Firas Bouzgarrou obtient «in extremis» le droit de rester au Canada

Le Tunisien Firas Bouzgarrou était sur le point d’être déporté.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le Tunisien Firas Bouzgarrou était sur le point d’être déporté.

À moins de 2 h 30 de son renvoi du pays, le Tunisien Firas Bouzgarrou a appris qu’il pourra rester au Canada. Le Devoir a appris que le nouveau ministre de l’Immigration, Sean Fraser, lui a autorisé un permis de séjour temporaire de quelques mois, le temps qu’il puisse poursuivre ses démarches pour obtenir sa résidence permanente.

« C’est une délivrance », a lâché M. Bouzgarrou, depuis l’aéroport. « C’est énormément de stress, vous n’avez pas idée. Je ne dors pas depuis deux semaines », a-t-il ajouté, la voix étranglée par l’émotion.

Ce père de famille qui vit au Québec depuis plus de trois ans et qui s’estime parfaitement intégré avait défrayé les manchettes de plusieurs médias ces dernières semaines parce qu’il contestait son expulsion. Mercredi dernier, il a même bénéficié du soutien des 125 députés de l’Assemblée nationale, qui ont adopté à l’unanimité une motion présentée par Québec solidaire demandant l’annulation de son renvoi et l’octroi de sa résidence permanente.

« Tout le Québec s’est mobilisé », a déclaré son avocat, Guillaume Cliche-Rivard, en évoquant une pétition de 1700 noms et tout le soutien que son client a reçu de son entourage. Il salue également « ce geste de compassion positif en début de mandat », du ministre canadien de l’Immigration nommé mardi dernier. « On a gagné une manche. Mais c’est une grosse manche », reconnaît-il.

Firas Bouzgarrou, qui travaille 80 heures par semaine dans trois emplois différents, dont le principal chez CAD railways, à Lachine, est un immigrant « exemplaire », selon Me Cliche-Rivard. « On le rejette, mais il coche toutes les cases [de l’immigrant] dont on a besoin dans notre société d’aujourd’hui, alors qu’on parle de pénurie de main-d’œuvre et du déclin de la langue française », avait-il déclaré au Devoir qui l’avait rencontré avec son client il y a dix jours.

Après avoir obtenu sa résidence permanente en 2013, M. Bouzgarrou l’avait perdue car il n’avait pas pu rester au pays le minimum exigé par la loi de 730 jours (2 ans) sur la période de cinq ans suivant la délivrance du statut. Il était plutôt retourné en Tunisie pour demeurer auprès de sa fille qui venait de naître avec de graves problèmes de santé pour ensuite prolonger son séjour pour épauler sa femme qui devait vivre le deuil du décès subit de son père.

Après avoir contesté — en vain — cette décision devant la cour fédérale, M. Bouzgarrou a déposé une demande de résidence permanente pour motifs humanitaires, où il s’agit pour lui de prouver qu’il est bien intégré et qu’il mérite de rester. Mais la réponse, reçue il y a environ un mois, a été négative.

Une victoire douce-amère

Me Cliche-Rivard se réjouit de l’appui dont a bénéficié son client, notamment à travers une motion unanime de l’Assemblée nationale et le suivi constant de députés tel qu’Alexandre Boulerice, du Nouveau Parti démocratique, Alexis Brunelle-Duceppe, du Bloc québécois et André Fontecilla, de Québec solidaire « sans qui ça n’aurait pas pu être possible. ». Mais la victoire est néanmoins douce-amère. « Si ça a pris tout ça pour y arriver, c’est parce qu’on a un gros problème. Il est temps qu’on ait une discussion franche et ouverte sur les renvois du Canada et sur ce qu’on attend des immigrants. »

Me Cliche-Rivard sait qu’il a encore du travail devant lui pour régulariser le statut de son client mais ce ne sont pas les idées qui manquent. Une reconsidération de la décision négative et une toute nouvelle demande de résidence pour motifs humanitaires ont déjà été déposées. Il aimerait également le soutien du gouvernement du Québec qui a le pouvoir d’accorder à Firas Bouzgarrou un certificat de sélection du Québec (CSQ), une avenue à laquelle s’est dit ouvert le cabinet de l’Immigration.

Très ému, Firas Bouzgarrou retient de cette aventure forte en émotions qu’il ne faut jamais baisser les bras. « Jusqu’à la dernière seconde, je n’ai pas perdu espoir », dit-il. Il espère maintenant être capable de faire venir son épouse et sa fillette de 7 ans qu’il n’a pas vues depuis plus de trois ans. « C’est beaucoup de sacrifices. Mais on recommence à rêver. »

À voir en vidéo