Une approche globale pour le bien-être des tout-petits

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
L’impact des problèmes de santé mentale des adultes sur les tout-petits fait partie des défis qu’ont connus les familles durant la crise sanitaire.
Photo: iStock L’impact des problèmes de santé mentale des adultes sur les tout-petits fait partie des défis qu’ont connus les familles durant la crise sanitaire.

La pandémie a mis en lumière les défis auxquels sont confrontés les enfants, ainsi que leurs besoins. Pour pallier la hausse des inégalités chez les tout-petits, le Collectif petite enfance souligne l’importance d’agir ensemble et de faire face aux risques de maltraitance de façon globale.

Les ménages ont eu « beaucoup de besoins » depuis le début de la crise sanitaire, explique Élise Bonneville, directrice du Collectif petite enfance. « Certaines familles qu’on n’aurait pas qualifiées de vulnérables ont commencé à changer avec la pandémie », observe-t-elle.

Si elle ne possède pas de chiffres détaillant encore les répercussions depuis 2020 sur les tout-petits, elle constate que des inégalités « s’accumulent et s’exacerbent ».

Les défis observés sont souvent reliés aux conditions de vie des familles, explique Mme Bonneville. Cela inclut l’accès à un logement de qualité et de dimension adéquate pour tout le monde, de même qu’un revenu suffisant pour permettre aux parents de subvenir aux besoins de leurs enfants. « On a vu beaucoup d’augmentation des besoins en matière de sécurité alimentaire », ajoute la directrice du collectif.

La conciliation travail-famille et les effets des problèmes de santé mentale des adultes sur les tout-petits font également partie des défis qu’ont connus les familles durant la crise sanitaire. « Les parents étaient tellement préoccupés par d’autres enjeux qui touchent les conditions de vie et la santé mentale qu’ils avaient moins la capacité de jouer un rôle de premier éducateur », résume Élise Bonneville. Elle rappelle que les premières années de vie sont une période charnière pour les jeunes. « On doit maximiser les chances de développement », plaide-t-elle.

Divers types de vulnérabilité

 

Selon Mme Bonneville, Les familles peuvent faire face à cinq types de menaces. Les défis socio-économiques, le stress associé à la conciliation travail-famille, l’aptitude des parents à pouvoir atteindre des conditions de vie décentes, leur santé mentale et finalement les troubles de la consommation. « Dans la littérature scientifique, ces facteurs pris individuellement ne vont pas indiquer des risques de maltraitance », précise-t-elle. C’est plutôt le cumul de ces facteurs au sein d’un même ménage qui les augmente.

Selon elle, il existe plusieurs types de populations qui vivent plusieurs réalités différentes. « Peut-être que cette famille n’a pas du tout de défis socio-économiques. Et qu’elle vivrait plutôt un manque de soutien social, de services adéquats, de reconnaissance de sa réalité, qui peut la mettre dans des contextes de vulnérabilité », énumère-t-elle. Elle souligne également l’importance d’avoir une « lecture plurielle » de la situation.

Ainsi, pour prévenir les problèmes pouvant affecter les tout-petits, la directrice du Collectif petite enfance plaide pour des solutions globales visant à traiter plusieurs défis simultanément. « En offrant seulement une augmentation de salaire, mais en ne soutenant pas la conciliation famille-travail ou en ne permettant pas à la famille d’avoir accès à un logement adéquat, on est dans une dimension de silo. On traite un problème qui ne va pas agir sur tous les enjeux sociaux de la famille », souligne-t-elle.

Si elle concède qu’il existe déjà des mesures et des politiques publiques visant à soutenir les ménages, le Collectif petite enfance souhaite leur bonification. « Actualisez-les et ayez des programmes qui sont en corrélation avec le contexte », réclame Mme Bonneville. Ainsi, face à l’inflation, elle suggère une indexation des mesures en fonction de la situation économique présente.

Il faudrait « se donner une vision à long terme où on aurait des indicateurs qui nous permettraient de réajuster à la hausse selon les besoins croissants des familles », plaide-t-elle.

Encore beaucoup à faire

La parution du rapport de la commission Laurent en mai 2021 a permis la mise en place de plusieurs mesures pour anticiper les vulnérabilités chez les plus jeunes, mais « bien sûr, beaucoup de choses restent à faire », affirme Mme Bonneville.

Elle souhaite que le gouvernement s’engage en s’alignant sur les recommandations du document avec une vision sur le long terme. « Au niveau de la prévention, c’est d’agir ensemble et tôt. Il est important de continuer à mobiliser la société civile et de ne pas travailler en silo dans les décisions qui sont prises », estime-t-elle.

« C’est encore plus important pour l’avenir de ramener les droits des enfants au cœur de nos actions, au cœur de notre mobilisation. »

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