Une cure de rajeunissement de 1 milliard

Les premiers ministres Justin Trudeau et Philippe Couillard se sont présentés ensemble vendredi matin à Outremont, à deux pas du futur complexe des sciences de l’Université de Montréal, pour annoncer l’accord des fonds conjugués.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les premiers ministres Justin Trudeau et Philippe Couillard se sont présentés ensemble vendredi matin à Outremont, à deux pas du futur complexe des sciences de l’Université de Montréal, pour annoncer l’accord des fonds conjugués.

Un accord décrit comme « historique » entre les gouvernements Couillard et Trudeau ouvre la voie à l’injection de plus d’un milliard de dollars dans les universités et les cégeps du Québec, qui ont un besoin criant de rénovations et de nouveaux bâtiments.

Ottawa investit plus de 385 millions, Québec ajoute 345 millions, et les établissements eux-mêmes, appuyés par des sources privées, injectent 361 millions, pour un total de 1,09 milliard de dollars.

Les premiers ministres Justin Trudeau et Philippe Couillard, accompagnés d’une brochette de ministres et de dignitaires, ont fait l’annonce vendredi matin à Outremont. Ils se trouvaient à deux pas du futur complexe des sciences de l’Université de Montréal — le plus gros projet au Canada mis en avant par Ottawa en vertu du Fonds d’investissement stratégique pour les établissements postsecondaires, doté d’une enveloppe de 2 milliards.

L’Université de Montréal obtient la part du lion des investissements de ce Fonds au Québec, avec 10 projets d’une valeur totale de près d’un demi-milliard de dollars en argent public : 229,2 millions de Québec et d’Ottawa pour son complexe des sciences, dont la construction a commencé sur le terrain de l’ancienne gare de triage d’Outremont ; et 259 millions pour d’autres projets de l’Université et ses affiliés, HEC Montréal et l’École polytechnique.

10
Nombre de projets financés par Québec et Ottawa à l’Université de Montréal

Selon ce que Le Devoir a appris, l’accent mis sur l’Université de Montréal a fait sourciller dans le milieu de l’éducation, vendredi. Les représentants des cégeps et des universités présents à l’annonce de vendredi ont tous salué les fonds investis par Québec et Ottawa. Mais en privé, on déplore que Québec ait choisi de garder secrets les projets financés dans 40 collèges et cinq autres universités, dont McGill, Concordia, Bishop et l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

La ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, compte dévoiler au cours des prochaines semaines les initiatives appuyées par les gouvernements Couillard et Trudeau. Elle compte multiplier les « bonnes nouvelles » dans toutes les régions à compter du mois de janvier. En attendant, la ministre David a demandé aux cégeps et aux universités de rester discrets au sujet des 101 projets d’infrastructures qui ont été retenus par Québec et Ottawa.

État de décrépitude

Le financement confirmé vendredi représente « un des plus grands programmes d’investissement de l’histoire de l’Université [de Montréal] », a dit le premier ministre Trudeau.

Le complexe des sciences deviendra « un des plus grands centres d’innovation au pays, où les chercheurs travailleront ensemble dans les installations de calibre mondial pour trouver des solutions aux problèmes auxquels notre pays et notre monde font face », a-t-il précisé.

Il reste à préciser quelle portion du milliard de dollars servira à construire de nouveaux pavillons et quelle portion servira à rénover les bâtiments existants. Chose certaine, les cégeps et les universités ont bien besoin d’argent pour une cure de rajeunissement : 40 % des bâtiments universitaires du Québec sont en mauvais ou en très mauvais état, selon les chiffres du gouvernement. Le déficit d’entretien des universités s’élève à 1,5 milliard de dollars.

L’Université McGill, établie dans des bâtiments historiques au pied du mont Royal, est la plus mal en point au Québec : près des trois quarts de ses édifices (73 %) nécessitent des rénovations importantes. L’Université de Montréal suit, avec 64 % de bâtiments en mauvais ou en très mauvais état.

Les cégeps ont aussi besoin de travaux majeurs, avec un déficit d’entretien estimé par le gouvernement à 427 millions de dollars. Bernard Tremblay, président de la Fédération des cégeps, s’est réjoui des investissements fédéral et provincial, même s’ils ne répondent pas à tous les besoins.

Compétence du Québec

Les associations étudiantes ont aussi salué l’entente entre les gouvernements Couillard et Trudeau, qui se sont affrontés récemment sur le financement de la santé et sur le bannissement de l’amiante, entre autres. Nicolas Lavallée, président de l’Union étudiante du Québec, a hâte de voir la répartition des investissements par région et par établissement.

Thomas Mulcair, chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), a salué avec un bémol l’injection de fonds fédéraux dans sa circonscription d’Outremont. Le gouvernement Trudeau dicte au Québec comment utiliser des transferts fédéraux en enseignement supérieur, qui est de la compétence des provinces en vertu de la Constitution canadienne.

« Lorsqu’il y a une dépense fédérale dans un domaine de compétence exclusive des provinces, on préconise un transfert direct sans condition. Le gouvernement ouvre la porte à une continuation de cette tendance lourde du fédéral à mettre le nez partout, même dans les domaines qui relèvent strictement des provinces. »

1 commentaire
  • Patrick Daganaud - Abonné 19 décembre 2016 01 h 49

    UNE OPÉRATION MALÉFIQUE DE MARCHANDISATION

    A) Provenance des argents:

    1-Ottawa, 385 millions (C'est nous!);
    2-Québec, 345 millions (C'est encore nous!);
    3-Les établissements, appuyés par des sources privées (privées de quoi : de transparence!)361 millions.

    La provenance 3 amplifie le pacte de marchandisation : les fonds privés ne sont certes privés ni d'intérêts, ni de retombées, ni de profitabilité...

    B) Surenchère des immobilisations à même les opérations courantes :

    Plusieurs universités ont étendu leur parc immobilier en « s'autofinançant », négligeant les dépenses immobilières courantes et augmentant la dégradation des immeubles non entretenus ou non rénovés.

    C) Une opération maléfique

    L'investissement annoncé va dans les immobilisations, mais il engage 361 millions de fonds propres (euphémisme...)

    C'est dire que les universités vont se rendre encore plus dépendantes des fonds privés pour la recherche, parce que « Québec » subventionnant les immobilisations à hauteur de 345 millions ne va pas allouer en plus les fonds requis par la recherche à hauteur des besoins.

    C'est dire aussi que l'idée d'investir dans les immobilisations est le résultat d'une entente bien maillée entre Ottawa et Québec et les investisseurs privés pour accroître volontairement t la philosophie de profitabilité et l'emprise des subventions privées sur la recherche.

    C'est aussi accroître les risques de collusion entre chercheurs et investisseurs et diminuer l'impartialité scientifique.

    La chaîne de commandement est déjà lubrifiée : apologie de la consécration et de la sacralisation par la recherche pour motiver les troupes de chercheurs, poussées de champignons des centres de recherche (à chacun sa chaire...), recrutement des étudiants de 2e et 3e cycle au-delà des besoins, mise en compétition effrénée, formation orientée par les besoins du marché...

    C'est l'ère des hauts savoirs profitables, sans mesure éthique des risques de contamination.