Des immigrants forcés d’aller en Ontario pour un examen médical obligatoire

«J’ai l’impression qu’il y a énormément de monde qui reçoit son [invitation] en ce moment, ce qui fait que tout le monde demande des visites médicales en même temps. C’est pour ça qu’il n’y a plus de place», avance Ludivine Ghelein.
Photo: iStockphoto «J’ai l’impression qu’il y a énormément de monde qui reçoit son [invitation] en ce moment, ce qui fait que tout le monde demande des visites médicales en même temps. C’est pour ça qu’il n’y a plus de place», avance Ludivine Ghelein.

Les cliniques québécoises autorisées à faire passer des examens médicaux aux immigrants débordent ces jours-ci. Plusieurs futurs résidents permanents l’ont appris à leurs dépens, certains d’entre eux étant contraints de se rendre dans une autre province canadienne pour avoir un rendez-vous à l’intérieur du délai de 30 jours prescrit.

« Il y a quelques semaines, on a reçu le courriel d’IRCC [Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada] nous invitant à aller faire la visite médicale et on a appelé toutes les cliniques [accréditées] de Montréal. Aucune n’avait de la place dans le délai requis, c’est-à-dire un mois », raconte Cindy, qui tait son nom de famille par crainte de nuire à son dossier d’immigration. « On s’est informés dans des groupes Facebook et on a vu que tout le monde avait du mal à trouver. Alors, on a dû partir pour Ottawa. »

Cette Française d’origine s’estime néanmoins chanceuse que son copain et elle aient pu facilement prendre congé de leur emploi. « Je n’ose pas imaginer ce que c’est pour certains qui n’ont pas la permission de s’absenter du travail », dit-elle. Mais n’ayant pas de véhicule, il leur a quand même fallu se débrouiller pour trouver du transport. « On a dû payer un bus super cher pour se rendre à Ottawa. Il fallait faire ça en une journée. C’était très rush. »

Ludivine Ghelein s’est heurtée au même problème. Cette Française a récemment reçu une invitation à faire son examen médical, soit l’une des dernières étapes avant la résidence permanente, mais n’a pas non plus trouvé de rendez-vous dans une clinique de Montréal. « J’ai appelé les cliniques où mes amis étaient allés et on m’a dit que ce n’était pas avant la fin septembre », a raconté la jeune femme, en précisant que c’était trop tard et que ça ne lui permettait pas de respecter le délai de 30 jours. À la suggestion de son entourage, elle s’est aussi tournée vers une clinique médicale en Ontario.

« J’ai l’impression qu’il y a énormément de monde qui reçoit son [invitation] en ce moment, ce qui fait que tout le monde demande des visites médicales en même temps. C’est pour ça qu’il n’y a plus de place », avance Ludivine Ghelein. « C’est bien, car on a de l’avancement dans nos dossiers, mais on ne peut pas respecter le délai. » Une préoccupation bien réelle sur plusieurs groupes Facebook de futurs résidents permanents consultés par Le Devoir.

Aucune disponibilité

 

Selon IRCC, il y a 43 médecins accrédités au Québec. En consultant la liste disponible sur le site ministériel, Le Devoir a constaté que ces médecins sont toutefois regroupés au sein de huit cliniques, à Montréal et Québec.

Le Devoir les a tous contactés de manière anonyme, et aucun de ces établissements — sauf deux qui avaient des boîtes vocales pleines — n’était en mesure d’offrir un rendez-vous médical dans un délai de 30 jours. Un seul offrait des rendez-vous d’ici 3 ou 4 semaines, un délai tout de même serré. Reconnaissant le problème, les réceptionnistes invitaient gentiment les gens à rappeler au cas où il y aurait des annulations.

43
C'est le nombre de médecins accrédités au Québec pour effectuer l'examen médical aux fins de l'immigration.

Interrogé à savoir s’il était au courant du problème et s’il consentait à des assouplissements, IRCC a répondu qu’il « surveille continuellement la capacité du réseau de médecins désignés » et qu’il travaillait « en étroite collaboration avec les équipes de médecins désignés afin de [considérer] les situations où les délais d’obtention d’un examen médical sont de plus de 30 jours dans certaines régions du Québec ».

Toutefois, le ministère de l’Immigration n’a pas précisé quelles étaient les solutions mises en avant. Il a plutôt invité les personnes qui ne sont pas capables de trouver un rendez-vous à faire une « demande de prorogation » du délai demandé.

Cindy a nettement préféré se débrouiller pour trouver un rendez-vous, même si cela impliquait de devoir parcourir des centaines de kilomètres pour se faire examiner par un médecin. « On n’a pas demandé de prolongation. Pour être honnêtes, les délais sont déjà très très longs, et on n’avait pas envie de tenter le diable et de devoir tout recommencer », dit-elle.

« De toute façon, il est très difficile de contacter IRCC. On n’a plus envie de prendre de risques. »

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