Afrique: les exportations fragilisent la sécurité alimentaire

Des pêcheurs au large d’une plage de Nouakchott, en Mauritanie
Photo: Seyllou Agence France-Presse Des pêcheurs au large d’une plage de Nouakchott, en Mauritanie

Les farines et les huiles de poisson produites en Afrique et exportées vers la Chine et l’Europe mettent en péril l’alimentation de millions d’Africains, a dénoncé la semaine dernière Greenpeace dans un rapport consacré à l’Ouest du continent.

L’ONG de défense de l’environnement affirme avoir recensé en 2019 « 50 unités productrices de farine et d’huile de poisson opérant principalement en Mauritanie, mais aussi plus récemment au Sénégal et en Gambie », selon un rapport présenté lors d’une conférence de presse à Dakar.

L’assiette des Africaines et des Africains doit passer avant les intérêts des élevages industriels

 

Mauvaises priorités

« Des centaines de milliers de tonnes de poissons sont transformées en farine ou en huile pour l’exportation au détriment d’environ 40 millions d’Africaines et d’Africains », a déclaré Ibrahima Cissé, responsable de la campagne Océans de Greenpeace Afrique, cité dans le rapport.

Ces farines et huiles de poisson servent à l’alimentation animale dans des fermes avicoles, piscicoles et porcines.

« L’assiette des Africaines et des Africains doit passer avant les intérêts des élevages industriels », a ajouté M. Cissé.

Greenpeace « demande aux gouvernements des pays d’Afrique de l’Ouest de mettre fin à l’industrie de la farine et de l’huile de poisson, une véritable menace pour les réserves halieutiques de la région », qui sont « essentielles à la sécurité alimentaire des populations locales », parmi les plus pauvres au monde.

À titre d’exemple, elle estime que le poisson représente environ 70 % des apports en protéines animales au Sénégal et plus de 50 % en Gambie.

« Les produits de la pêche qui bénéficiaient aux pêcheurs artisans et aux femmes transformatrices » et « permettaient de nourrir les familles les plus démunies sont désormais exportés pour alimenter des exploitations d’animaux d’élevage », a déploré M. Cissé.

Espèces menacées

Les principales espèces menacées par ces industries sont les petits poissons, dont les sardinelles, très consommées dans la région. En 2018, la Mauritanie a exporté « une majeure partie » de sa production de farine et d’huile de poisson « vers la Chine, l’Union européenne (UE), la Turquie et le Vietnam », selon le rapport.

Pour cette production, le Sénégal s’est tourné vers « d’autres pays africains et l’UE », alors que la production de la Gambie était essentiellement destinée à « la Tunisie et l’UE », selon Greenpeace.