«Nous croyons en la force du multiculturalisme»

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Martial Couillaud, directeur du Collège international Sainte-Anne de Lachine
Photo: Lotekha Martial Couillaud, directeur du Collège international Sainte-Anne de Lachine

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation - Portes ouvertes sur le monde

Le collège Sainte-Anne de Lachine, établissement d’études secondaires situé dans l’ouest de l’île de Montréal depuis 1861, a ouvert, il y a trois ans, le niveau collégial. Particularité ? Sa vocation internationale. Les cours sont en effet donnés à la fois en français et en anglais. Mais, au-delà de cela, tous les étudiants doivent effectuer un stage de fin d’études, de préférence à l’extérieur du Québec. Et l’établissement ouvre bien grand ses portes à des étudiants venus d’ailleurs. Petite visite des lieux.
 

Grande force du collégial international Sainte-Anne, et ce pour quoi les élèves choisissent cet établissement tout particulièrement : le stage de cinq à six semaines, obligatoire pour tous, qui doit être, dans la mesure du possible, effectué à l’extérieur de la province.

« Il doit surtout être en relation avec les études des élèves et proche de la carrière qu’ils souhaitent entreprendre, explique Martial Couillaud, directeur de l’établissement, l’homme qui l’a pensé et mis en place. Nous privilégions les stages ailleurs au Canada ou à l’étranger, parce que nous estimons qu’il est important pour des jeunes de cet âge d’aller voir comment ça se passe ailleurs et de sortir de leur milieu de vie, de leur zone de confort. C’est une expérience extraordinaire. Ils en reviennent tous changés, grandis. Mais c’est certain que le Québec a aussi des domaines d’expertise. Nous avons eu l’an dernier un élève qui souhaitait poursuivre en ingénierie aéronautique. Il est allé chez Bombardier. »

Le collégial a ouvert ses portes à la rentrée 2011 et deux cohortes de finissants ont donc, depuis, effectué ce stage. Environ 70 % des étudiants ont quitté le Québec à cette occasion.

« Le stage s’inscrit dans le cadre du cours, obligatoire dans tous les cégeps, qui s’intitule Projet d’intégration, précise M. Couillaud. Les étudiants ont un directeur de projet. Ils y réfléchissent dès le début de leurs études ici. Ils élaborent leur sujet de recherche. Et, durant la troisième session, ils préparent leur stage au sein de leur cours de gestion de projet. Ils doivent notamment trouver le moyen de le financer. Par des campagnes de financement, des petits boulots. Les professeurs les aident à trouver les bourses auxquelles ils pourraient également avoir droit. Bref, c’est un vrai projet global qui les tient en haleine durant les deux années qu’ils passent avec nous. »

Ainsi, le printemps dernier, deux jeunes du programme de sciences pures et appliquées sont partis dans une mine au Burkina Faso. Un autre, inscrit au programme des sciences de la nature, a monté un plan de saine alimentation pour un orphelinat au Vietnam. Deux jeunes filles sont également parties en Afrique dans une clinique pour femmes.

« Nous avons aussi un partenariat avec une école primaire au Sénégal, ajoute le directeur. Il s’agit d’un projet d’aide au développement, puisque nous menons des actions ici afin de parvenir à leur fournir l’équipement nécessaire pour monter une salle informatique. Mais nous y envoyons également nos stagiaires. L’an dernier, l’un d’entre eux a mené un projet et une étude pour mettre en place des panneaux solaires dans l’école. Un autre a élaboré un système de gestion des déchets. Et deux filles ont donné des cours d’anglais et mis en place des activités parascolaires. Lorsque la salle informatique sera fonctionnelle, nous pourrons envoyer d’autres étudiants pour brancher les ordinateurs, installer le réseau sans fil et former les enseignants, puisque le collégial international Sainte-Anne a aussi la particularité d’être très axé sur les nouvelles technologies. »

Autre aspect de cette approche internationale, la volonté de l’établissement d’accueillir des étudiants étrangers, en provenance notamment de l’Afrique subsaharienne, du Maghreb et de la France. Dans un souci d’ouverture des Québécois à d’autres cultures.

« Nous croyons à la force du multiculturalisme, explique Martial Couillaud. Or nous sommes situés dans l’ouest de l’île… On ne peut pas dire que ce soit particulièrement métissé. C’est important pour nous que nos étudiants locaux aient des échanges avec des jeunes venus d’ailleurs, qui ne pensent pas pareil, qui n’ont pas le même passé, qui ne portent pas le même regard sur les choses. Ils découvrent différents accents. Nous organisons des séminaires à thème sur différents pays. Beaucoup de nos professeurs ont également des origines étrangères. Nous leur demandons de faire ressortir ces différences dans leurs cours. En philosophie, les étudiants apprennent comment tel concept est abordé ici, mais aussi en Afrique ou en Europe. On leur explique comment les mathématiques sont enseignées ailleurs, etc. »

Le collégial Sainte-Anne souhaite également répondre au besoin criant en main-d’oeuvre qualifiée qui sera nécessaire au Québec dans les prochaines années. Or, selon le directeur, plus les étudiants arrivent tard, plus le taux d’échec est élevé.

« La façon dont on forme les élèves est très différente en Amérique du Nord et en Europe ou en Afrique, explique-t-il. Ici, il y a beaucoup de travail en groupe, de recherche individuelle. On leur demande d’être très autonome. Ailleurs, les cours sont souvent plus encadrés. Ça peut poser de gros problèmes aux étudiants étrangers qui arrivent à l’université. Avec un DEC en poche, l’intégration est plus facile et on a de plus grandes chances qu’ils restent ici par la suite. »

Les élèves entrent au collégial Sainte-Anne sur la base de leur dossier. Puisque le stage de fin d’études gruge largement la quatrième session, le rythme doit être soutenu pour parvenir à boucler le programme. Quant au bilinguisme, il n’est pas obligatoire, mais le niveau d’anglais doit être bon puisque, dès la première session, certains cours sont donnés dans cette langue.

« C’est sûr que ça peut poser des problèmes à nos étudiants africains ou français qui n’ont pas la même proximité avec l’anglais que les jeunes Québécois, conclut M. Couillaud. Mais beaucoup de nos élèves viennent chez nous justement pour notre caractère bilingue. »