Échec du ministère de l’Éducation au Nunavik

Trois enfants sur quatre ne terminent pas le secondaire dans les temps prévus.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Trois enfants sur quatre ne terminent pas le secondaire dans les temps prévus.

Taux de diplomation alarmant, manque de services aux élèves en difficulté, fermeture de classes par manque de personnel et accès très limité aux études postsecondaires… La protectrice du citoyen relève une série de lacunes dans les services éducatifs au Nunavik et somme le ministère de l’Éducation d’assumer ses obligations envers les jeunes Autochtones.

Au nord du 55e parallèle, le taux de diplomation est de 26 %. C’est donc dire qu’à peine un jeune sur quatre termine sa 5e secondaire dans les temps prévus, contre trois sur quatre dans le reste du Québec. Cette statistique illustre bien comment « différents facteurs viennent compliquer la démarche du jeune Inuit tout au long de son parcours scolaire », estime la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, qui a fait enquête à la suite de plaintes sur la qualité des services éducatifs offerts dans les écoles du Nunavik.

Pour expliquer le faible taux de diplomation, la protectrice évoque notamment la langue d’enseignement. Dans les premières années, les cours sont donnés en inuktitut, mais dès la quatrième année, ils doivent passer à l’anglais ou au français. « On exige alors beaucoup des élèves. On attend d’eux qu’ils apprennent à communiquer, à lire et à écrire dans une langue seconde ou une langue tierce, qui leur est parfois étrangère, tout en poursuivant l’acquisition des apprentissages du cursus scolaire (mathématiques, sciences, univers social, etc.) enseignés dans une autre langue que l’inuktitut. » Ceci entraîne des retards importants sur le plan pédagogique, et ce, dès la sixième année, note-t-elle.

Ceux qui obtiennent malgré tout leur diplôme se voient également limités dans leurs choix d’études postsecondaires. Non seulement ils doivent déménager à Montréal ou dans une autre grande ville du « Sud » pour aller au cégep, mais ils n’ont pas accès à certains programmes. En effet, faute de ressources, les cours de mathématiques avancées, de chimie et de physique, qui sont des prérequis pour plusieurs programmes, ne sont tout simplement pas offerts dans les écoles du Nunavik.

Les difficultés de recrutement et de rétention du personnel enseignant sont aussi un enjeu majeur. Peu d’Inuits détiennent un brevet d’enseignement, ce qui force la commission scolaire à recruter à l’extérieur. Or, il manque de logements pour héberger ces derniers, ce qui limite les possibilités d’embauche. Le taux d’absentéisme est important, ce qui « force » les directions à fermer des classes, faute de remplacement. « On annule en moyenne 8 cours de 45 minutes pour chaque jour de classe, pour chaque école, en raison de l’absence du personnel enseignant. »

Autre grand problème : le manque de services pour les élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage. Selon les chiffres du ministère, ils seraient à peine 2,4 % à avoir de tels problèmes dans les écoles du Nunavik, contre 26 % pour l’ensemble du Québec. Cette statistique illustre que les jeunes qui ont des besoins spécifiques n’obtiennent aucun service : il n’y a ni évaluation ni plan d’intervention, et il manque de ressources qualifiées.

La protectrice du citoyen n’a pas d’autorité sur les commissions scolaires. Elle vise donc le ministère de l’Éducation, qui tarde à répondre aux demandes répétées de la commission scolaire, et l’invite à s’asseoir avec la communauté pour trouver des solutions. « Le ministre adopte une vision restrictive de son rôle, écrit-elle. Ce faisant, il ne fournit pas à la commission scolaire les outils nécessaires à la réalisation de son mandat. »

2 commentaires
  • Élaine Hébert - Abonné 25 octobre 2018 10 h 40

    Un problème partagé par les autres groupes culturels autochtones.

    Enseignate pendant 5 ans chez les Cris, il m'apparaît que les problèmes rencontrés au Nunavik ressemblent beaucoup à ceux rencontrés dans les autres communautés autochtones du Québec. L'importance de l'enseignement en langue première est reconnue. Peut-être que les enseignants devraient obligatoirement étudier préalablement la langue des sociétés où ils iront enseigner. Le ministère de l'éducation devrait adapter ses programmes en fonction de la situation sociale propre à l'éloignement et aux conséquences du colonialisme, du manque de logement, et de services spécialisés éducatifs, sociaux ou de santé. Pourquoi ne pas considérer l'anglais et le français comme des langues secondes ou tierces et ne pas donner des cours de mathématiques et de science «simplifiés» en gardant en tête qu'effectivement, les étudiants pourront faire une mise à niveau selon leurs projets d"études particuliers. Nous n'avons pas à juger des difficultés d'adaptation à une société blanche et plus favorisée que celle où ils ont grandi, mais au contraire, fournir un soutien è long terme à ces jeunes gens qui vivent beaucop d'angoisse et d'isolement lorsqu'ils fréquentent les établissements du sud. Élaine Hébert

  • Ethel Groffier - Abonnée 25 octobre 2018 17 h 20

    Un scandale.

    Cette situation est un scandale. La Commission de vérité et réconciliation a demandé, entre autres choses, que le gouvernement du Canada fournisse les ressources nécessaires «pour combler les écarts d'éducation et d'emploi» entre les Autochtones et les Canadiens non Autochtones (Recommadation 7). Cette recommandation est adressé au gouvernement fédéral, dans le contexte des premières Nations, mais le Québec, qui a été longtemps dans la position du colonisé, devrait être un modèle dans la façon de traiter les Autochtones. Il est honteux de perpétuer un système qui les maintient dans la pauvreté et le chômage, faute d'éducation adéquate. Lors des dernières élections, un seul parti, Québec Solidaire, avait un programme cohérent à l'égard des Autochtones. C'est notre devoir de Québécois d'insister auprès de nos députés pour que ces injustices cessent. Ethel Groffier