La résidence permanente de Firas Bouzgarrou approuvée

«C’est un vrai soulagement pour nous, c’est une très belle nouvelle», lance le principal intéressé, visiblement enchanté.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «C’est un vrai soulagement pour nous, c’est une très belle nouvelle», lance le principal intéressé, visiblement enchanté.

C’est un poids considérable qui vient de s’enlever des épaules du Tunisien Firas Bouzgarrou : sa demande de résidence permanente pour circonstances d’ordre humanitaire a été approuvée par un agent d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) dans une décision transmise au Devoir lundi, après des années de saga éprouvantes.

« C’est un vrai soulagement pour nous, c’est une très belle nouvelle », lance le principal intéressé, visiblement enchanté. Il est fébrile à l’idée de revoir sa femme et sa fille de sept ans en Tunisie, qu’il n’a pas vues depuis quatre ans « jour pour jour » et qu’il pourra visiter dès qu’il recevra sa carte de résident permanent. « Ensuite, nous entamerons la procédure de parrainage pour que ma famille puisse venir ici », dit-il.

L’homme de 40 ans devait être expulsé du Canada le 30 octobre dernier, parce qu’il avait perdu son statut de résident permanent pour avoir passé trop de temps au chevet de sa famille dans son pays d’origine. Il avait toutefois obtenu à la dernière minute un permis de séjour temporaire à la suite de l’intervention du ministre de l’Immigration fédéral, Sean Fraser.

Son avocat, Me Guillaume Cliche-Rivard, qui a travaillé sur le dossier avec son équipe, affirme que le plus difficile est passé. « C’est un jour positif. Mais, quand on regarde son intégration, Firas aurait dû être accepté à la première occasion et éviter de se retrouver plongé dans une saga judiciaire assez détaillée », commente-t-il.

Le dossier de son client a connu des rebondissements au cours des huit dernières années, et il a essuyé plusieurs revers avant d’être accepté. Tout a commencé en 2014. À peine huit jours après avoir obtenu sa résidence permanente, Firas Bouzgarrou a dû retourner en catastrophe en Tunisie. Sa femme vivait une grossesse très à risque, et leur fille est née avec une déformation au pied, ce qui a demandé un suivi médical. Le père de sa femme est ensuite décédé d’un cancer, ce qui a plongé celle-ci dans une dépression, et l’homme est resté plus longtemps pour soutenir sa famille.

C’est seulement en 2018 qu’il est retourné au Québec. Mais, comme il n’avait pas pu rester au pays le minimum exigé par la loi pour garder sa résidence permanente, c’est-à-dire 730 jours (deux ans) sur une période de cinq ans, elle a été révoquée. Il a ensuite cumulé des emplois et a multiplié les recours. Il a pu compter sur l’appui de l’Assemblée nationale du Québec, de députés, de professeurs, de collègues de travail et d’amis.

Une première demande de résidence permanente pour motifs humanitaires a été rejetée par un agent il y a un an, mais un juge de la Cour fédérale a forcé l’IRCC, il y a quelques semaines, à reconsidérer cette décision. Toutefois, en parallèle, une deuxième demande similaire avait été déposée en septembre dernier. C’est celle-ci qui a été approuvée par un autre agent le 3 août dernier.

« Il y a vraiment une grosse différence entre les deux analyses des agents. C’est regrettable, laisse tomber Me Cliche-Rivard. Ça m’inquiète pour les autres demandeurs qui ne sont pas représentés et qui ne peuvent pas aller jusqu’au bout. »

Dans les motifs de sa décision, que Le Devoir a obtenue, l’agent affirme être convaincu que Firas Bouzgarrou avait bien l’intention de s’intégrer en 2014, « s’il n’avait pas été confronté à des circonstances malheureuses, indépendantes de sa volonté, avec sa vie familiale ».

« En ce qui concerne l’établissement du demandeur au Canada, j’estime qu’il y a des preuves que le demandeur a pris diverses mesures pour s’intégrer de façon significative et établir des liens avec d’autres Canadiens, ajoute-t-il. J’estime également qu’il existe des preuves selon lesquelles le demandeur détient un permis de travail légal depuis plusieurs années, qu’il est actuellement employé et qu’il a pris des mesures pour consolider son poste de travail actuel. »

Il lui faudra néanmoins obtenir un Certificat de sélection du Québec pour avoir sa carte de résident permanent, dont la délivrance accuse des retards sans précédent. « C’est pour ça que Firas demande, considérant ce qui s’est passé, d’avoir la possibilité d’accélérer le traitement pour terminer son dossier », mentionne Me Cliche-Rivard.

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