

M. Talbot reproche justement à la CSDM de ne pas avoir laissé le temps aux Petits Chanteurs « de se préparer » depuis l’annonce de la fin de l’entente, et ce, malgré une volonté affichée, dit-il, de « travailler extrêmement fort de [leur] côté pour combattre ce défi logistique et arriver à un résultat qui fonctionne. »

Pour le moment, le président du conseil d’administration de l’organisation compte poursuivre les discussions avec la commission scolaire. « Mais on pense vraiment que le problème doit se régler ailleurs », confie-t-il. L’institution entend ainsi se faire plus insistante auprès du ministère de l’Éducation, qui contrôle les cordons de la bourse : la scolarisation des Petits Chanteurs est subventionnée presque à 100 % par Québec.

« On pense que c’est un interlocuteur qui est plus en mesure qui a plus d’intérêt à régler ce problème-là. »