Les Premières Nations appellent les Québécois à devenir leurs alliés

«Il y a beaucoup d’organisations qui se mobilisent depuis un an et nous voulons continuer dans cet esprit, de maintenir les alliances et d’en créer d’autres pour que la vague prenne assez d’ampleur que ça deviendra difficile ou impossible pour la classe politique, les acteurs politiques, de rester indifférents», a déclaré le chef de l’APNQL, Ghislain Picard.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Il y a beaucoup d’organisations qui se mobilisent depuis un an et nous voulons continuer dans cet esprit, de maintenir les alliances et d’en créer d’autres pour que la vague prenne assez d’ampleur que ça deviendra difficile ou impossible pour la classe politique, les acteurs politiques, de rester indifférents», a déclaré le chef de l’APNQL, Ghislain Picard.

Malgré les événements marquants de la dernière année au sujet des peuples autochtones et les nombreux appels à la réconciliation, la perception des Québécois n’a pas beaucoup changé depuis un an, révèle un sondage de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) publié mercredi.

Mais le chef de l’APNQL, Ghislain Picard, refuse de voir le verre à moitié vide et affirme que le statu quo est quelque chose de « positif ».

« Ce que je lis, moi, dans ce sondage, c’est qu’il y a un intérêt d’en savoir plus, a répondu le chef Picard en conférence de presse lors du lancement de l’an deux du plan d’action sur le racisme et la discrimination mercredi. Je pense qu’il faut regarder ce résultat en fonction de l’autre résultat, c’est-à-dire que les gens, de plus en plus nombreux, disent qu’ils ont envie de faire quelque chose mais qu’ils ne savent pas comment s’y prendre. Il faut prendre les résultats dans leur ensemble. »

Le sondage Omniweb, mené par la firme Léger auprès de 1000 répondants du 24 au 26 septembre, révèle que deux Québécois sur trois (67 %) n’ont pas changé de perceptions par rapport aux Premières nations depuis l’an dernier.

Le quart (25 %) des répondants affirme que leur perception s’est améliorée. Les détenteurs de diplôme universitaire et les femmes sont plus nombreux à faire partie de cette catégorie. Enfin, 8 % des Québécois ont répondu que leur perception face aux autochtones s’était détériorée.

Le sondage indique également que la population est divisée sur les actions posées par les gouvernements en matière de lutte au racisme et à la discrimination. Ainsi, 37 % des répondants ont soutenu que les gouvernements en faisaient assez, contre 41 % qui estiment qu’il faudrait en faire davantage.

Sur le plan personnel, à peine 26 % des Québécois se disent « tout à fait disposés à poser des gestes dans la lutte au racisme », alors que 50 % le feront « si l’occasion se présente ». 16 % des répondants ont soutenu que « ces questions ne [les] intéressent pas et 8 % n’étaient pas en mesure de répondre.

Main tendue aux citoyens

 

Forte de l’engagement citoyen qui a suivi l’annonce de son Plan d’action sur le racisme et la discrimination l’an dernier, l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador récidive pour la deuxième année consécutive en invitant les Québécois et les institutions à s’engager activement dans la lutte au racisme envers les autochtones.

« Depuis un an, nous avons reçu de nombreux appuis et des engagements concrets de la part de plusieurs citoyens et organisation », se réjouie le chef Picard, qui cite en exemple l’université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) et la Centrale des Syndicats du Québec (CSQ). « Cette vague de solidarité et la volonté d’agir dans l’ensemble des régions du Québec nous ont convaincus de la nécessité de poursuivre la démarche visant la création d’alliances. »

L’engagement citoyen ne doit toutefois pas « occulter la responsabilité des gouvernements », rappelle le chef Picard, qui invite formellement le gouvernement Legault à endosser le plan d’action de l’APNQL, un geste qui lui semble « fondamental pour paver la voie de la réconciliation ».

Il espère que la « vague de solidarité citoyenne se changera en tsunami », forçant le gouvernement du Québec à aller plus loin.

Le Conseil des femmes élues, qui est associé à la démarche de l’APNQL, invite notamment les organismes d’aide aux femmes à se joindre au plan pour mettre fin aux injustices vécues par les femmes autochtones, qui sont plus susceptibles d’être victimes de discrimination.

Journée fériée

 

À la veille de la journée nationale de la vérité et de la réconciliation — un jour férié décrété par le gouvernement fédéral à la mémoire des enfants disparus et aux survivants des pensionnats - l’APNQL et le Conseil des femmes élues se désolent de la décision de Québec de ne pas suivre l’exemple du fédéral. « C’est certain qu’il y a une déception que ce jour férié ne soit pas reconnu par le Québec, a soutenu la représentante du Conseil des femmes élues, Nadia Robertson. Selon elle, le peuple québécois n’est pratiquement pas au courant que le 30 septembre a été décrété un jour férié dans le reste du pays.

La journée nationale de la vérité et de la réconciliation a été créée le 3 juin 2021 par le gouvernement de Justin Trudeau et fait suite à une recommandation de la commission d’enquête du même nom. En juin dernier, le premier ministre du Québec, François Legault avait affirmé qu’il n’était « pas en faveur d’ajouter des journées fériées pour quelque raison que ce soit au Québec » puisqu’il y avait déjà plusieurs jours fériés.

Pour souligner ce jour de commémoration malgré tout, l’APNQL et le Foyer pour Femmes autochtones de Montréal organisent jeudi une marche sous le thème de « chaque enfant compte ». L’événement débutera à 13 h à la Place du Canada.

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