Dernières offres d'aide financière: les étudiants concluent à l'accroissement de l'endettement

« Tous les étudiants de la classe moyenne – ceux dont le salaire de leurs parents est entre 45 000 $ et 60 000 $ – vont voir leur endettement tripler », a soutenu Éliane Laberge de la FECQ.<br />
Photo: Pedro Ruiz - Archives Le Devoir « Tous les étudiants de la classe moyenne – ceux dont le salaire de leurs parents est entre 45 000 $ et 60 000 $ – vont voir leur endettement tripler », a soutenu Éliane Laberge de la FECQ.

Après avoir effectué une analyse plus poussée des dernières offres d'aide financière gouvernementales, les fédérations étudiantes en concluent que celles-ci contribueront surtout à accroître l'endettement étudiant, et parlent d'une « solution empoisonnée ».

La Fédération étudiante collégiale (FECQ) et la Fédération étudiante universitaire FEUQ) apportent même des bémols à l'affirmation selon laquelle les étudiants provenant de familles à revenus les plus faibles verront la hausse des droits de scolarité entièrement compensée par les bonifications au régime d'aide financière.

Elles soulignent notamment que le rehaussement du seuil du revenu parental de 28 000 $ à 45 000 $ ne sera pleinement en vigueur qu'en 2016-2017, et qu'il s'approche de deux emplois à temps plein au salaire minimum.

Au cours d'une rencontre avec la presse, aujourd'hui à Montréal, pour présenter leurs conclusions, les présidentes des fédérations collégiales, Éliane Laberge, et universitaire, Martine Desjardins, ont aussi critiqué le relèvement du plafond des prêts et l'instauration d'une allocation compensatoire. Selon elles, ces mesures vont doubler l'endettement étudiant pour ceux qui proviennent de la classe moyenne.

« Nous avons été choqués de voir que non seulement il y a explosion du plafond de prêt, donc inévitablement une explosion de l'endettement étudiant, mais en plus, les coûts liés à ces nouveaux prêts qui sont octroyés par le gouvernement vont augmenter », a dénoncé Mme Desjardins.

« Tous les étudiants de la classe moyenne – ceux dont le salaire de leurs parents est entre 45 000 $ et 60 000 $ – vont voir leur endettement tripler », a soutenu de son côté Mme Laberge.

La FECQ et la FEUQ vont présenter leur analyse au Comité consultatif sur l'accessibilité financière aux études, le 18 juin.

Elles espèrent que le gouvernement constatera ainsi les effets pervers des mesures qu'il a annoncées, et adoptera plutôt leurs suggestions comme le gel des droits de scolarité au niveau de 2011-2012 et la hausse des dépenses admises dans le calcul de l'aide financière.

Par Lia Lévesque
16 commentaires
  • Francois Gougeon - Inscrit 13 juin 2012 14 h 05

    Quelque chose que je ne comprend pas

    Si en augmentant le plafond de la dette, on triple l'endettement étudiant (gardant en tête que les frais de scolarité ne triplent pas) alors c'est que les étudiants vont dépenser cet argent qu'ils n'auraient pas eu autrement (ou obtenu d'autre source, comme une marge de crédit). Devons-nous comprendre que les étudiants sont incapables de ne pas dépenser de l'argent qui leur est offert?

    De plus, les prêts étudiants sans intérêts jusqu'à l'arrivée sur le marché du travail, cela ne se rapproche-t-il pas de ce que les étudiants demandent depuis le début, soit de payer après ses études plutôt qu'avant?

    Finalement, faut-il à tout prix démoniser toute forme d'endettement? Je comprend que s'endetter pour se payer une t.v. ou une auto que l'on ne peut se permettre, cela contribue à la dépendance économique, mais on oublie que l'endettement permet à des gens moins riches de faire des investissements, comme l'achet d'une maison. Si il fallait payer sa maison cash, il n'y a que les millionaires qui seraient proprios. Ceci vaut aussi, selon moi, pour l'éducation.

    • Carole Dionne - Inscrite 13 juin 2012 15 h 54

      De la désinformation à l'état pure.

      J'ai écouté l'entrevue de Martine Desjardins à Radio Canada ce midi. Elle disait que l'endettement serait triplé. Mais elle n'a pas expliqué le pourquoi.

      Elle joue le jeu de la désinformation, comme le gouvernement d'ailleurs. Les faits: Avant, un étudiant pouvait avoir recours au prêt si ses parents ne gagnaient pas plus de $60,000. Il est bien évident qu'en augmentant la barre de revenu parental à $100,000. Il va y avoir beaucoup plus d'étudiants qui vont pouvoir y avoir accès.

      Le journaliste de Radio Canada a perdu une belle occasion de demander à Mme Desjardins d'expliquer son propos: triple le montant de prêt par chaque étudiant ou c'est le nombre de prêt qui a triplé (nombre de personne qui y ont droit).

    • Sophie Zhang - Inscrite 13 juin 2012 16 h 10

      M. Gougeon, effectivement, vous n'avez pas compris. L'argent supplémentaire reçu du gouvernement servira à payer la hausse, pas à dépenser sur du luxe! Et les leaders soulignent que cela ne fera qu'augmenter la dette des étudiants de classe moyenne.

      Je tiens à rappeler que l'étudiant moyen a un revenu annuel de 13 330$ et une dette moyenne de 14 000$. 81% des étudiants à temps plein ont déjà occupé un emploi pendant leurs études. Nos jeunes québécois ne sont pas des "fainéants" comme un certain Villeneuve a osé le suggérer. Ils travaillent fort, vivent dans une quasi pauvreté, et s'endettent jusqu'au cou. Ils sacrifient déjà beaucoup pour s'éduquer. On n'a pas besoin de leur mettre d'autres obstacles!

      Oui, un certain endettement pourrait être acceptable. Mais quel montant vous paraît raisonnable? 27 000$ comme ailleurs au Canada? Mes amis gradués doivent attendre des années pour s'acheter une maison parce que 5 ans après, ils sont encore en train de repayer leurs dettes. On voudrait donc que les jeunes attendent plutôt 10 ans pour s'acheter une maison? Ou choisissent leur carrière non sur leur passion, leur vocation our leur talent, mais sur la rapidité de remboursement des dettes? On perdrait nos historiens, nos musiciens, nos psychologues.

      Enfin, investir dans le cerveau de nos jeunes (contrairement à plusieurs autres investissements que Charest nous propose) est rentable et bénéfique pour toute la société.

    • Félix Binette - Inscrit 13 juin 2012 16 h 11

      Pour ce qui est de votre premier questionnement, vous oubliez que la dette des étudiants n'équivaut pas nécessairement aux frais de scolarité. Par exemple, si un étudiant s'endette en moyenne de 500$ par année alors qu'il paie des frais de scolarité de 1600$, une hausse de 1500$ ferait quadrupler ses dettes puisqu'il s'endetterait maintenant de 2000$ par année.

      Même si ces chiffres sont fictifs, ils démontrent que l'étude ne dit en aucun cas que ''les étudiants sont incapables de ne pas dépenser de l'argent qui leur est offert''.

    • Viviane Genest - Inscrite 13 juin 2012 18 h 00

      Encore une preuve que notre gouvernement est au service des banques.

    • maxime belley - Inscrit 13 juin 2012 19 h 02

      Pourquoi de toute façon on paie pour des université ici? on à juste à prêter de lé'argent aux jeunes et qu'ils aillent au EU?
      Ils on plein d'école là bas et les voyages forment la jeunesse. Tu prends tout le budget du MEQ pis tu renfloue les caisses des prêts et bourses avec.

      Avec les vieux loc

    • Francois Gougeon - Inscrit 13 juin 2012 19 h 29

      Mme Zhang :
      Je vous repondrais respectueusement que je crois que nous avons autre chose à faire avec notre argent dans une société (qui se veut de gauche) que de s'assurer que les diplomés universitaires s'achètent une maison rapidement. Et j'aimerais préciser que je n'ai jamais traité les étudiants de fainéants (surtout étant un récent diplomé universitaire moi-même)

      M. Binette :
      La hausse totale prévue est de 1625 $ par année. Si les étudiants utilisent la hausse de crédit gouvernemental uniquement pour couvrir la hausse, pour que la moyenne de l'endettement soit triplée, il faudrait que la moyenne maximum d'endettement étudiant soit d'environ 800$ par année. D'après la FEUQ, l'endettement moyen après un BAC (3 ans) est de 15000$. (5000$ par année)
      Expliquez moi, s'il vous plait, comment une hausse de 1625 par année (environ 5000$ sur trois ans), couvert par des prêts, peut faire tripler le niveau d'endettement si l'étudiant n'utilise pas cet argent pour autre chose (en utilisant les chiffres de la FEUQ). Merci.

  • Pierre Bellefeuille - Inscrit 13 juin 2012 14 h 34

    Excellent travail!

    Les étudiants ont fait un excellent travail, une fois de plus nous constatons que le gouvernement Charest a tenté de berner la population québécoise, comme dans bien d’autres dossiers.

  • Raymond Saint-Arnaud - Inscrit 13 juin 2012 14 h 53

    Voir plus loin que le bout de son nez

    Dans ce dossier, le gouvernement n’a qu’une approche comptable à court terme. Il n’a aucune vision à moyen et long terme, où des études macro-économiques montreraient probablement que comme dans le cas des garderies à 7$, la gratuité scolaire post-collégiale rapporterait plus à l’État moyen et à long terme que les solutions de broche-à-foin qui endettent les étudiants et en éloignent plusieurs des études supérieures.

    • Raymond Chalifoux - Abonné 13 juin 2012 18 h 40

      Merci, bien dit monsieur St-Arnaud.

      Mais voyez-vous, ce qui intéresse les politiciens du PLQ en ce qui concerne les garderies à 7$ - pour reprendre votre exemple -, ce ne sont pas les bénéfices réels pour l'ensemble de la société québécoise, retours globaux vérifiables et vérifiés depuis l'implantation du programme, mais bien comment eux peuvent distribuer les accès au pactole - à la mine d'or - (les places en garderie) parmi leurs généreux donateurs du parti. Voilà ce qui importe.

      Il faudrait donc que les étudiants se fasse une tite tempête d'idées, pour trouver une serpentine façon par laquelle le PLQ pourrait par la bande récupérer des sous-produits ($) d'une gratuité des études post-secondaires financée par l'ensemble des payeurs de taxes, pis là ils seraient "full d'accord" avec l'approche, les Libéraux; ils la bonifieraient même, probablement...

      Demandez, pour voir, à madame Courchesne, elle connaît fort bien les deux dossiers, les garderies et l'éducation... : une redoutable experte!

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 13 juin 2012 16 h 45

    Quelque chose qu'il faut comprendre

    Que le gouvernement tente de berner la population n'est pas du tout une conclusion mais la prémisse de base qui disqualifie d'avance, depuis le début et sans appel toute initiative gouvernementale en vue d'améliorer le sort des étudiants. Un bel exemple, aujourd'hui encore : la hauteur du seuil d'accès aux prêts constitue-t-il une injustice pour les étudiants de classe moyenne? Le relever pour y donner accès sera jugé tout aussi injuste. Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage...

    C'est là le vrai agenda : renverser le gouvernement Charest. Un très grand nombre d'étudiants s'y sont engagés très sérieusement, à même leur lutte. Il n'est pas question de discréditer leur engagement. Mais que dira-t-on de ces aspirants au pouvoir qui exhibent opportunément un carré rouge retenu par une jolie broche en or, à l'Assemblée nationale? Pendant qu'eux trépignent d'impatience au lendemain de partielles plutôt prometteuses, GND n'en finit plus de se faire tirer plus à gauche par une frange pour laquelle le conflit étudiant n'est qu'un enjeu parmi d'autres.

    Ce qu'il faut peut-être comprendre, c'est que la revendication étudiante n'a pas «débordé» sur tout autre chose qu'il aurait suscité. Le désir d'occuper la place du calife pour certains, celui de casser le système pour d'autres. des tâches urgentes et nécessaires, certes... mais qu'en est-il des intérêts immédiats des étudiants? Y touventils encore un espace de légitimité, même aux yeux de leurs propres leaders. Sans rien dire de l'ambiguité de la position du PQ qui prétend avoir pris fait et cause pour eux.

    On ne le dira pas : c'est honteux, mais il se peut fort bien qu'un bon nombre d'étudiants se soient livrés secrètement à la coupable analyse de Luc Godbout, qu'ils y aient trouvé leur compte et soient prêts fermer le dossier. Pas réfractaires à la perspective de changer le monde, ils ont peut-être égoïstement le sentiment d'avoir un peu fait leur part. Mais ceux-là on ne les entendra pas. Ils sont prévenus.

  • Jocelyn Cloutier - Inscrit 13 juin 2012 17 h 50

    Salaires contre marges de crédit

    Pour être dans la même logique que ce gouvernement, je suggérerais que 50% des salaires des fonctionnaires, députés, juges..... soient remplacés par des marges de crédit équivalentes.
    De cette façon, la notion d'endettement ne serait plus strictement théorique et l'application de leur propre médecine les feraient inévitablement réaliser les aspects négatifs du surendettement.