Des bourses distribuées par tirage au sort

L’Université de Sherbrooke prévoit de distribuer par tirage au sort des bourses de 25 000 $ promises par Québec à tous les finissants au doctorat en psychologie qui font leur internat obligatoire de 1600 heures.
Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir L’Université de Sherbrooke prévoit de distribuer par tirage au sort des bourses de 25 000 $ promises par Québec à tous les finissants au doctorat en psychologie qui font leur internat obligatoire de 1600 heures.

Faute de financement, l’Université de Sherbrooke (UdeS) prévoit de distribuer par tirage au sort des bourses de 25 000 $ promises par Québec à tous les finissants au doctorat en psychologie qui font leur internat obligatoire de 1600 heures. D’autres universités s’attendent à manquer de fonds pour honorer toutes les demandes de bourse. Les étudiants sont outrés.

Les associations étudiantes en psychologie ont mené toute une bataille pour obtenir cette compensation financière. Elles doivent encore se battre pour toucher les bourses auxquelles elles ont droit. Le gouvernement Couillard s’était engagé à compter de 2017 à offrir 250 bourses de 25 000 $ par année aux étudiants au doctorat en psychologie qui font leur internat dans le secteur public ou parapublic. Mais le programme est tellement populaire que la demande pour ces bourses dépasse les estimés faits par Québec et par les universités.

Résultat : l’Université de Sherbrooke prévoit qu’une « partie importante de la cohorte de l’an prochain ne pourra toucher la bourse », même si les étudiants trouvent un stage dans les milieux admissibles, confirme la vice-rectrice aux études, Christine Hudon.

« Nous avons noté un engouement pour les milieux d’internat du système public et parapublic. Nous avons en effet constaté que des milieux non admissibles ont été délaissés par les étudiantes et étudiants au profit des milieux admissibles, ajoute-t-elle. De plus, la reprise rapide des stages de deuxième année à la suite de la levée du boycottage [qui a mené à la rémunération des internats] à l’hiver 2017 a permis à ces étudiants d’aller en internat en même temps que les nouveaux internes qui les avaient boycottés. Nous nous sommes donc retrouvés dans une situation de double cohorte. »

À bout de ressources, l’UdeS dit miser sur des désistements volontaires — par exemple d’étudiants qui feraient leur stage dans le secteur privé — et sur un tirage au sort pour établir qui, parmi sa trentaine de finissants qui font leur internat en psychologie, aura droit à la bourse lors de la rentrée de l’automne prochain.

Les étudiants outrés

En plus de l’UdeS, le manque de financement pour les bourses frappera l’an prochain l’Université Laval (23 bourses manquantes par rapport à la demande anticipée) et l’Université du Québec à Trois-Rivières (12 bourses), estime Camille Plaisance, présidente de la Fédération interuniversitaire des doctorant.es en psychologie.

Les étudiants dénoncent avec vigueur ce manque de financement pour la relève dans une profession où sévit une pénurie de services dans le réseau public. La façon de répartir les bourses entre les universités manque aussi de transparence. La fédération des doctorants en psychologie a été écartée des négociations qui visaient à établir le mécanisme de distribution des bourses, rappelle Nick Corriveau-Lecavalier, doctorant et ex-président des cycles supérieurs en psychologie de l’Université de Montréal.

« Le résultat n’est pas moins décevant que prévisible : tirage au sort, demi-bourses octroyées par manque de fonds, délais déraisonnables de versement, et j’en passe. Force est de constater que c’est ce qui arrive lorsqu’on oppose des étudiantes et étudiants appauvris et ayant sacrifié une partie de leurs études à des fonctionnaires, avocats et politiciens aguerris », indique-t-il au Devoir.

Dans bien des cas, les bourses pour l’année en cours n’ont été versées que dans les derniers jours à cause des tractations provoquées par le manque de fonds, déplore Raphaëlle Paradis-Lavallée, de l’Association des doctorants en psychologie de l’Université de Sherbrooke. « Les étudiants vivaient avec leurs économies, leur marge de crédit ou avec l’aide de leur famille. Il n’est pas réaliste d’avoir un emploi pendant notre internat et la rédaction de notre thèse », explique-t-elle.

Les associations étudiantes et les universités réclament des changements pour que tous les étudiants qui font leur internat en psychologie obtiennent la bourse promise par le gouvernement. « Une évaluation du programme est prévue au cours de l’année universitaire 2020-2021 et, selon les informations recueillies auprès des différents partenaires, des ajustements pourront être apportés à ce moment », a indiqué le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur en soirée.

Discrimination contre les femmes

Les trois quarts (77 %) des 98 524 stages effectués dans le réseau universitaire en 2016-2017 n’étaient pas rémunérés, selon une étude dévoilée mercredi. Les secteurs majoritairement féminins comme la santé (48,5 % des stages) et l’éducation (18,7 % des stages) sont moins bien rémunérés — quand ils le sont — que ceux où les hommes dominent, comme la gestion ou le génie. Cette étude exhaustive a été menée par les chercheurs Charles Carrier-Plante et Cécile Retg pour l’Association des étudiantes et des étudiants de la Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM. Les compensations financières accordées récemment aux bachelières en enseignement (12,25 $/h) et aux internes en psychologie (15,63 $/h) demeurent largement inférieures aux salaires consentis aux stagiaires de la fonction publique et d’Hydro-Québec.