Les libéraux font du passeport vaccinal un enjeu électoral

Justin Trudeau a profité de l’occasion pour lancer des flèches à des premiers ministres provinciaux conservateurs sur leurs positions en santé.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Justin Trudeau a profité de l’occasion pour lancer des flèches à des premiers ministres provinciaux conservateurs sur leurs positions en santé.

« Une exigence vaccinale pour les entreprises non essentielles est une bonne idée », a tranché le premier ministre Justin Trudeau, vendredi, lors d’un arrêt à Mississauga, en Ontario. Il promet un milliard de dollars pour financer tout nouveau système de preuve vaccinale provincial au Canada, semblable à celui qui entrera en vigueur au Québec le 1er septembre.

« Déjà, les premiers ministres Horgan [en Colombie-Britannique] et Legault ont agi, et j’espère certainement qu’ici, en Ontario, le premier ministre Doug Ford agira aussi », s’est-il permis d’ajouter. Le Québec recevrait sa juste part pour financer son système.

Le chef libéral a profité de l’occasion pour lancer des flèches à de premiers ministres provinciaux conservateurs sur leurs positions en santé.

« Des vaccins aux garderies à 10 $, rien de cela ne va se produire si Erin O’Toole s’assoit derrière la table avec Doug Ford, ou n’importe quel autre premier ministre », a-t-il avancé, avant de s’en prendre au premier ministre conservateur de la Saskatchewan, Scott Moe.

« Les politiciens conservateurs, comme Scott Moe, comme Erin O’Toole, sont totalement d’accord avec un système de santé pour les riches, et un système de santé pour tous les autres. Je ne suis pas d’accord avec ça, et je crois que les Canadiens ne sont pas d’accord avec ça », a assené M. Trudeau en anglais.

Épouvantail conservateur

« Justin Trudeau tente d’amalgamer Erin O’Toole et les conservateurs provinciaux », explique Stéphanie Chouinard, politologue au Collège militaire royal du Canada. Selon elle, l’idée d’imposer un passeport vaccinal similaire à celui du Québec est très populaire partout au pays, mais surtout en Ontario. Faire cette annonce dans cette province est d’autant plus stratégique que Doug Ford, qui s’opposait jusqu’à maintenant à l’idée, « est très peu populaire auprès des Ontariens » à cause de sa gestion de la COVID-19. L’experte s’attend à ce que le nom de M. Ford soit évoqué plus souvent si la campagne libérale continue de battre de l’aile dans cette province.

Une exigence vaccinale pour les entreprises non essentielles est une bonne idée.

« Malgré le fait qu’il semblait y avoir une entente de non-agression entre Justin Trudeau et Doug Ford au début de la campagne […] là, on voit que la campagne libérale ne se passe pas comme prévu, donc on ressort l’épouvantail Doug Ford pour tenter de renverser la vapeur. »

Le professeur de science politique de l’Université McMaster Peter Graefe est du même avis. La « critique subtile » à l’endroit du premier ministre Ford est une manière de dire aux Ontariens qu’ils « ne peuvent pas se permettre d’avoir le même genre de gouvernement au niveau fédéral », dit-il.

Contrairement à Doug Ford, François Legault est très populaire dans sa province. Même si son parti a été attaqué la veille par le premier ministre du Québec, et qualifié de « centralisateur », Justin Trudeau n’a riposté que diplomatiquement. « On ne va pas s’entendre sur tout avec M. Legault, a-t-il dit en esquissant un sourire. Mais nous allons pouvoir continuer à démontrer qu’on travaille ensemble en partenaires. »

« À l’intérieur de sa garde rapprochée, j’imagine qu’on a des sondages internes qui montrent que l’électorat de M. Legault, ou les gens favorables au bilan de M. Legault recoupent l’électorat des libéraux », analyse Stéphanie Chouinard.

Pas obligatoire

Le passeport vaccinal devient ainsi un autre enjeu de la campagne électorale. « On ne va pas l’imposer [la preuve vaccinale] aux provinces, mais les provinces qui ne le font pas vont devoir expliquer à leurs gens d’affaires, à leurs citoyens, pourquoi ils ne sont pas en train de faire ce qui est nécessaire pour que tout le monde soit vacciné », a expliqué Justin Trudeau.

Le chef conservateur, Erin O’Toole, dit aussi que c’est aux provinces de faire ce choix, sans toutefois les pousser à le faire ni promettre une aide financière précise. « Je vais toujours respecter les décisions des provinces en ce qui concerne les passeports vaccinaux, les mesures sanitaires en pleine pandémie », a indiqué le chef Erin O’Toole, vendredi, rappelant son engagement de bonifier les transferts en santé.

Pour le chef du Bloc québécois, « c’est une compétence exclusive de l’Assemblée nationale et du gouvernement du Québec ». Il exige une « compensation » pour le Québec, ce que M. Trudeau est prêt à faire.

À l’inverse, le Nouveau Parti démocratique (NPD) exige plutôt que ce soit Ottawa, et non les provinces, qui se charge de créer une preuve vaccinale qui serait compatible d’un océan à l’autre. Jagmeet Singh a témoigné de sa propre expérience de voyage en Atlantique, où il lui a été très « difficile et complexe » de prouver sa vaccination. « Au lieu d’avoir des systèmes différents dans chaque province, ça va être plus utile d’avoir un document fédéral qu’on peut utiliser. »

Selon le réseau CBC, citant des sources anonymes vendredi, l’Ontario est prêt à instaurer son propre passeport vaccinal et doit l’annoncer la semaine prochaine. Le Devoir n’a pas pu confirmer cette information. Dans un courriel, le bureau du premier ministre Doug Ford n’a pas mentionné une telle intention, mais assure être prêt à modifier son plan en fonction de la propagation du variant Delta.

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