La «fillette de Granby» a été attachée pour éviter qu’elle ne se sauve et se blesse

En juin 2019, des peluches avaient été déposées à l’extérieur du palais de justice de Granby à la mémoire de la jeune fille décédée plus tôt dans la même année.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne En juin 2019, des peluches avaient été déposées à l’extérieur du palais de justice de Granby à la mémoire de la jeune fille décédée plus tôt dans la même année.

Si la belle-mère de la « fillette de Granby » reconnaît l’avoir immobilisée avec du ruban adhésif, c’était pour éviter qu’elle ne se sauve et se blesse, a-t-elle déclaré à son procès criminel lundi. Et elle assure n’en avoir jamais mis sur sa bouche ni sur son nez.La femme de 38 ans, accusée de la séquestration et du meurtre au deuxième degré de la petite fille de 7 ans, a ainsi livré pour la première fois publiquement sa version des faits.

« C’est à moi. C’est mon histoire. J’avais hâte », a-t-elle dit d’une voix tremblante aux 14 jurés, après avoir vu des témoins défiler devant elle pendant quatre semaines dans une salle du palais de justice de Trois-Rivières.

Son avocat a fait valoir qu’elle n’avait jamais eu l’intention de causer la mort de la fillette.

« Ses gestes posés le 29 avril 2019 avaient un tout autre objectif », a ajouté Me Alexandre Biron, dans sa déclaration d’ouverture, visant à tracer les grandes lignes de la défense qu’elle va présenter.

La femme, dont le nom ne peut être révélé, a plaidé non coupable aux deux chefs d’accusation portés contre elle, après que la fillette eut été retrouvée inanimée sur le plancher de sa chambre. La Couronne soutient qu’elle avait été auparavant été complètement entourée de ruban adhésif, ce qui a causé sa mort.

La pathologiste judiciaire, appelée à la barre par la Couronne, a témoigné que la petite fille était vraisemblablement morte par suffocation.

Lundi, l’accusée a expliqué avoir ajouté du ruban adhésif sur la fillette le matin du drame, autour de son torse, puis plus tard à la verticale, de la tête aux pieds. Selon sa version, il y avait à ce moment déjà du papier collant autour de l’enfant, qui avait été « attachée » de cette façon par une autre personne, qui ne peut être nommée, par ordre de la Cour.

Des interdits de publication empêchent en effet les médias de rapporter certains témoignages, tout comme l’identité de certaines personnes impliquées dans cette affaire.

Je m’excuse de tout ça. […] J’ai juste fait ça pour empêcher qu’elle se sauve.

L’accusée a aussi relaté que, le jour précédant le drame, l’enfant a tenté de quitter sa chambre par la fenêtre à plus d’une reprise, dont une fois entièrement nue et en pleine nuit, ce que le jury avait déjà entendu en partie de la bouche d’un voisin.

Après une nuit blanche, se disant désemparée, la belle-mère a dit avoir ajouté du ruban adhésif sur la fillette, « car c’était la seule solution » en attendant son rendez-vous chez le pédopsychiatre prévu le jour même, pour qu’elle ne s’enfuie pas à nouveau et craignant qu’elle se blesse.

« À ce moment, je n’ai jamais pensé que c’était dangereux [de mettre du ruban]. Je n’ai jamais pensé qu’elle allait mourir », a déclaré la femme en sanglotant, soutenant qu’elle croyait que la fillette était en sécurité dans sa chambre.

« Je n’ai rien mis dans sa bouche, a-t-elle répété, je n’ai pas bloqué ses voies respiratoires. »

La fillette criait et réclamait de se faire détacher, a-t-elle dit, expliquant ne plus savoir quoi faire avec cette enfant qui avait des comportements extrêmement difficiles, faisait de graves crises, criait « durant des heures », urinait dans ses tiroirs et sur ses peluches, et même se « mutilait ».

Plus tard en matinée, la fillette a été retrouvée sur le sol de sa chambre, inanimée. Un appel a été fait au 911, et les premiers répondants sont arrivés vers 11 h 30 et ont entrepris des manœuvres de réanimation. Certains ont rapporté avoir vu un amas de papier collant près du corps de la fillette.

« Je le regrette. Je sais que c’est facile à dire… si je pouvais revenir en arrière, je la déchirerais, ma chemise. Je m’excuse de tout ça. […] J’ai juste fait ça pour empêcher qu’elle se sauve. »

« J’arrive pas encore à l’accepter », a dit en pleurant la femme en conclusion de son témoignage.

Elle sera contre-interrogée mardi par le procureur de la Couronne.

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