À Concordia, la générosité est contagieuse

André Lavoie
Collaboration spéciale
Le recteur de l’Université Concordia, Graham Carr 
Photo: Université Concordia Le recteur de l’Université Concordia, Graham Carr 

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

En août 2020, après un discours devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), Graham Carr, recteur de l’Université Concordia depuis 2019, a reçu des éloges singuliers : Michel Leblanc, président de la CCMM, affirmait n’avoir jamais entendu de la bouche d’un recteur une allocution si bien sentie à l’égard… des autres universités !

Cela témoigne de l’esprit rassembleur de l’équipe de direction de cette « jeune » université québécoise, née en 1974 de la fusion du Collège Loyola et de l’Université Sir-George-Williams, et qui connaît depuis quelques années une expansion fulgurante. Avec 50 000 étudiants, 7000 professeurs et membres du personnel, 100 chaires de recherche, et 200 000 diplômés originaires de 150 pays, Concordia a su tirer son épingle du jeu, comme en témoigne sa présence imposante au centre-ville de Montréal.

Cette université majoritairement anglophone (25 % de la population étudiante est francophone) s’inspire évidemment des meilleures, mais fait aussi les choses à sa manière, étant encore en train de bâtir certaines traditions et d’en secouer d’autres. En 1991, Concordia met sur pied sa propre fondation, qui devient officiellement opérationnelle en 1996. Depuis 2017, le Bureau de l’Avancement Universitaire orchestre la Campagne pour Concordia : Place à la nouvelle génération, avec l’ambition de recueillir 250 millions de dollars.

Première génération, nouvelle génération

 

Tout comme l’UQAM, Concordia se distingue non seulement par sa jeunesse, mais aussi par sa clientèle, un certain nombre d’étudiants étant de première génération, soit les premiers dans leur famille à fréquenter une université. De plus, la diversité culturelle de la population étudiante est impressionnante, de tous les horizons, « dont de pays qui n’ont pas nécessairement une culture philanthropique », souligne Graham Carr. Et même si plusieurs ne sont pas issus de milieux aisés, l’histoire de Concordia fourmille de success stories, des diplômés qui deviennent les meilleurs ambassadeurs de leur alma mater, mais qui savent aussi se montrer généreux.

« Ils étaient parfois immigrants ou venaient de familles peu fortunées, souligne Graham Carr. Des histoires exceptionnelles comme celle de Gina Cody, nous en avons en plusieurs. » Dont celle de Hardeep Grewal, président de OhCal Foods, compagnie installée à Los Angeles et associée au développement de la chaîne Subway — près de 2100 restaurants aux États-Unis et au Canada. Originaire de l’Inde, arrivé à Montréal en 1972 alors qu’il ne parlait ni français ni anglais, il est devenu plus tard étudiant à Concordia le jour et chauffeur de taxi le soir. Après l’obtention de son baccalauréat en communication en 1983, l’homme d’affaires n’a jamais oublié ce qu’il doit à ses anciens professeurs : en 2016, il donnait la somme de 1 million de dollars à l’École de gestion John-Molson pour qu’elle soit redistribuée en bourses d’études.

Après des passages professionnels aux universités McGill, Queen’s et Carleton, Paul Chesser, lui aussi un diplômé de Concordia (en économie et en administration des sports), est revenu au bercail, toujours dans le domaine de la philanthropie, jadis coach d’une équipe de football étudiant. « C’est là que j’ai fait mes premières campagnes de financement, se souvient le vice-recteur au développement, et j’ai beaucoup appris. Car mon rôle était d’aider les étudiants à connaître la base du domaine : établir une relation de confiance avec les personnes que l’on sollicitait, expliquer à quoi servirait l’argent et dire que 100 % de ce qui serait recueilli irait là où les donateurs le voulaient. » Son quotidien n’est pas si différent, même si les chiffres, eux, ont pris de l’ampleur !

Tout comme Graham Carr, il admet que la dynamique philanthropique est différente dans une université à l’âge vénérable, « là où les étudiants sont exposés à des exemples historiques de dons importants », mais sa dévotion à Concordia tient autant à son histoire personnelle qu’aux défis exaltants qui se présentent à lui. « Je suis également un étudiant de première génération, j’ai grandi dans le nord de l’Ontario, là où mon père a travaillé dans les mines, affirme Paul Chesser. Dans ma carrière, j’ai croisé beaucoup d’étudiants dont la mère, le père ou le grand-père était un diplômé de l’université qu’ils fréquentaient, et leur présence s’inscrivait dans une dynamique familiale. À Concordia, nous établissons une nouvelle tradition philanthropique, et nous labourons de nouveaux sentiers. »

Photo: Université Concordia «Le succès de la philanthropie rejaillit sur toute la société», affirme le vice-recteur au développement, Paul Chesser.

Un de ceux-là a d’ailleurs frappé l’imagination quand la Fondation a décidé, en 2019, d’être signataire des Principes pour l’investissement responsable, initiative soutenue par les Nations unies, ou « 100 % — 0 % — 10 % ». D’ici 2025, elle s’engage donc vers 100 % d’investissements dans des placements durables, 0 % dans les secteurs pétrolier et gazier, et 10 % dans des entreprises et des organisations ayant un impact social et environnemental.

« Certains de nos anciens étudiants impliqués dans le secteur pétrolier n’étaient pas très contents, reconnaît Graham Carr. Mais cette décision était cohérente avec notre leadership en matière de développement durable. Non seulement nous avons obtenu de plus grands rendements dans la dernière année, mais d’autres organisations ont suivi, comme la Caisse de dépôt et placement du Québec. Sans compter que les gestionnaires de la Fondation sont invités à donner des conférences, y compris aux États-Unis, pour expliquer la façon de faire cette transition. »

La sortie progressive vers le pétrole devient incontournable, et n’est plus un phénomène marginal. Même chose pour le travail des fondations universitaires. « Le succès de la philanthropie rejaillit sur toute la société, conclut Paul Chesser. Un grand don à McGill ou à l’hôpital Sainte-Justine, ça me réjouit parce que tout le monde en profite, et cela inspire d’autres personnes à devenir philanthropes. C’est peut-être un peu délicat de faire cette comparaison [en ces temps pandémiques], mais la philanthropie peut devenir contagieuse… et c’est tant mieux ! »

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