Primaire et secondaire - Les futurs enseignants voudraient bien voir leurs stages être rémunérés

Les écoles du Québec reçoivent chaque année plusieurs centaines de futurs enseignants qui viennent y faire un de leurs quatre stages obligatoires.
Photo: Jacques Grenier Les écoles du Québec reçoivent chaque année plusieurs centaines de futurs enseignants qui viennent y faire un de leurs quatre stages obligatoires.

Plusieurs centaines de futurs enseignants prendront bientôt la route des écoles primaires et secondaires pour accomplir un de leurs quatre stages obligatoires. Le dernier stage, en quatrième année du baccalauréat, implique que les étudiants prennent en charge l'ensemble de la tâche de l'enseignant pour une période allant de huit à quatorze semaines, selon les programmes. Ce stage non-rémunéré à plein temps constitue une période de vaches maigres pour les étudiants.

Tresa Murphy, étudiante en dernière année au bac en adaptation scolaire à l'Université de Montréal, angoisse en pensant au stage de deux mois qu'elle doit effectuer cette année. La mère d'un bambin âgé de quatre ans ne pourra pas travailler pendant son stage, tout comme son conjoint, également étudiant en éducation. La petite famille devra donc survivre avec le montant mensuel de 1100 $ versé par l'aide financière, tout en payant son loyer de 840 $.

Le reste de l'année, Tresa Murphy se débrouille en travaillant comme auxiliaire de recherche, en faisant du tutorat ou de la révision linguistique. Elle gagne ainsi environ 1000 $ de plus par mois. «Mais, pendant le stage, je n'ai plus de temps libre pour des petits boulots. Je dois être 40 heures par semaine à l'école, en plus de la préparation et des travaux liés au stage. Nous ne pouvons pas emprunter davantage, il y a déjà 17 000 $ sur les cartes de crédit», explique la jeune femme, qui ne s'imagine pas, à l'aube de la trentaine, cogner à la porte de ses parents qui aident déjà ses quatre soeurs plus jeunes.

Selon un sondage effectué pour le compte de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), les stagiaires en éducation consacrent en moyenne 60 heures par semaine à leur stage, soit une quarantaine d'heures de présence à l'école et une vingtaine d'heures pour la préparation, les corrections, les rencontres de parents et les travaux universitaires.

Le sondage, réalisé en 2007 auprès de près de 503 répondants par la firme Saine marketing, révèle par ailleurs que 82 % des étudiants ont abandonné leur emploi à temps partiel ou réduit considérablement le nombre d'heures de travail pendant leur stage (55 % ont abandonné et 27 % ont réduit le nombre d'heures). Selon les auteurs de l'étude, le manque à gagner s'établirait à environ 2200 $.

Les stagiaires s'endettent

La FEUQ entend cet automne prendre son bâton de pèlerin et faire le tour des intervenants du monde de l'éducation pour les convaincre que les stagiaires doivent être rémunérés. «Ils font le même travail que l'enseignant, mais ils s'endettent pour le faire. C'est sans compter les frais de déplacement et de matériel pédagogique. Ceux en région doivent parfois s'éloigner encore plus de leur université d'attache, ce qui veut aussi parfois dire des frais d'hébergement», fait valoir le président de la FEUQ, David Paradis.

Selon la FEUQ, il en coûterait environ 16 millions à l'État pour rémunérer au salaire minimum les stagiaires en éducation, du moins pour une portion du troisième stage ainsi que l'ensemble du stage de quatrième année, qui nécessitent une prise en charge des classes. «Un nouvel enseignant sur cinq quitte la profession dans les cinq premières années. L'endettement ne doit certainement pas aider. Si on pouvait soutenir les étudiants, cela les inciterait peut-être à persévérer», avance M. Paradis.

L'idée de rémunérer des stages en éducation, comme c'est déjà le cas en droit, dans les programmes coopératifs ou encore pour les médecins en résidence, est appuyée par 95 % des répondants du sondage. Pour Tresa Murphy, c'est l'évidence même. «C'est très frustrant, on voit tout le temps des gens en deuxième ou troisième année qui reçoivent des offres d'emploi des écoles. S'ils lâchent le baccalauréat ou font une pause d'une session, ils peuvent avoir un contrat de travail. Dans les écoles, on nous considère comme des employés, avec des compétences», fait-elle valoir.

Futur enseignant en sciences au secondaire, Dany Gravel partage cette frustration. Il finance en partie ses études en effectuant de la suppléance. Cette source de revenus se tarira cependant à la fin du mois, quand il commencera son quatrième stage, d'une durée de deux mois, dans une école secondaire de Berthierville. Pendant cette période, on lui interdit toute suppléance, et ce, même dans l'école où il effectue son stage.

Cela donne parfois lieu à des situations cocasses: «Si le professeur qui supervise le stage est malade, un suppléant est engagé pour s'asseoir au fond de la classe ou lire le journal dans le local des profs. Cela nous fait bien rire. Il arrive que le suppléant soit moins qualifié que le stagiaire!», relate M. Gravel, soulignant que, au moment des vacances des Fêtes, il aura passé plus de temps avec les élèves que l'enseignant.