Un logement Airbnb… à l’année ?

Pour le RCLALQ, l’arrivée ou le retour de certains appartements d’Airbnb sur le marché de la location à long terme n’aura qu’un effet marginal sur la pénurie de logements dans le Grand Montréal.
Photo: iStock Pour le RCLALQ, l’arrivée ou le retour de certains appartements d’Airbnb sur le marché de la location à long terme n’aura qu’un effet marginal sur la pénurie de logements dans le Grand Montréal.

Que faire des appartements Airbnb qui ne trouvent plus preneurs parce qu’il n’y a plus de tourisme ? Se tourner vers la location à long terme, répondent certains hôtes au moment où les activités de la plateforme de partage de logements entre particuliers sont frappées de plein fouet par la crise de la COVID-19.

La fermeture des frontières et les directives de santé publique sommant la population de demeurer à la maison ont ainsi coupé net l’essentiel des activités d’Airbnb. « Voyager normalement est pratiquement impossible », constatait mercredi dans une lettre le p.-d.g. de la compagnie américaine, Brian Chesky.

L’entreprise encourage d’ailleurs elle-même l’annulation des voyages et propose un remboursement complet pour toutes les réservations qui avaient été faites avant le 14 mars, cela, pour des séjours allant jusqu’au 31 mai. Différentes mesures d’atténuation ont été mises en place pour aider les hôtes affectés à travers le monde.

N’empêche : pour tous, la chute de revenus est brutale. « Si vous avez une chambre à louer qui vous sert à faire un peu d’argent, ce n’est pas la fin du monde », dit David Wachsmuth, professeur à l’Université McGill, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en gouvernance urbaine et spécialiste du phénomène Airbnb. « Mais si vous êtes un opérateur commercial — et il y en a beaucoup —, vos revenus sont à zéro présentement. Il n’y a plus de réservations, plus d’argent qui circule. Et rien n’indique que ça va s’améliorer bientôt. Donc oui, c’est un gros problème pour eux. »

« En permettant aux voyageurs d’annuler leurs réservations et de bénéficier d’un remboursement, nous savions que les conséquences pourraient être importantes sur vos revenus, a aussi reconnu M. Chesky mercredi. Mais nous ne pouvions pas laisser les hôtes et les voyageurs se sentir contraints d’honorer un séjour et de créer ainsi un risque supplémentaire pour la santé publique. »

Long terme

C’est dans ce contexte difficile que certains hôtes ont choisi de modifier leur offre : plutôt que de proposer un appartement à louer pour une fin de semaine, on l’offre pour du long terme, avec un bail standard.

Cette pratique a été observée par plusieurs à Montréal. « Des groupes de notre réseau ont remarqué ces annonces dans les derniers jours », indique Marjolaine Deneault, porte-parole du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ). « Les annonces apparaissent sur [d’autres sites], mais on voit clairement que ce sont des appartements de type Airbnb : c’est tout meublé, la literie est incluse… et les prix sont élevés. »

Martin Blanchard, du Comité logement de La Petite-Patrie, a notamment vu des logements « à 1200 $ pour un petit trois et demi », d’autres à 2000 $ par mois…. « Ce sont des appartements tout meublés, clairement destinés habituellement à du court terme. »

L’épiphénomène ne touche pas que Montréal : dans un communiqué mis en ligne mercredi, la compagnie américaine indique avoir reçu « plusieurs questions » à ce sujet. Selon elle, il est « inexact » de dire que les hôtes Airbnb « désactivent leurs offres et choisissent plutôt d’offrir leur logement en location à plus long terme sur d’autres plateformes ».

Sauf qu’on écrit plus loin dans le communiqué que « 80 % des hôtes acceptent maintenant de réserver pour de plus longs séjours », et que la moitié d’entre eux offrent des rabais pour des séjours de plus d’un mois.

Ça a l’air positif au départ. On met sur le marché des appartements qui n’y étaient pas. Mais on comprend vite que ça ne sera pas une solution au manque de logements

Sinon, l’entreprise met en avant certains chiffres qui suggèrent qu’il n’y a pas de désaffection globale envers la plateforme. À Montréal, par exemple, il y aurait présentement plus d’offres qu’il y a 30 jours. Dans les 20 plus grandes villes canadiennes, la compagnie n’a pas observé de changement « significatif » dans les offres depuis un mois.

Par contre, on observe que la demande pour des séjours de moyenne durée a augmenté depuis deux semaines, et aussi qu’il y a deux fois plus d’invités qui réservent des séjours de plus de 28 jours dans la ville où ils habitent en permanence. Une façon de dire qu’il y a là des options pour se placer en quarantaine sans contaminer sa famille.

Pour David Wachsmuth, il ne fait pas de doute que la crise en cours « aura un impact énorme sur le modèle commercial de la location à court terme », un secteur que l’arrivée d’Airbnb avait chamboulé. Outre le fait que les logements qu’on offre maintenant à long terme ne reviendront peut-être pas sur le marché du court terme, il prévoit que les hôtels feront tout pour remplir leurs chambres quand ce sera possible de le faire. « La pression va être forte, on va réduire les prix… Ça allait déjà mal pour Airbnb sur le plan financier : je me demande personnellement si la compagnie existera encore à la fin de l’année. »

Réquisitionner

Pour le RCLALQ, l’arrivée ou le retour de certains appartements d’Airbnb sur le marché de la location à long terme n’aura qu’un effet marginal sur la pénurie de logements dans le Grand Montréal (taux d’inoccupation de 1,5 % l’an dernier). « Ça a l’air positif au départ, dit Martin Blanchard. On met sur le marché des appartements qui n’y étaient pas. Mais on comprend vite que ça ne sera pas une solution au manque de logements », notamment parce que les prix sont élevés.

Par contre, le RCLALQ se demande si ce ne serait pas une bonne idée de demander à Montréal de réquisitionner ces logements (l’état d’urgence local décrété donne ce pouvoir à la Ville) pour dépanner les personnes qui sont actuellement sans logement, et pour qui la recherche d’un appartement est dans le contexte quasi impossible. « On est en réflexion », dit Marjolaine Deneault. À la Ville, on répond toutefois qu’il y a d’autres options plus simples que celle-ci.