La future politique doit inclure l’éducation des adultes

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Selon le directeur général de l’ICEA, Daniel Baril, il faudrait que le large éventail des services éducatifs fournis par l’éducation des adultes se retrouve dans la nouvelle politique sur la réussite scolaire.
Photo: iStock Selon le directeur général de l’ICEA, Daniel Baril, il faudrait que le large éventail des services éducatifs fournis par l’éducation des adultes se retrouve dans la nouvelle politique sur la réussite scolaire.

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, compte présenter prochainement une nouvelle Politique de réussite éducative. Et afin de nourrir sa réflexion, il a invité récemment tous les acteurs de l’éducation à participer à une consultation nationale. Une initiative saluée par Daniel Baril, directeur général de l’Institut de coopération pour l’éducation des adultes (ICEA).

« C’était beau de voir assis autour d’une même table tous ces représentants de l’éducation, allant du préscolaire à l’éducation des adultes en passant par le réseau formel, souligne-t-il. En organisant cette rencontre, le ministre Proulx a permis l’amorce d’une réflexion sur l’éducation qui devrait à terme mener à l’élaboration d’une vision globale de l’éducation. Cette rencontre a soulevé beaucoup d’espoirs et d’attentes, et c’est une occasion unique que le ministre se doit de saisir. Il ne faudrait pas que cette rencontre nationale se résume à une séance de photo historique, mais que la réflexion qu’elle a suscitée se retrouve pleinement dans la nouvelle politique sur la réussite scolaire. Ce serait alors non seulement une photo historique, mais un moment historique, une sorte de révolution tranquille du milieu de l’éducation. »

Une vision globale de l’éducation

Car il est clair dans l’esprit de Daniel Baril que la façon dont nous pensons l’éducation au Québec est aujourd’hui désuète et qu’il faudrait plutôt la penser de manière plus globale. « Maintenant, on pense et on gère l’éducation en silos, garderie, primaire, secondaire, collégial, université, éducation des adultes, etc. Ce n’est pas que cette approche fait que l’on gère mal l’éducation, au contraire, on la gère plutôt bien, c’est plutôt que cette approche ne correspond plus à la réalité de l’éducation. Il faudrait arrêter de gérer des silos et commencer plutôt à gérer des individus. Et pour ce faire, il faut penser l’éducation sur le mode d’un continuum. Car, au fond, il s’agit toujours d’un seul individu qui passe d’un silo à un autre tout au long de son parcours éducatif. De la gestion de l’offre, ce que nous faisons présentement, il faut passer à la gestion de la demande. »

L’éducation des adultes

Et l’éducation des adultes dans ce continuum éducatif, où se situe-t-elle ? Avant de répondre à cette question, il faut d’abord saisir la complexité qui est celle de l’éducation des adultes. « L’image qui me vient en tête lorsqu’on cherche à illustrer ce qu’est l’éducation des adultes, c’est celle de la boîte de biscuits mélangés. » En effet, l’éducation des adultes, c’est le décrocheur qui raccroche et finit son secondaire, c’est l’apprentissage d’un métier, c’est l’étudiant adulte qui retourne au cégep obtenir un DEC ou une AEC, c’est le travailleur diplômé qui retourne à l’université pour des études supérieures, etc. « Et cela, ce n’est que ce qui se passe dans le réseau formel. Il faut ajouter la contribution des groupes communautaires, en alphabétisation et en littératie, mais aussi dans d’autres types de formation. Il y a la formation en entreprises ainsi que les boîtes spécialisées qui offrent aux adultes des formations spécifiques. Aujourd’hui, l’éducation des adultes revêt plusieurs visages et répond à de nombreux besoins éducatifs. »

Il faudrait arrêter de gérer des silos et commencer plutôt à gérer des individus

 

Il faudrait donc, croit Daniel Baril, que le large éventail des services éducatifs fournis par l’éducation des adultes se retrouve dans la nouvelle politique sur la réussite scolaire. « Il ne faut pas oublier que, si le Québec obtient un taux de diplomation au secondaire satisfaisant, c’est grâce en partie à l’éducation des adultes. Ma crainte, c’est de voir l’éducation des adultes se faire confier comme mission principale l’alphabétisation et la littératie. Ce n’est pas que cette mission n’est pas essentielle, mais ce serait sous-utiliser le potentiel qu’offre l’éducation des adultes. »

L’apprenant du XXIe siècle

Car le Québec est entré aujourd’hui dans une nouvelle ère éducative, que Daniel Baril appelle celle de l’apprenant du XXIe siècle. « Auparavant, une personne s’éduquait dans sa jeunesse et, une fois son diplôme en poche, son parcours éducatif s’arrêtait. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. La société moderne fait en sorte qu’une personne est maintenant appelée à apprendre tout au long de sa vie. L’éducation aujourd’hui est devenue un processus constant et, par conséquent, elle doit être pensée en tenant compte de cette nouvelle donne. »

 

Un parcours continu

Il donne en exemple les jeunes. « C’est probablement le plus grand succès de la réforme pédagogique qu’a connu le Québec. Aujourd’hui, ces jeunes sont devenus beaucoup plus autonomes. Ils savent ce qu’ils veulent savoir et ils ont la capacité de répondre eux-mêmes à leurs besoins. C’est aujourd’hui devenu pour eux un réflexe, grâce évidemment aux outils informatiques. On pense souvent que les personnes vont sur YouTube pour visionner des vidéos musicales, mais en réalité, la plupart des requêtes sur YouTube sont faites par des personnes qui veulent apprendre quelque chose. »

Cette notion que l’éducation est maintenant un parcours continu implique aussi que l’on change nos manières de faire. « Il faut trouver des moyens pour accompagner les personnes qui vont vouloir apprendre par elles-mêmes. Par exemple, cela veut dire une meilleure reconnaissance des acquis. Je fais mienne une phrase d’un avis du Conseil supérieur de l’éducation selon laquelle il faut reconnaître aux gens le droit de ne pas apprendre ce qu’ils savent déjà. »

Selon Daniel Baril, la nouvelle Politique de réussite scolaire que déposera le gouvernement est l’occasion idéale de mettre en place cette vision globale de l’éducation et d’y faire une place pour l’apprenant du XXIe siècle.