Un nouveau cinéma à Québec

Jason Béliveau, directeur du Circuit Beaumont, que le Festival de cinéma de la ville de Québec est l’occasion de découvrir.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Jason Béliveau, directeur du Circuit Beaumont, que le Festival de cinéma de la ville de Québec est l’occasion de découvrir.

Au quatrième étage du labyrinthe qu’est la coopérative d’entreprises culturelles Méduse, dans le quartier Saint-Roch de Québec, une nouvelle salle obscure fait son apparition. Initiative de l’organisme Antitube, le petit cinéma intitulé Circuit Beaumont ouvre au public en fin de semaine à l’occasion du Festival de cinéma de la ville de Québec (FCVQ).

« On n’avait pas de cinéma dans le centre-ville de Québec. On en avait vraiment besoin. Il faut encore avoir une voiture pour voir des films en salle dans la capitale », soutient Jason Béliveau, directeur de la programmation du Circuit Beaumont et d’Antitube. L’organisme propose des projections de films d’auteur dans différents lieux de la ville, dont le Musée de la civilisation, depuis 1995.

Pour la première fois, cet organisme à but non lucratif (OBNL) aura droit à sa propre salle de cinéma. La date de son ouverture officielle, avec une programmation quotidienne régulière, n’est pas encore confirmée, mais Jason Béliveau l’espère « d’ici la fin de l’année ». Pour l’instant, le FCVQ fait donc office de premier événement-test à grande échelle pour le nouvel établissement, après une projection-bénéfice de courts métrages ukrainiens en mai dernier.

Amateur de cinéma québécois, M. Béliveau affirme qu’il fera la part belle au cinéma d’ici avec sa nouvelle salle, mais qu’il souhaite aussi présenter du cinéma d’auteur international, à l’image de salles indépendantes montréalaises comme le cinéma Moderne : « On le voit, le Moderne fonctionne très bien, il nous inspire beaucoup. »

« On souhaite quand même proposer une saveur locale », affirme toutefois le programmateur. « On veut autant que possible montrer du cinéma des régions, et permettre aux cinéastes montréalais de venir présenter leurs films en personne. Il y a beaucoup de diversité dans notre cinéma et on veut la cultiver », ajoute-t-il.

Lorsque l’Excentris — un complexe cinématographique d’art et essai montréalais fondé en 1999 — a fermé ses portes en 2015, le milieu du cinéma craignait la mort des petites salles indépendantes commerciales au Québec. Les plateformes de streaming comme Netflix étaient à leur apogée, et les multiplex s’imposaient toujours plus comme les seuls survivants des changements que subissait l’industrie.

« Le climat redevient désormais très favorable », se réjouit Roxanne Sayegh, nouvellement directrice des cinémas Beaubien, du Parc et du Musée, anciennement à la tête du cinéma Public et du cinéma Moderne. Elle explique que le public demeure au rendez-vous dans les salles indépendantes qui présentent du cinéma d’auteur, mais que celles-ci doivent redoubler d’efforts pour se distinguer.

« Les cinémas doivent aujourd’hui sortir du lot en créant des événements spéciaux comme des rencontres entre les cinéastes et le public, ou des séries thématiques. On se rend compte qu’il y a aussi beaucoup d’intérêt pour les événements de rétrospective, ou pour des projections qui ne sont pas nécessairement des nouveautés », précise Mme Sayegh. Selon elle, les cinémas présentent « plus de vieux films avec les années, et ça fonctionne bien ».

Le modèle de l’OBNL séduit

Aude Renaud-Lorrain, directrice du cinéma Public, basé à la Casa d’Italia, dans le quartier Villeray à Montréal, croit que c’est son statut d’OBNL qui permet au cinéma Public de survivre et de proposer une programmation qui sort des sentiers battus. « Ça nous aide de ne pas être complètement dépendants des ventes en salle. On profite même de budgets supplémentaires pour travailler avec des organismes du quartier, pour impliquer la communauté dans nos projets. C’est là qu’on se différencie », dit-elle.

Jason Béliveau est « enthousiaste » à l’idée d’étendre à la capitale ce modèle d’affaires de plus en plus populaire auprès des salles de cinéma du Québec : « Les cinémas commerciaux n’ont pas le choix de présenter des blockbusters pour être rentables. Nous, on veut créer une communauté autour du Beaumont, on va avoir une mission culturelle. »

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