Prêts pas prêts, c’est parti pour les commerçants de la grande région de Montréal

Chantal Michel, propriétaire de la librairie Raffin sur la rue Saint-Hubert, se préparait dimanche pour la grande réouverture du lendemain.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Chantal Michel, propriétaire de la librairie Raffin sur la rue Saint-Hubert, se préparait dimanche pour la grande réouverture du lendemain.

L’heure était aux derniers préparatifs dimanche pour les commerçants de la grande région de Montréal. Après deux mois de fermeture, c’est partagés entre la joie et l’appréhension qu’ils s’apprêtaient à accueillir de nouveau les clients qui attendaient leur réouverture avec impatience.

« On est vraiment contents de pouvoir retrouver nos clients, de pouvoir discuter avec eux et les conseiller en personne. Les commandes sur Internet, ce n’est vraiment pas la même chose. Plusieurs clients nous ont même appelés cette semaine pour s’assurer qu’on rouvrait », confie Chantal Michel, propriétaire de la librairie Raffin située sur la Plaza Saint-Hubert. Elle était en train d’arracher une affiche en vitrine qui annonçait la fermeture temporaire de la librairie en raison de la pandémie de COVID-19, lorsque Le Devoir l’a croisée dimanche.

À l’intérieur, quelques employés s’occupaient des derniers détails : disposer les livres en vitrine, faire des marquages au sol pour la file d’attente à la caisse ou encore coller des affiches pour rappeler à tous de se laver les mains souvent, de tousser dans son coude et de maintenir une distance de deux mètres entre chaque personne.

Dernière sur la liste, la grande région de Montréal pourra enfin rouvrir ses magasins de détail possédant une porte donnant sur l’extérieur lundi. Initialement prévue le 11 mai, la date du déconfinement a été décalée à deux reprises par Québec, la situation n’étant pas encore maîtrisée dans les hôpitaux de la métropole.

Les commerçants ont au moins eu le temps de peaufiner leur organisation du travail et l’accueil des clients afin de respecter les mesures de santé publique pour freiner la propagation du coronavirus. Certains se sont même appuyés sur l’expérience de leurs confrères en région.

Parois de Plexiglas, station de lavage des mains, port du masque recommandé ou obligatoire, paiement par carte uniquement et limitation du nombre de clients : des changements que les commerçants ont adoptés sans rechigner, pressés de pouvoir relancer leurs affaires et soucieux de protéger leurs employés et leurs clients.

« Ça fait plusieurs semaines que tout est installé. On a passé les derniers jours à bien définir les tâches avec les employés et on a fait un dernier gros ménage vendredi », explique au téléphone Renée Drolet, propriétaire de l’entreprise Chocolat Chocolat, qui a une boutique dans le quartier Villeray.

Spécialisée dans la vente d’accessoires pour la préparation de chocolats — ce qui implique la manipulation demoules et autres contenants —, elle compte pour sa part imposer le port du masque et de gants autant aux employés qu’aux clients. « On n’a pas le choix. On ne peut pas commencer à tout désinfecter après chaque personne, explique Mme Drolet. Bien sûr, on fournit le matériel de protection. »

On pense à réduire les heures d’ouverture peut-être, ou à fermer certains jours, selon l’achalandage. Car, si finalement il n’y a personne, on risque de tomber dans un gouffre financier.

 

Elle a d’ailleurs confectionné elle-même près de 400 masques depuis le début de la pandémie. Certains ont été envoyés aux clients réguliers, une sorte d’invitation pour le moment de la réouverture. À la veille du grand jour, elle était encore plongée dans la couture. « Tout est prêt, mais je suis quand même nerveuse, avec la gestion des employés et des clients qui sont déjà plusieurs à s’être assurés qu’on rouvrait. Alors, je continue à faire des masques jusqu’à ce soir, ça va me permettre de ne pas trop y penser, c’est thérapeutique », confie-t-elle.

De son côté, la propriétaire d’Eco Loco, qui partage un local avec Frëtt Design rue Beaubien, ne compte pas rouvrir ses portes avant mercredi ou jeudi. « On avait commencé à s’organiser pour le 11 mai, mais on a tout laissé tomber quand la date a été décalée. On a mis toute notre énergie dans la vente en ligne plutôt. Mardi dernier, j’étais persuadée que ça allait encore être reporté », indique Geneviève St-Amour, expliquant ne pas être prête à accueillir les clients dès lundi. Dimanche, elle était en train de remettre les mannequins en vitrine et de sortir les vêtements d’été.

« Je prends mon temps, j’y vais un jour à la fois. On pense à réduire les heures d’ouverture peut-être, ou à fermer certains jours, selon l’achalandage. Car, si finalement il n’y a personne, on risque de tomber dans un gouffre financier », explique-t-elle, persuadée que nombre de ses clients vont préférer continuer à commander en ligne.

Achalandage à prévoir

Mais aux yeux de Stéphane Drouin, directeur général du Conseil québécois du commerce de détail, les consommateurs seront au rendez-vous. « On l’a vu hors de Montréal, les gens vont recommencer à magasiner. Ils sont confinés depuis deux mois, ils ont envie de sortir, ils ont besoin de contacts humains, et c’est aussi ça qu’offre l’expérience dans un commerce. »

Si, selon lui, l’achalandage sera moindre qu’avant la crise, il affirme que les clients qui se déplacent en boutique ressortent quasi systématiquement avec un achat. « Les gens veulent moins faire du lèche-vitrines qu’avant, mais s’ils prennent la peine de se déplacer en boutique, c’est qu’ils vont vraiment acheter. »

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