Le mal de tête des acheteurs «écolos»

Au Québec, le secteur de l’alimentation biologique est l’un des rares à être bien structuré en matière d’étiquetage. Il existe six organismes de certification qui partagent les mêmes exigences tant pour les producteurs agricoles que pour les transformateurs alimentaires.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Au Québec, le secteur de l’alimentation biologique est l’un des rares à être bien structuré en matière d’étiquetage. Il existe six organismes de certification qui partagent les mêmes exigences tant pour les producteurs agricoles que pour les transformateurs alimentaires.

Le consommateur de 2021 est confus. Il veut faire de meilleurs choix pour réduire son empreinte sur l’environnement, mais il ne sait plus à quelle étude ni à quelle étiquette se fier. Devant lui : des produits ménagers qui portent une allégation « écologique » sous leur logo principal ; des gourdes « pro-environnement » faites en bambou qui ont parcouru la moitié de la planète pour atterrir sur une tablette ; une bouteille d’eau en plastique recyclé, mais teintée en vert, ce qui rendra son recyclage plus difficile. Comment mieux choisir ?

L’option la plus écologique consiste à ne rien acheter, rappelle Mélissa de La Fontaine, cofondatrice d’Incita Coop-conseil zéro déchet. « Faites le tour de ce que vous avez déjà à la maison », suggère celle qui regrette l’apparition de nombreux objets réutilisables peu utiles qui poussent les gens à consommer davantage. « L’essuie-tout réutilisable, je ne comprends pas cette invention. Des guenilles, ça a toujours fonctionné », dit-elle.

Si on a vraiment besoin d’un produit, Mme de La Fontaine privilégie les produits usagés, réutilisés. Si cela n’est pas possible, il y a un nombre étourdissant de questions à se poser. Quelles sont les ressources utilisées pour le produire ? Comment a-t-il été transporté ? Peut-il être réutilisé ? En d’autres mots, quelle est son empreinte carbone et contribuera-t-il à polluer la planète ? Et c’est là que ça se complique. Car tout ça nécessite une étude approfondie du cycle de vie du produit. Et pour l’instant, il est rarement possible d’avoir toutes ces réponses en regardant une étiquette ou en scannant un code à barres.

« On peut faire des choses technologiquement avancées, comme ouvrir notre chauffage à distance, mais on n’est pas capable d’avoir l’information sur les produits qu’on achète, déplore Jean-Sébastien Trudel, auteur du livre Le grand mensonge vert. Il y a un manque, de la part des entreprises, de même que des gouvernements, qui n’exigent pas plus de transparence. »

L’ère des logos

« D’emblée, il ne faut pas juste douter. Si on fait un geste, ça peut devenir une habitude et c’est ce changement comportemental qui est porteur », dit tout de même Fabien Durif, directeur de l’Observatoire de la consommation responsable à l’UQAM.

On peut faire des choses technologiquement avancées, comme ouvrir notre chauffage à distance, mais on n’est pas capable d’avoir l’information sur les produits qu’on achète. 

 

Il a vu année après année le marketing s’emparer des images et des symboles de la nature avec des mots comme « pur », « éco », « vert », une tendance consignée dans le baromètre de la consommation responsable. « Le problème majeur, c’est l’identification », juge-t-il.

Mais ces mots viennent du domaine marketing et ne constituent aucune garantie. Les organismes de certification se sont multipliés ces dernières années, note-t-il. « Ça peut prendre parfois quelques années avant qu’une étiquette ou un acteur du milieu prenne “le dessus” et devienne la référence », observe-t-il.

L’un des logos qui peuvent nous aider est ÉcoLogo, qui offre une certification pour diverses catégories de produits, dont des produits nettoyants, de fournitures de bureau et de papier hygiénique. Une vingtaine d’entreprises québécoises y ont recours, dont Cascades et Biovert.

« On regarde plusieurs facteurs, dont l’extraction de la matière première, le contenu du produit, son emballage, de même que l’engagement global de l’entreprise envers le développement durable », indique Catherine Sheehy, responsable des partenariats de développement durable pour UL, l’organisme qui gère ÉcoLogo.

Jean-Sébastien Trudel suggère en outre d’autres ressources pour se renseigner sur certains produits, comme le répertoire Lespagesvertes.ca et Vertima, qui dresse une liste des matériaux certifiés.

« Si c’est une dépense chère et qu’on ne fait pas souvent, ça vaut la peine de bien s’informer, de voir s’il y a des analyses de cycle de vie qui ont été faites. Même chose pour les produits qu’on achète souvent, même s’ils n’ont pas une grande valeur », rapporte M. Trudel.

Mme de La Fontaine, de son côté, favorise les petites entreprises locales, car elle constate qu’il est souvent plus facile, avec elles, de connaître la composition et de suivre le parcours de leur marchandise.

Certains modèles établis

Au Québec, s’il y a un secteur structuré en matière d’étiquetage, c’est bien celui de l’alimentation biologique. Il existe six organismes de certification qui partagent les mêmes exigences rigoureuses à suivre à la lettre tant pour les producteurs agricoles que pour les transformateurs alimentaires. Ces mêmes certificateurs sont à leur tour surveillés par le Conseil des appellations réservées et des termes valorisants du Québec (CARTV). « Personne ne peut utiliser l’allégation “bio” comme un simple outil de marketing », prévient Pascale Tremblay, la présidente-directrice générale de cet organisme.

Le secteur a connu une « croissance remarquable », reconnaît-elle, et son équipe d’inspecteurs a dû être renforcée dans les trois dernières années. Elle n’aime pas les décrire comme la « police » des étiquettes biologiques, puisque leur rôle dépasse la surveillance : « La fraude est marginale dans le système, donc on fait beaucoup d’accompagnement et d’information », explique Mme Tremblay.

Il y a néanmoins une certaine augmentation des plaintes que le CARTV reçoit, ce nombre étant passé de 38 en 2018 à 55 en 2020. « Le scénario type, ce sont des erreurs de bonne foi sur l’étiquette ou encore des certifications qui viennent à échéance », assure-t-elle.

Affirmer que ses produits sont « écologiques » est une autodéclaration. Quant à la mention « sans résidu de pesticide », l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) a prévenu en 2019 qu’elle « peut être considérée comme trompeuse ».

Du geste à la citoyenneté

Les « écogestes » sont porteurs d’un certain engagement, mais pour Anne-Sophie Gousse-Lessard, il faut aussi aller au-delà des « solutions individualisantes ». « Ce n’est pas les personnes que je critique, c’est le discours. Tous les gestes qu’on peut faire sont nécessaires, mais ils ne sont pas suffisants », dit cette professeure associée à l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM.

Elle en appelle à observer les racines systémiques et politiques des problèmes auxquels notre monde fait face. « Il ne faut pas juste mettre la responsabilité sur l’individu, c’est trop limitatif et dépolitisant. Vous avez un pouvoir d’agir outre que dans la sphère privée. » Mme Gousse-Lessard invite donc les gens à « entrer en relation » avec les autres, à la fruiterie du coin ou encore dans un comité de quartier, et surtout de ne pas se culpabiliser.

2 commentaires
  • Luc Richard - Abonné 21 avril 2021 15 h 49

    Responsables

    Qui est responsable ? Le producteur, le marchand, le consommateur, les gouvernements, les médias ?

    Si tout le monde fait sa part, on finira par y voir clair parmi toutes les étiquettes, certifiées ou autoproclamées.
    Avant tout, il faut revenir aux bases, le 3 R : Réduire, Réutiliser, Recycler.
    Et dorénavant, ajoutons l'écoconception qui démarre le cycle de l'économie circulaire !

    • Patrick Boulanger - Abonné 21 avril 2021 19 h 29

      Peut-être un quatrième R? : réparer.