Le SPVM s’attaque à la violence armée sur le « champ de bataille » des réseaux sociaux

Les réseaux sociaux sont devenus le «nouveau champs de bataille» en matière de lutte à la violence armée.
Photo: iStock Les réseaux sociaux sont devenus le «nouveau champs de bataille» en matière de lutte à la violence armée.

Les réseaux sociaux sont devenus le « nouveau champ de bataille » des forces de l’ordre contre la violence armée, estime Francis Renaud, chef de la section du crime organisé au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

« On me demande souvent c’est quoi le secteur le plus chaud à Montréal, le plus dangereux. Ma réponse est assez simple : le secteur le plus chaud, présentement, ce sont les réseaux sociaux », a lancé le policier lors d’une séance d’information sur la lutte contre les armes à feu qui se tenait jeudi matin au quartier général du corps de police montréalais.

« On ne se le cachera pas, les réseaux sociaux sont le nouveau champ de bataille des gangs de rue criminalisés, a-t-il ajouté. C’est là-dessus qu’on s’affiche, c’est là-dessus qu’on essaie d’avoir la notoriété. »

Car la possession et l’utilisation d’arme à feu sont non seulement « banalisées », mais « glorifiée » par ceux qui adhèrent à cette « culture de violence », a précisé son collègue David Bertrand, inspecteur chef du Service des enquêtes criminelles. « Les gens veulent se faire poser et se faire voir avec leurs armes à feu », a-t-il ajouté.

Les réseaux sociaux sont notamment utilisés par les membres de gangs criminels pour prouver leur allégeance, menacer leurs rivaux et recruter de nouveaux membres. « On va se dire les vraies affaires, on voit des gens qui s’affichent pour démontrer leurs “exploits” », a soutenu l’inspecteur-chef Bertrand. Le phénomène porte même un nom : le « net banging » ou cyberréseautage criminel.

De plus en plus violents

 

L’inspecteur-chef Bertrand est revenu sur une tentative de meurtre survenue cette année dans le nord de la ville, à titre d’exemple.

Un homme visé par des tirs dans le lobby d’un édifice à logements avait pris la fuite pour se mettre à l’abri après avoir été atteint par un projectile. « On se dit qu’il va jamais revenir dans le lobby, mais non ! [Quelques secondes plus tard], il revient avec son téléphone cellulaire et il filme les vitres qui sont brisées et il essaie de filmer sa blessure. Après ça, on appellera le 911 et on va essayer de trouver des secours. Mais la première chose que l’individu a faite, c’est de se filmer pour faire des menaces et une story et expliquer que lui, il s’en est sorti. »

Un autre homme, victime de tentative de meurtre à bord de son véhicule, s’est arrêté en pleine fuite pour filmer les trous de balle dans le pare-brise pour mettre la vidéo sur les réseaux sociaux. « Il n’y a plus aucune subtilité, [ils sont] de plus en plus violent dans [leurs] façons de faire sur les réseaux sociaux », a ajouté son collègue du crime organisé, Francis Renaud. Et ce, dans le but de se « démarquer » et d’obtenir une « célébrité » afin d’aller chercher de nouveaux membres.

Le cyberréseautage criminel s’est amplifié avec la pandémie, mais Montréal n’y aurait pas échappé dans d’autres circonstances, puisque le phénomène était déjà en branle à Toronto et dans d’autres grandes villes nord-américaines bien avant, ont répondu les policiers aux journalistes.

Selon le SPVM, Montréal accuse un retard de deux ans par rapport à ce qui se passe à Toronto, ce qui leur permet d’analyser les méthodes de leurs confrères ontariens et de travailler en amont. Le dossier est jugé « prioritaire » par les policiers de Montréal et de partout au Québec.

Impulsifs et imprévisibles

 

Au-delà des réseaux sociaux, plusieurs autres éléments ont changé dans les dernières années et les policiers doivent adapter leurs méthodes d’enquête.

Ainsi, ils constatent que les victimes de tentatives de meurtre par arme à feu ne collaborent pratiquement jamais avec la police, préférant régler leur cas entre eux par des ripostes sanglantes. « Les victimes d’aujourd’hui sont souvent les suspects de demain », a affirmé l’inspecteur-chef du Service des enquêtes criminelles, David Bertrand.

Or, s’il n’y a pas de plaignant, il est difficile de porter des accusations pour tentative de meurtre. Pour contourner ce problème, les policiers vont de plus en plus porter des accusations de décharge d’armes à feu. Le nombre d’événements compilé par le SPVM dans la catégorie « décharger une arme à feu » est passé de 41, pour l’année 2019, à 77 au 31 août 2021, ce qui illustre cette tendance.

Les policiers qui travaillent sur le terrain constatent également un changement de comportement des bandes criminalisées : une « insouciance », un « sentiment d’impunité ». Ils n’ont plus peur d’aller en prison, car cela leur donne de la « crédibilité », dit-on.

On parle désormais d’une « criminalité impulsive et imprévisible », ont noté les policiers. « Il y a quelques années, quand les individus criminalisés sortaient leur arme à feu, ils savaient ce qu’ils allaient faire avec : ils allaient passer un message ou faire un crime quelconque. Présentement, les gens sortent les armes à feu et [improvisent] selon le déroulement de la soirée », a expliqué M. Bertrand.

Notons par ailleurs que le prix des armes à feu a pratiquement quadruplé depuis cinq ans, passant de quelques centaines de dollars à près de 5000 à 6000 $. « À ce prix-là, on ne va pas se débarrasser de l’arme après le crime », on va plutôt la revendre, ont expliqué les policiers.

Le SPVM mise beaucoup sur ses « partenaires » dans la communauté et sur la prévention pour mettre un frein à la violence armée. « On ne deviendra pas le prochain Toronto », a soutenu avec assurance David Bertrand.

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