L'ici et l'ailleurs

Cette année, le congrès annuel de la Fédération canadienne des sciences humaines (FCSH) se tiendra du 26 mai au 2 juin à l'Université de Saskatchewan, à Saskatoon. S'adaptant aux préoccupations de la ville d'accueil, les sujets à l'honneur lors du congrès aborderont différentes réalités comme l'économie, l'immigration et les peuples autochtones, mais souvent traitées dans un contexte extérieur aux grands centres urbains.

Le thème du congrès de cette année est «Créer des ponts» et il a été choisi par l'université hôte. «D'abord, cela se voulait un hommage à la ville de Saskatoon, connue pour ses nombreux ponts qui traversent la rivière Saskatchewan», indique la directrice du congrès, Marianne Fizet.

À un autre niveau, Créer des ponts fait allusion à la relation profonde qui existe entre l'Université de Saskatchewan et les citoyens de Saskatoon. «Le lien entre les recherches académiques et la collectivité locale est très fort. Plusieurs travaux des chercheurs universitaires entraînent des initiatives communautaires. Le lien est également très fort avec les communautés autochtones. D'ailleurs, à ma connaissance, l'Université de Saskatchewan est la seule qui ait un conseiller pour les affaires autochtones. L'homme en question, George Lafond, est très connu dans la communauté autochtone, ce qui contribue grandement, selon moi, au fait que l'établissement accueille un pourcentage important d'étudiants des Premières Nations», poursuit-elle.

Une ville, des préoccupations

Chaque année, le congrès de la FCSH a l'avantage de se déplacer d'un bout à l'autre du Canada et ainsi, prendre le pouls de la population locale et se pencher sur des questions qui touchent de près les collectivités.

«Par exemple, en 2004, nous étions à Winnipeg, au Manitoba, alors il a beaucoup été question de la communauté canadienne-française hors Québec. L'an prochain, le congrès se tiendra en Colombie-Britannique, alors on parlera certainement beaucoup des rapports avec les pays asiatiques», explique la présidente du congrès.

Toutefois, cette année, contrairement à l'an dernier alors que le congrès avait lieu à Toronto, de nombreux sujets touchant à la vie en milieu rural seront à l'honneur. «Il sera question d'économie à l'extérieur des grands centres urbains, d'économie sociale, d'immigration ainsi que de multiculturalisme en région et, évidemment, de relations avec les peuples autochtones», affirme Mme Fizet.

De grands chercheurs invités

Le congrès de la FCSH devrait attirer cette année environ 5500 personnes à Saskatoon, ce qui est une réponse très positive de la part de la communauté scientifique, considérant l'éloignement relatif de la ville d'accueil. Parmi les sommités présentes, on retrouve entre autres le professeur au département de littérature comparée de l'Université de Montréal Jean-Claude Guédon, spécialiste de la publication électronique, des bibliothèques numériques, des questions d'archives ouvertes, etc. «Cette thématique est actuellement un grand centre d'intérêt pour la FCSH et M. Guédon est vraiment un grand expert en la matière reconnu internationalement», soutient Mme Fizet.

Exemple d'activité mettant en vedette les questions autochtones maintenant, le congrès organise un petit déjeuner portant sur la relation entre les peuples autochtones du Canada et les arts de la scène. Pour l'occasion, la titulaire de la chaire de recherche du Canada en arts et littérature autochtones de l'université Trent, Marrie Mumford, s'entretiendra avec les acteurs Tantoo Cardinal (Moccasin Flats, Legends of the Fall) et Gordon Tootoosis (One Dead Indian, North of 60). Le Conseil de recherche en sciences humaines (CRSH) présentera pour sa part l'atelier «Réalités autochtones» où il sera question des changements dans la manière de faire de la recherche sur la thématique autochtone. Les recherches ne sont plus menées «sur» et «pour» les peuples autochtones, mais «par» et «avec» eux.

Le congrès abordera également, entre autres, la question de l'équité, des femmes bien sûr, mais également des minorités visibles. Lors de cet atelier, il sera question du fameux plafond de verre présent dans le monde des affaires, mais aussi universitaire, qui fait en sorte que les minorités visibles et les femmes continuent d'être sous-représentées dans le milieu universitaire canadien.

De plus, la présidente du Chantier de l'économie sociale, Nancy Neamtan, viendra présenter le succès que l'économie sociale représente au Québec, avec ses 10 000 organisations, ses 100 000 employés et ses ventes enregistrées de plus de quatre milliards de dollars. Mme Neamtan démontrera que l'économie sociale n'est pas une économie de pauvreté, mais une manifestation de citoyenneté constructive qui combine objectifs sociaux et stratégies d'affaires.

Un congrès vert

Enfin, notons que le congrès de la FCSH prend cette année un virage vert. «Grâce au soutien que nous obtenons de la part de la ville de Saskatoon, nous sommes en mesure d'offrir aux congressistes la chance de profiter gratuitement du service d'autobus de la ville. De plus, tous les ustensiles, verres et assiettes que nous utiliserons pendant la semaine d'activités seront biodégradables. C'est un peu plus coûteux, mais c'est important. Et évidemment, des bacs de recyclage seront installés partout dans l'université», indique Mme Fizet.

Ainsi, la FCSH s'inscrit dans la grande tendance internationale de conscientisation par rapport aux pratiques écologiques et souhaite contribuer à sa façon aux efforts de protection de l'environnement. «D'ailleurs, ce type de mesures que nous prenons cette année vient d'abord répondre aux demandes de nos membres, précise-t-elle. Ces questions d'écologie nous préoccupent et font partie de notre réflexion.»

Collaboratrice du Devoir