Les écologistes consternés par la position du Bloc sur le troisième lien

Le chef du Bloc québécois a évoqué pour une seconde fois, mercredi, croire qu’un troisième lien «a un potentiel de contribution positive en matière d’environnement, notamment pour éviter un nombre important de véhicules faisant un important détour».
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le chef du Bloc québécois a évoqué pour une seconde fois, mercredi, croire qu’un troisième lien «a un potentiel de contribution positive en matière d’environnement, notamment pour éviter un nombre important de véhicules faisant un important détour».

Favorable au troisième lien routier entre Québec et Lévis, l’« avis personnel » du chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a fait bondir le milieu écologiste québécois, choqué et unanimement déçu par cette sortie.

« Disons que momentanément, je suis revenu un ex », a expliqué Yves-François Blanchet, mercredi, comparant l’expression de son opinion sur le sujet à sa participation à l’émission Le club des ex, où il commentait des sujets d’actualité.

« La position du Bloc [est] de dire à Ottawa : “Mêle-toi de tes affaires, fais ton chèque”, a-t-il clarifié. C’est une juridiction exclusive de Québec. Québec demande 40 % à Ottawa. Ottawa doit donner 40 %. »

M. Blanchet a insisté mercredi auprès des journalistes pour ne pas confondre son point de vue personnel, selon lequel le tunnel proposé par le gouvernement du Québec avait des bienfaits pour l’environnement, et la position de son parti, qui est d’exiger son financement par Ottawa. Aucun des militants québécois de groupes écologistes consultés par Le Devoir n’y a vu de différence.

C’est très décevant, d’essayer de faire passer le troisième lien comme un projet écologique […] Ils viennent de se mettre du côté des conservateurs, ils viennent de perdre une bonne partie de leur crédibilité écologique.

« Ça va m’aider à choisir pour qui voter », admet Alexandre Turgeon, résigné. Le directeur général du Conseil régional de l’environnement de la Capitale-Nationale pense que le chef bloquiste risque de se mettre à dos le vote écologiste de Québec et de la province en entier en se montrant sympathique au projet de troisième lien.

« C’est très décevant, d’essayer de faire passer le troisième lien comme un projet écologique […] Ils viennent de se mettre du côté des conservateurs, ils viennent de perdre une bonne partie de leur crédibilité écologique », ajoute Christian Savard, directeur général de Vivre en ville.

Le chef du Bloc québécois a évoqué pour une seconde fois, mercredi, croire qu’un troisième lien « a un potentiel de contribution positive en matière d’environnement, notamment pour éviter un nombre important de véhicules faisant un important détour ». Cela est contredit par l’ensemble des études sur la question, soutient le milieu écologiste.

« Ça ne correspond pas à ce que la science dit », tranche Sabaa Khan, directrice générale pour le Québec et l’Atlantique de la Fondation David Suzuki, intarissable sur les nombreuses études concluant à l’inutilité, voire à la nocivité pour l’étalement urbain, du projet pouvant s’élever à 10 milliards de dollars.

Compétence provinciale

Le projet de troisième lien est de compétence exclusive de la province, avance également Yves-François Blanchet. L’argument avait aussi justifié la neutralité du parti sur cette question depuis le début de la campagne électorale. « Québec est responsable des consultations environnementales, des consultations publiques, et de susciter l’acceptabilité sociale. Ça, c’est la position du Bloc », a répété son chef mercredi. Là encore, les écologistes ont apporté un bémol.

Québec est responsable des consultations environnementales, des consultations publiques, et de susciter l’acceptabilité sociale. Ça, c’est la position du Bloc.

« C’est d’abord une décision provinciale [mais] l’enjeu fédéral est au niveau du financement du projet, explique François Pepin, président du conseil de Trajectoire Québec. On sait que les programmes d’infrastructures au fédéral favorisent les projets verts, les projets de transport collectifs. Donc l’argent devrait être dépensé dans des projets verts et non pas dans projets qui viennent empirer la situation, faire augmenter nos GES [émissions de gaz à effet de serre]. »

Le Devoir a rapporté en mai que même si Québec souhaite un financement fédéral à la hauteur de 40 % de la facture, la construction de nouvelles routes en milieu urbain au pays n’entre dans aucun programme fédéral actuel. Plusieurs sources au sein du gouvernement Trudeau avaient confirmé ne pas souhaiter financer le tunnel, hormis peut-être la partie pour les voies réservées d’autobus, donc d’un montant beaucoup plus modeste. « On va continuer d’être intéressé par des projets, particulièrement des éléments du troisième lien qui ont lien avec du transport collectif », a évoqué Justin Trudeau, mercredi.

Pas de malaise au Bloc

Deux candidates de la région de la Capitale-Nationale consultées par Le Devoir ont indiqué ne voir aucun problème dans l’opinion de leur chef.

« Il va y avoir un BAPE [Bureau d’audiences publiques sur l’environnement] qui va faire des évaluations, qui va faire des recommandations, ce qui va faire en sorte que s’il y a un troisième lien, ce lien-là va pouvoir avoir des composantes de transport en commun, de rails, etc., qui pourrait le rendre écologique. Il y a un énorme “si” », comprend Julie Vignola, députée sortante dans Beauport-Limoilou.

« C’est la démocratie québécoise qui doit s’en occuper […] Nous, ce qu’on dit, c’est que le Québec a droit à sa pleine part du programme d’infrastructures. Si l’argent ne va pas au Québec, il va aller ailleurs », ajoute Marie-Christine Lamontagne, candidate dans Charlesbourg–Haute-Saint-Charles, qui s’est déjà présentée sous les couleurs de Québec solidaire en 2018. Elle ne souhaite pas se prononcer sur l’idée de tunnel de la CAQ, ne serait-ce que pour mentionner que le projet « n’est pas définitif ». Elle soutient que personne ne lui parle du troisième lien dans sa circonscription.

Le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole, dit être à la tête du « seul parti en faveur du troisième lien », arguant que le Bloc a une position changeante sur le sujet. Ses députés de la région de Québec ont fait une sortie conjointe, la semaine dernière, pour porter ce message.

Au contraire, le NPD a rappelé sa vive opposition au projet. « Ce n’est pas un projet qui amène à nos buts de réduction de gaz à effet de serre, une infrastructure qui nous aide à faire face à la crise climatique », a déclaré son chef, Jagmeet Singh.

À voir en vidéo