Cent philanthropes invités à s’inscrire dans l’Histoire

Isabelle Delorme
Collaboration spéciale
L’œuvre commémorative 2367, l’Odyssée collective, dans laquelle sera insérée la capsule temporelle, se situe à proximité de la promenade des Cent-Associés.
Photo: Francis Bouchard L’œuvre commémorative 2367, l’Odyssée collective, dans laquelle sera insérée la capsule temporelle, se situe à proximité de la promenade des Cent-Associés.

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

En s’inspirant de la Compagnie des Cent-Associés, qui a réuni Samuel de Champlain, le cardinal de Richelieu et bien d’autres personnes d’influence il y a près de 400 ans, l’Université Laval reprend le fil de l’Histoire. En s’engageant à donner — aujourd’hui ou demain — un million de dollars ou plus dans le cadre du programme des Cent-Associés, les donateurs ont une occasion unique d’offrir un legs et un message précieux aux générations futures.

À l’aube de la colonisation française en Amérique, une centaine d’actionnaires (marchands ou aristocrates notamment) ont appuyé la vision de développement de la colonie en avançant la somme de 3000 livres françaises. « Cette belle initiative a été une source d’inspiration et nous l’avons revisitée pour l’appliquer au domaine de la philanthropie », explique Marc Deschênes, directeur senior aux dons majeurs et planifiés à La Fondation de l’Université Laval.

En utilisant comme unité de mesure le coût d’une chope de bière, on a évalué que les 3000 livres françaises de ces pionniers de 1627 représentaient aujourd’hui l’équivalent d’environ 1 million de dollars. Un beau nombre symboliquement fort pour une action qui ne l’est pas moins.

Une transmission entre générations

 

Les noms des 41 philanthropes qui participent déjà au programme des Cent-Associés illuminent désormais le campus de l’Université Laval. « La promenade qui s’étire d’est en ouest au centre du campus exprime notre reconnaissance envers nos donateurs », souligne Marc Deschênes. Elle est ornée de luminaires — il y en aura 50 au total — portant chacun le nom de deux contributeurs.

À proximité de la promenade, l’œuvre commémorative 2367, l’Odyssée collective crée un pont de 350 ans entre les 100 membres du programme et les générations futures. Les philanthropes qui participeront au programme sont ainsi invités à expliquer leur geste, leur vision et leur réflexion en rédigeant un témoignage. Ces messages d’espoir envers les générations futures seront scellés et conservés dans une capsule temporelle au cœur de l’œuvre commémorative, pour être divulgués en 2367. « Nous avons recueilli des témoignages fabuleux », dit le directeur.

Redonner à son alma mater

Le programme propose quatre fonds phares visant à soutenir la réalisation de projets de développement pour l’enseignement, la recherche et la création. « Certains donateurs ont choisi ces fonds que nous proposons, mais ils peuvent également préférer une autre destination pour leurs dons », explique Marc Deschênes. Parmi les causes les plus soutenues figurent la santé et la recherche médicale, l’administration, la gestion et l’entrepreneuriat ainsi que les langues, la culture et la société. « Donner à l’Université Laval permet de contribuer à de multiples causes compte tenu de la variété des sujets que nous touchons, qui vont de la musique aux sciences et à la médecine, en passant par les sciences sociales, etc. Nos premiers contacts avec nos donateurs nous permettent de comprendre leurs motivations et intérêts et de leur proposer une panoplie de possibilités », précise Caroline Girard, vice-présidente développement et partenariats à la fondation de l’Université.

Parmi les 41 premiers donateurs, beaucoup sont d’anciens étudiants de l’Université Laval. « Deux valeurs sont très importantes à leurs yeux : l’attachement envers leur alma mater et la fierté de faire partie de l’Université Laval », indique M. Deschênes. Ceux qui n’y ont pas étudié sont touchés par le rôle important de cette université au Québec à travers le temps.

Un coach philanthropique

 

Yvon Charest fait partie des premiers Cent-Associés nouvelle génération. Pour l’ancien président et chef de la direction de iA Groupe financier, donner des bourses à des étudiants pour leur permettre d’aller à l’université est la meilleure manière de donner au suivant. « Comme bien des francophones issus de la classe moyenne de mon âge, j’ai été élevé sans automobile. Mon père a pu s’en offrir une lorsqu’il a eu fini de payer son prêt hypothécaire, à 60 ans. Les frais d’éducation au Québec, minimes à cette époque, sont encore très bas, mais tout le monde ne peut pas les payer », observe celui qui a obtenu son baccalauréat en sciences actuarielles à l’Université Laval en 1979. « C’est grâce à l’Université Laval que l’actuariat est si important au Québec. J’y ai acquis une solide formation. Elle m’a permis d’avoir une carrière passionnante qui m’a rendu très heureux », dit M. Charest.

Pour le philanthrope qui tient à remercier son ancienne université, il est important de se battre contre l’individualisme et les inégalités et de pousser les gens à réfléchir. « On oublie souvent notre chance d’être en santé et au Québec et que, si on a du succès, c’est parce que des personnes nous ont aidés pendant ces périodes plus difficiles que nous traversons tous à un moment ou à un autre. Lorsqu’on réfléchit à notre carrière, il faut se rendre compte qu’il y a eu des gens qui ont été importants pour nous. C’est pourquoi il est temps d’être moins individualiste et de redonner à la société », estime Yvon Charest. Celui qui est très actif auprès de plusieurs organisations humanitaires croit que les formules suggérant un montant de contribution aux donateurs sont efficaces pour solliciter ce geste, d’autant plus que « les organismes philanthropiques font des miracles avec l’argent qu’on leur donne ».

La Fondation de l’Université Laval prend d’ailleurs soin d’informer ses donateurs des retombées de leur don. Les premiers membres des Cent-Associés ont beaucoup contribué sous forme de dons planifiés (parfois en associant également un don de leur vivant). Une formule qui peut se concrétiser dans le temps par testament ou par assurance vie, quel que soit le budget.

« Au-delà du programme prestigieux des Cent-Associés, il y a beaucoup d’occasions qui s’offrent pour embrasser la cause de l’éducation supérieure. Même avec un don relativement modeste, nous sommes capables de changer les choses pour un étudiant », souligne Marc Deschênes en évoquant le programme Pérennia qui permet aussi de donner à l’Université Laval sous forme de dons planifiés. Un geste très accessible qui confère une signification transgénérationnelle aux mots phílos (ami) et ánthrôpos (homme), racines de la philanthropie.

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