Une embellie à l’horizon pour le milieu philanthropique

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
«On n’a pas retrouvé les pourcentages prépandémiques, mais on tend à retourner vers une assiette de donateurs plus grande», rapporte Christian Bourque, vice-président exécutif de la firme de sondage Léger.
Image: Getty Images «On n’a pas retrouvé les pourcentages prépandémiques, mais on tend à retourner vers une assiette de donateurs plus grande», rapporte Christian Bourque, vice-président exécutif de la firme de sondage Léger.

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

Après une année hors de l’ordinaire marquée par la pandémie, la firme d’experts-conseils en philanthropie et en investissement Épisode a voulu examiner l’altruisme des Québécois et des Canadiens. Même si les donateurs ne sont pas tout à fait retournés à leurs habitudes prépandémiques, les indicateurs sont encourageants.

Depuis 2009, la firme de sondage Léger sonde pour le compte d’Épisode les Québécois et Canadiens pour connaître leurs habitudes philanthropiques, créant pour ce faire l’indice générosité. Celui-ci vise à comprendre les habitudes de dons et à évaluer leur évolution. « On regarde et on compare les générations des donateurs ; ça bonifie notre regard sur la philanthropie au Québec », explique la présidente de la firme, Laetitia Shaigetz.

Ce coup de sonde est mené tous les deux ans dans la population générale, avec un volet qui s’intéresse aux grandes entreprises et aux PME. Même si la dernière enquête ne datait que de 2020, on a voulu mesurer l’indice cette année, en raison des conditions exceptionnelles amenées par la pandémie.

« On a connu l’an dernier un creux historique dans le bassin de donateurs, c’est-à-dire le pourcentage de population qui a fait des dons », affirme Christian Bourque, vice-président exécutif de Léger. « Plusieurs organismes se posaient des questions, surtout par rapport aux donateurs individuels », ajoute Mme Shaigetz. Le rapport 2021 s’intéresse ainsi uniquement à la population générale. Plus de 1500 Québécois et 1000 Canadiens ont répondu au sondage.

Le retour des donateurs

 

Les experts craignaient que 2021 soit plus difficile encore que 2020. Heureuse surprise, l’enquête révèle que le nombre de donateurs a rebondi en 2021. « On remarque un plus grand nombre de donateurs que l’an dernier, et une hausse du montant moyen », résume Mme Shaigetz.

Si 46 % des Québécois ont donné en 2020, 55 % l’avaient fait ou prévoyaient de le faire en 2021. La même remontée est observée à travers le Canada. « On n’a pas retrouvé les pourcentages prépandémiques, mais on tend à retourner vers une assiette de donateurs plus grande. C’est une bonne nouvelle pour le milieu », rapporte M. Bourque.

 

Si le montant des dons déclarés et non déclarés moyen a enregistré une légère hausse par rapport à 2020 au Québec (226,90 $ à 240,40 $), les Canadiens restent plus généreux que les Québécois. Au Canada, le total moyen des dons en 2021 s’élève à 391,50 $, une légère baisse par rapport à 2020 (412,50 $) « On a un peu refermé l’écart avec le Canada depuis nos premiers sondages en 2009, mais il perdure pour des raisons historiques et culturelles », précise M. Bourque.

En fin de compte, l’indice générosité des Québécois s’établit à 0,0004 (0,40 $ par tranche de 100 $ de revenu brute), et est en hausse par rapport à l’an dernier (0,0003, soit 0,30 $ par tranche de 100 $ en 2020). L’indice générosité des Canadiens est également en légère hausse (0,56 $ par tranche de 100 $ en 2021, par rapport à 0,50 $ en 2020).

Répondre à l’urgence

Une autre tendance émerge depuis la pandémie : on donne plus, mais à davantage d’organismes, et sous forme de petits dons spontanés. « Les Québécois ont répondu à des situations d’urgence. Ce qui est du domaine du don planifié, récurrent, a un peu diminué pendant la pandémie », remarque M. Bourque. Les causes appuyées varient : la crise sanitaire a en effet mis en lumière certains problèmes sociaux, comme la violence envers les femmes, la pauvreté ou l’exclusion sociale. D’autres secteurs fortement touchés par la pandémie — culture, éducation — restent les parents pauvres.

« La santé occupe toujours la première place dans les causes appuyées, mais on s’éparpille davantage », note M. Bourque. Le dollar philanthropique divisé se distribue parmi des causes moins connues, qui peuvent en profiter pour acquérir de nouveaux donateurs. « Le défi va être de les fidéliser », souligne toutefois Mme Shaigetz.

Des différences intergénérationnelles

 

Au Québec comme au Canada, les plus âgés demeurent les plus généreux. Les baby-boomers et les personnes d’âge mûr sont d’ailleurs ceux qui ont indiqué avoir le moins modifié leur façon de donner avec la pandémie. N’oublions pas que cette catégorie d’âge a été moins touchée économiquement par la pandémie, contrairement aux jeunes qui travaillent dans des secteurs fragilisés (tourisme, restauration, emplois précaires). « Il y a quand même le quart des Québécois qui ont vécu des pertes de revenu durant la pandémie », contextualise M. Bourque.

 

Malgré cet écart intergénérationnel, le rapport soulève que le don moyen de la génération Z est en hausse cette année, une donnée encourageante pour le futur de la philanthropie. « Les organismes vont devoir apprivoiser les nouvelles façons de donner », mentionne M. Bourque. En effet, les jeunes suivent les causes sur les médias sociaux, et souhaitent appuyer publiquement les causes. Les organismes devront prendre ce virage numérique et intégrer les technologies dans les collectes de fonds, tout en continuant à mener des campagnes de sollicitation traditionnelles (publipostage) pour les générations plus âgées.

Des défis pour le milieu

 

« Il faut trouver comment amener les gens à mieux planifier leurs dons dans l’avenir », avance Christian Bourque. « Il y a beaucoup de travail à accomplir sur ce plan », poursuit Mme Shaigetz. On observe une petite croissance des dons testamentaires, mais pas aussi rapide que le monde philanthropique le souhaiterait. Le don planifié facilite la planification et améliore l’efficacité des organismes sur le terrain. « Ce n’est pas évident dans une époque où on est beaucoup dans la spontanéité et l’urgence », souligne M. Bourque.

Reste que les perspectives pour 2022 sont bonnes : « Les intentions sont plus claires : les gens veulent donner autant ou plus. L’an passé, les gens avaient de la difficulté à se projeter dans l’avenir », conclut Mme Shaigetz.

Le retour attendu des événements

Après les expérimentations et tentatives en virtuel effectuées en 2020, les acteurs du milieu attendent avec impatience le retour des événements. « Il fallait tester pour savoir, on a eu l’ouverture d’essayer. Mais avec le retour à la normale, les événements-bénéfice reviendront au coeur des activités », soupçonne Laetitia Shaigetz. Les foules ne se précipiteront peut-être pas aux soupers bénéfices et autres événements à l’intérieur, mais l’engouement demeure fort pour les défis sportifs et les activités extérieures. « En 2021, les gens voudront revenir en présentiel », croit M. Bourque.

 

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