Hausse «préoccupante» des signalements à la DPJ

Le nombre de signalements retenus par la DPJ a toutefois baissé. «Ça veut dire que ce ne sont pas tous des enfants qui ont besoin de protection, ce sont des enfants qui ont besoin de services et on les dirige au bon endroit», souligne Mme Gallo.
Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le nombre de signalements retenus par la DPJ a toutefois baissé. «Ça veut dire que ce ne sont pas tous des enfants qui ont besoin de protection, ce sont des enfants qui ont besoin de services et on les dirige au bon endroit», souligne Mme Gallo.

Les signalements à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) ont fait un bond marqué de 12,5 % à l’échelle du Québec entre la période du 31 mars 2021 au 1er avril 2022 et l’année précédente. Il s’agit d’une hausse « remarquable » et « préoccupante », estime la DPJ, qui doit également composer avec des listes d’attente et un manque de main-d’œuvre.

« En soi, ce n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle parce que ça veut dire que, comme population, collectivement, on se préoccupe de nos enfants », affirme Assunta Gallo, directrice de la DPJ du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Elle a rencontré les médias à Montréal mardi avant-midi avec la directrice de la DPJ du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal pour présenter les grandes lignes du 19e bilan annuel de la DPJ.

Les directions de la protection de la jeunesse ont traité 132 632 signalements, comparativement à 117 904 l’an dernier, un nombre record dans les cinq dernières années. Ce total représente une moyenne de 363 signalements par jour, une hausse de 40 par rapport à l’année précédente. « C’est une hausse remarquable, c’est clair que c’est une hausse qui est préoccupante », indique Mme Gallo.


« C’est clair que quand on reçoit plus d’appels, ça veut aussi dire qu’il y a plus d’enfants en souffrance et en détresse », ajoute-t-elle. La DPJ note un nombre particulièrement élevé d’enfants anxieux ou souffrant de difficultés d’adaptation majeures. La pandémie a également une incidence qui perdure. « On va voir les séquelles pour un bout de temps encore, prédit-elle. Il y a quelque chose qui s’est passé avec le tissu social pendant la pandémie. »

Seuls 43 688 signalements ont toutefois été retenus sur les plus de 132 000 faits cette année, ce qui représente une baisse de 2,3 % comparativement à l’année précédente. « Ça veut dire que ce ne sont pas tous des enfants qui ont besoin de protection, ce sont des enfants qui ont besoin de services, et on les dirige au bon endroit, souligne Mme Gallo. On est devenus une porte d’entrée pour l’accès à des services. »

Il y a une certaine méconnaissance de la population en ce qui a trait aux ressources disponibles au niveau des CIUSSS ou des organismes communautaires, reconnaît-elle. « Par exemple, des gens vont nous appeler parce que l’enfant ne se développe pas au même rythme que les autres. Mais, quand on rencontre le parent, on apprend que ce n’est pas un manque de volonté de sa part. C’est plutôt le fait que le parent ne savait pas où aller pour avoir un service », raconte la directrice régionale de la DPJ.

Manque d’intervenants

La DPJ doit également composer avec un manque d’intervenants pour faire les évaluations des signalements. Quatre-vingt-deux intervenants sont dénombrés au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, sur un bassin habituel de 101.

Conséquence du manque d’intervenants, les listes d’attente s’allongent. À ce même CIUSSS, elle s’élève à 463 enfants, ce qui est « très important et préoccupant ». Au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, la liste compte 560 enfants. On précise toutefois dans les deux établissements que les cas urgents, désignés par des codes 1 et 2, sont tous traités rapidement.

« On travaille avec le syndicat pour devenir attractifs et recruter des intervenants, souligne Mme Gallo. On doit composer avec cette nouvelle réalité. » Des postes à quatre jours par semaine ont été créés récemment, dans l’espoir que de « faire différemment » attire plus de candidats.

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), qui représente une bonne partie des intervenants de la DPJ au Québec, estime qu’il manque 900 de ces professionnels à l’échelle de la province.

« Beaucoup d’équipes de travail sont à 50 % à découvert d’intervenantes, souligne le président de l’APTS, Robert Comeau. Le constat qu’on fait, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de choses qui ont changé sur le terrain depuis le dépôt du rapport de la commission Laurent », il y a un peu plus d’un an.

Si le problème de main-d’œuvre est généralisé au Québec, la situation inquiète le syndicat particulièrement à Montréal, en Mauricie–Centre-du-Québec, en Montérégie, en Estrie et au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Le syndicat estime qu’il faut rendre la profession « attrayante » et se dit d’accord avec des postes de quatre jours. « Nous sommes ouverts à toutes les solutions qui maintiennent nos intervenants en place », dit-il.

« Il y a des idées, mais il faut aussi se donner les moyens pour y arriver, ajoute-t-il. Même si nous venons de signer une convention collective, s’il faut regarder d’autres moyens, nous allons le faire parce que ce sont nos enfants. »

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