Une vague de COVID-19 qui passe sous silence

Le virus de la COVID-19 frappe les camps de vacances, les garderies, les festivals. Silencieusement, il contamine chaque jour plus de Québécois sous le soleil d’un été qui semble pourtant revenu à la normale.

Le festival Juste pour rire pensait relancer sa programmation en grand cet été avec sa comédie musicale Annie. Mais le cauchemar de la pandémie en a décidé autrement. Le coronavirus est entré en scène tout juste avant la première médiatique. Tout a été reporté.

 

Les reports de spectacles dans les festivals et salles de concert s’accumulent ces temps-ci, mais difficile d’estimer l’ampleur de cette vague d’annulations.

« Cette vague d’été est très bizarre », remarque David Laferrière, président du CA de l’Association professionnelle des diffuseurs de spectacles (RIDEAU). Personne ne veut mettre en danger les spectateurs ou ses employés, mais personne ne veut perdre « le lien de confiance super fragile qu’on a avec le public », souligne-t-il. En résultent des annulations ou des reports de spectacles annoncés en toute discrétion.

D’autant plus que, sans mesure sanitaire imposée, la fatigue pandémique se lit sur les visages. David Laferrière estime qu’à peine un spectateur sur vingt porte un masque à l’intérieur. « Ça démontre qu’on n’est pas prêt à vivre avec ça. »

Mais la vague qui enfle est bien réelle. Le nombre d’hospitalisations en lien avec la COVID-19 est en croissance depuis trois semaines. Pas moins de 147 hospitalisations supplémentaires et 20 décès ont été enregistrés lundi. Le dernier bilan diffusé par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) du Québec fait état d’un taux de positivité de 13,8 %. Québec rapportait mardi que 6659 travailleurs du réseau de la santé étaient absents à cause de la COVID-19, comparativement à 6285 mercredi dernier.

Québec a cessé de comptabiliser les infections, mais la sensible montée des cas place un peu tout le monde sous tension. « Ça peut être un technicien, un musicien. Dans un théâtre, un seul employé qui est un cas contact, ça nous inquiète à mort. S’il devait y avoir une transmission, même limitée, dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre, ça nous mettrait dans le gros trouble », témoigne David Laferrière.

« Ce n’est pas anecdotique, mais pas un mouvement » non plus, observe Martin Roy, président-directeur général du REMI, le Regroupement des événements majeurs internationaux. Des cas « ici et là » laissent des trous dans la programmation et ajoutent au casse-tête d’un horaire chargé. « Dans le cadre d’un festival, c’est plus compliqué de remplacer un artiste qui s’isole cinq ou dix jours. »

Ces contaminations silencieuses sont « à l’image d’autres secteurs », note-t-il.

Des tests PCR dans les camps ?

La présence du virus se fait aussi sentir dans les camps de vacances du Québec. Trois ont fermé temporairement leurs portes et renvoyé les enfants à la maison parce qu’il n’était pas possible de remplacer les animateurs placés en isolement.

« Souvent, nous sommes capables de circonscrire l’éclosion, mais ce n’est pas possible de remplacer les animateurs », mentionne Anne-Frédérique Morin, directrice générale adjointe de l’Association des camps du Québec (ACQ), qui ajoute que le contexte actuel de pénurie de main-d’oeuvre n’aide pas. Elle insiste sur le fait que l’ACQ veut « agir tôt dans l’été pour ne pas impacter les futures semaines », et c’est dans cet esprit que l’association a rencontré l’équipe du directeur national de santé publique du Québec, le Dr Boileau, mardi en début d’après-midi.

Plusieurs options seront envisagées par la Santé publique, comme réintroduire les tests PCR effectués à l’arrivée au camp de vacances, comme c’était le cas l’année dernière. Elle envisage également d’augmenter l’approvisionnement en tests rapides, de modifier l’arbre décisionnel pour la gestion des cas, de fournir un accompagnement des santés publiques régionales auprès des camps et d’imposer le retour du port du masque dans certains contextes, notamment pour les animateurs.

« On veut s’assurer que les mesures sont assez serrées pour empêcher le virus d’entrer dans les camps », souligne Anne-Frédérique Morin. L’ACQ n’est pas en mesure de dire le nombre d’éclosions dans les camps, mais elle s’active à dresser un portrait de la situation de la COVID-19 auprès de ses membres, dont certains éléments « pertinents pour la population générale » seront par la suite diffusés.

Selon le MSSS, les milieux comme les camps de vacances ne sont pas plus touchés que d’autres, mais « reflètent l’augmentation de la transmission communautaire qu’on voit partout », dit Marie-Claude Lacasse, coordonnatrice aux relations avec les médias.

 

Pas de hausse « majeure »

Lors d’un point de presse mardi sur un autre sujet, François Legault a affirmé que la Santé publique ne s’attendait pas à une hausse du nombre de cas susceptible de causer des problèmes dans les hôpitaux, la belle saison aidant.

Le premier ministre a tout de même appelé la population à être prudente. « Nous faisons en sorte d’être prêts pour septembre, parce qu’à la rentrée, nous devrions voir une montée importante des cas », a-t-il dit en faisant allusion à la campagne de vaccination qui débutera en août.

Il est nécessaire d’informer la population du niveau de transmission de la COVID-19 afin de mieux vivre avec le virus, soutient Nathalie Grandvaux, chercheuse au centre de recherche du CHUM sur les infections virales respiratoires. « Il faut donner de l’information pour que les gens puissent adapter leurs mesures de précaution en fonction du niveau de risque », dit-elle.

La semaine dernière, le directeur national de santé publique, le Dr Luc Boileau, a invité les personnes à risque de développer une forme grave de la COVID-19 à « reprendre le masque » dans les endroits bondés, comme les festivals.

La plupart des grands festivals québécois affichent déjà complet.

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