Peter Nygard accepte son extradition aux États-Unis

Un croquis illustrant Peter Nygard lors de son passage devant un tribunal de Winnipeg, en janvier dernier.
Photo: Tadens Mpwene La Liberté Manitoba via La Presse canadienne Un croquis illustrant Peter Nygard lors de son passage devant un tribunal de Winnipeg, en janvier dernier.

Poursuivi par la justice américaine pour agressions et trafic sexuels, l’ex-magnat de la mode canadien Peter Nygard a accepté devant un tribunal de Winnipeg vendredi son extradition vers les États-Unis où il devrait subir son procès.

Souvent comparé à Jeffrey Epstein, Peter Nygard s’autoproclamait « self-made-man par excellence ». Il fait maintenant face à des accusations d’extorsion, d’abus de pouvoir et d’exploitation sexuelle sur des dizaines de jeunes filles, parfois mineures, entre 1990 et 2020, et ce, aux États-Unis, au Canada et aux Bahamas, selon l’acte d’accusation dressé par un tribunal de New York.

Le millionnaire, dont le portrait était toujours exhibé, il y a quelques jours encore, sur la façade de son ancien quartier général à Times Square, dans la métropole américaine, aurait profité de son statut d’influent acteur de la mode pour mettre en place et entretenir un réseau d’exploitation et d’abus de femmes et jeunes filles issues « de milieux économiques défavorisés et/ou qui avaient des antécédents d’abus ». Il les contrôlait par « des menaces », par la drogue ainsi que par « de fausses promesses d’opportunités de mannequinat », selon les documents de la cour.

Plusieurs des agressions se seraient déroulées aux Bahamas, où il possède un domaine de 22 chambres évalué à 60 millions de dollars. Cette résidence et ses dépendances, d’inspiration maya, sont baptisées Nygard Cay.

Âgé de 80 ans, M. Nygard est détenu au Manitoba — d’où il a bâti son empire en 1967 —, après avoir été arrêté en décembre 2020. Ses demandes de libération sous caution ont été refusées, la justice canadienne craignant qu’il tente d’intimider ses victimes.

Pas d’aveu

Pour Brian Greenspan, un de ses avocats, le fait qu’il vienne d’accepter son extradition vers les États-Unis n’est en rien un aveu de culpabilité. « Il va avoir maintenant la possibilité de présenter sa défense et de contester la véracité des preuves qui ont été retenues contre lui », a-t-il dit, tout rappelant que son client maintient qu’il « est innocent ».

L’an dernier, le réseau anglais de Radio-Canada a diffusé des vidéos de fêtes privées organisées par le magnat de la mode tournées par le cameraman personnel de Peter Nygard, Stephen Feralio. Plusieurs de ces fêtes, qualifiées de « pamper parties » par l’ex-homme d’affaires, des soirées pour se faire dorloter, sont évoquées dans l’acte d’accusation.

« Nygard n’avait qu’à descendre pour choisir une fille. En général, elles étaient ivres », a-t-il résumé à la CBC tout en expliquant pourquoi il a dévoilé ces vidéos : « Si je ne l’expose pas, il va s’en tirer en dépit de tout ce qu’il a fait. »

Vendredi, alors que le magnat de la mode consentait, lors de sa comparution par vidéoconférence, à son extradition, la police de Toronto a lancé un mandat d’arrestation contre lui pour six accusations d’agression sexuelle et trois de séquestration, selon le communiqué. Les faits se seraient déroulés entre 1987 et 2006. Le lieu de ces agressions n’est pas précisé.

Pour Lisa Haba, l’une des avocates qui représente des victimes de Peter Nygard, ce dernier est « pire qu’Epstein », le tristement célèbre financier américain qui s’est donné la mort en prison en août 2019. Il faisait face, lui aussi, à des accusations de viols et d’exploitation sexuelle.

« Nous pensons [que Peter Nygard] a fait plus de victimes et [qu’il] a été plus violent », a-t-elle dit à l’Agence France-Presse, tout en ajoutant : « Le mal et la douleur que Nygard a causés ont des conséquences à vie » pour ces femmes qui ont besoin de « plus de force et de courage que la plupart d’entre nous ne peuvent l’imaginer » pour « faire face à cette douleur ».

Rattrapé par ce passé, Peter Nygard a déclaré faillite en mars 2020 et mis la clef dans la porte des 170 boutiques que son empire possédait en Amérique du Nord, en plus des 6000 espaces consacrés à sa marque dans de grandes chaînes de magasins à rayons. Au moment de la fermeture, les actifs de Nygard International étaient évalués à environ 175 millions de dollars canadiens, selon les documents déposés en cour au moment de la faillite. L’entreprise employait 1400 personnes.

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