L'intérêt des donateurs pour les questions autochtones grandit à l'UQAM

Martine Letarte
Collaboration spéciale
Grâce aux dons, l'université a créé des bourses pour les étudiants autochtones en droit et en journalisme. 
Photo: Alice Chiche Le Devoir Grâce aux dons, l'université a créé des bourses pour les étudiants autochtones en droit et en journalisme. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

Le plus grand don individuel de l’histoire de la Fondation de l’UQAM a été réalisé par l’avocat Paul D. Leblanc : il a donné pas moins de 1,8 million de dollars afin de créer des bourses pour les étudiants autochtones en droit. Voilà une illustration choc de l’intérêt grandissant des donateurs pour soutenir les membres des Premières Nations.

« Je m’intéresse beaucoup à l’histoire et, lorsqu’on la lit, on voit que le sort des Premières Nations a été affecté par notre présence, la plupart du temps négativement, explique Paul D. Leblanc. Je me suis dit qu’il faut que ces sociétés sachent se défendre à la fois contre les forces extérieures et, malheureusement aussi, contre des problèmes ou les violences intérieures. Il m’est apparu clair que, si les générations montantes pouvaient se former en droit, cela pourrait assurer ces deux défenses. »

En 2019, ce diplômé de l’Université d’Oxford en Angleterre a appris que la Faculté de science politique et de droit de l’UQAM avait entamé un mouvement en ce sens en créant une bourse pour les étudiants autochtones. Séduit à l’idée de donner de l’argent à une université encore toute jeune qui n’est pas déjà fortunée comme d’autres, il a créé les bourses Honorable Albert-Leblanc, baptisées en l’honneur de son père qui a été juge à la Cour supérieure du Québec.

« La carrière de mon père a été marquée par un profond sens de l’histoire : c’est un domaine qui l’intéressait au plus haut point, et il était très sensible à l’importance de l’éducation sociale dès les années 1940, alors qu’il s’impliquait dans le Bloc populaire », raconte l’avocat.

D’une valeur de 30 000 $ chacune répartie sur trois ans, les deux bourses remises chaque année s’adressent aux étudiants des Premières Nations ou inuits du Québec qui souhaitent faire un baccalauréat en droit. Elles ont été remises pour la première fois cette année.

« En plus de l’UQAM qui travaille fort pour promouvoir ces bourses, je pense qu’il faudrait que les anciens et les chefs des Premières Nations au Québec s’impliquent pour parler de l’intérêt de ce genre d’études et pour aider à trouver les meilleurs candidats, affirme Paul D. Leblanc. Il faut une collaboration entre les Premières Nations et l’université. »

Former des journalistes autochtones

 

Paul D. Leblanc n’est pas le seul à manifester de l’intérêt pour soutenir les Autochtones. « Au cours des derniers mois, alors que nous entendons beaucoup parler des questions autochtones dans les médias notamment, nous voyons que les donateurs souhaitent davantage soutenir des projets en lien avec les Premières Nations », raconte Catherine Proulx, directrice du développement philanthropique à la Fondation de l’UQAM.

Elle remarque notamment que plusieurs entreprises ont ajouté dans leur politique de dons l’importance de soutenir des initiatives en lien avec la diversité et l’inclusion.

Par exemple, la Fondation Reader’s Digest a fait un don de 10 000 $ cette année pour financer une des deux bourses Aontaiontenrohwe de l’UQAM destinée aux membres des Premières Nations, des Inuits ou des Métis qui souhaitent étudier en journalisme. L’autre bourse est offerte par la Faculté de communication.

« Patrick White, le professeur responsable du programme de journalisme, s’intéresse beaucoup aux questions autochtones, il m’a parlé de l’idée de créer des bourses pour les étudiants des Premières Nations, et j’ai trouvé l’idée extraordinaire, alors nous sommes allés de l’avant », raconte Gaby Hsab, doyen de la Faculté de communication de l’UQAM.

Radio-Canada a aussi accepté d’offrir des stages aux personnes qui obtiennent les bourses.

« Nous avons annoncé la bourse tardivement cette année, mais nous avons tout de même pu en remettre une, indique M. Hsab. Nous souhaitons idéalement pouvoir en donner deux par année et pour y arriver, nous ferons beaucoup de présentations dans les cégeps qui sont près des milieux autochtones. »

Le grand objectif derrière ces efforts est d’augmenter le nombre de journalistes autochtones. « Nous voulons améliorer leur présence dans les grands médias, mais nous souhaitons aussi aider le développement du journalisme local dans leurs milieux, affirme M. Hsab. C’est aussi pour cette raison que Patrick White travaille à développer une école d’été en journalisme qui se déroulerait dans les milieux autochtones. Nous souhaitons vraiment faire changer les choses. »

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