Roger Fréchette affirme ne pas avoir raconté à quiconque les événements

Le contre-interrogatoire du policier Roger Fréchette a duré toute la journée jeudi, l’avocate revenant sur les moindres détails de cette nuit mouvementée, qui s’est soldée par une accusation d’agression sexuelle.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le contre-interrogatoire du policier Roger Fréchette a duré toute la journée jeudi, l’avocate revenant sur les moindres détails de cette nuit mouvementée, qui s’est soldée par une accusation d’agression sexuelle.

Bien qu’il affirme n’avoir rien à se reprocher, le policier Roger Fréchette n’a jamais parlé à quiconque de sa visite dans la chambre d’hôtel d’une détenue qu’il venait de libérer avant de recevoir une plainte pour agression sexuelle.

« Je n’étais pas nécessairement fier, je ne me vantais pas de ça », a-t-il expliqué à la procureure de la Couronne, Me Andrée-Anne Tremblay qui tentait de savoir pourquoi il n’avait pas raconté les événements, ni à sa famille, ni à ses amis ou à ses confrères de travail.

Le contre-interrogatoire du policier Roger Fréchette a duré toute la journée jeudi, l’avocate revenant sur les moindres détails de cette nuit mouvementée, qui s’est soldée par une accusation d’agression sexuelle.

Le policier, stoïque, a gardé sa version des faits, à savoir qu’il a raccompagné la victime à son hôtel pour s’assurer qu’elle était en sécurité et qu’il est entré dans sa chambre car cette dernière avait besoin de parler. Il était heureux d’avoir une excuse pour « écouler le temps » jusqu’à son rendez-vous à l’hôpital trois heures plus tard, a-t-il affirmé.

Le policier a soutenu à maintes reprises que la plaignante n’avait « aucune pudeur » lorsqu’elle était incarcérée. Elle ne portait d’ailleurs qu’un soutien-gorge lorsque celui-ci s’est présenté à sa cellule pour la première fois. Or, Me Andrée-Anne Tremblay a présenté des images de son incarcération — non diffusée devant les médias pour préserver la dignité de la plaignante — où celle-ci tenterait plutôt de dissimuler ses parties intimes avec son chandail, ayant enlevé son pantalon dans lequel elle avait uriné pendant son arrestation.

Elle l’a longuement questionné à savoir pourquoi il n’avait pas amené une couverture pour lui permettre de se couvrir ou des vêtements de rechange, ce qu’il a fait beaucoup plus tard. Elle l’a également questionné sur les raisons qui l’ont poussé à rester devant elle alors qu’elle était dénudée, à deux reprises, alors qu’il aurait pu se mettre en retrait pour poursuivre la conversation en lui laissant son intimité. La plaignante, dont l’identité est protégée par une ordonnance de non-publication, a soutenu que le policier lui avait fait des avances de nature sexuelle lors de son incarcération et qu’il avait affirmé qu’il aimait qu’elle soit « comme un animal en cage ».

D’autres options étaient possibles

À sa sortie, à la fin de son quart de travail, le policier aurait pu lui donner de l’argent pour un taxi, demander qu’on la raccompagne en autopatrouille ou s’assurer auprès de ses collègues qu’on aide la détenue à rentrer à son hôtel, a relevé la Couronne. « Ça aurait pu, il y a plein de choses qui auraient pu être faites, moi je l’ai pris sur moi parce que j’avais du temps, a-t-il affirmé. Je ne trouvais pas ça grave de le faire. »

Questionné à savoir s’il était « normal » d’aller reconduire un détenu, le policier a reconnu que ce n’était « pas normal ». « Mais dans son cas à elle, où elle ne savait pas où elle s’en allait avec cette température-là [il faisait -24 degrés Celsius cette nuit-là], je voulais m’assurer qu’elle savait où elle s’en allait […] Je n’étais pas pour lui payer un taxi, ça c’est sûr. »

Bien que Roger Fréchette ait affirmé qu’elle ne savait pas le nom de l’hôtel ni où il se trouvait, à part que c’était sur la rue Sherbrooke, ils n’ont mis qu’une dizaine de minutes à s’y rendre. Arrivé sur les lieux, le policier a cherché du stationnement avant de se garer devant l’hôtel, sur ce qu’il croyait être un débarcadère. Il a d’ailleurs demandé au commis de l’hôtel jusqu’à quelle heure il pouvait laisser sa voiture à cet endroit. Et ce, bien que sa seule intention, dit-il, fût d’accompagner la plaignante jusqu’à sa chambre pour s’assurer qu’elle soit en sécurité, alors que le réceptionniste avait déjà pris les choses en main en donnant un double de clé à sa cliente qui avait perdu la sienne.

Pourquoi, alors, ne pas quitter les lieux puisque madame était en sécurité ? » a demandé la Couronne. « On ne sait pas si la clé est bonne, si on trouve la clé, moi je ne sais pas, s’il faut qu’il appelle quelqu’un d’autre. S’il n’a pas la clé et qu’il ne veut pas la garder [la cliente], s’il veut la garder tant mieux, mais s’il dit qu’il ne peut pas la garder, je vais l’amener au Tim Horton. »

Il s’apprêtait à quitter, répète-t-il, lorsqu’elle a ouvert la porte, mais celle-ci aurait insisté pour qu’il l’accompagne dans la chambre.

L'après-coup

Par la suite, il serait resté un moment seul dans la chambre pendant qu’elle est sortie fumer une cigarette. En revenant, elle lui aurait servi un verre d’alcool et lui aurait demandé son cellulaire pour mettre de la musique, ce qu’il a accepté. « Vous acceptez de débarrer votre cellulaire et de le donner à une inconnue ? », a demandé Me Andrée-Anne Tremblay. « Je ne vois pas ce qui aurait pu arriver », a répondu l’accusé.

Selon lui, la plaignante aurait dit : « Je vais mettre de la musique comme ça quand tu vas l’entendre, tu vas penser à moi. » Ce commentaire, dit-il, l’a laissé « froid ».

Elle lui aurait ensuite demandé d’aller la reconduire chez elle à Gatineau ou de lui prêter de l’argent pour payer son billet de train, puisqu’elle avait perdu son portefeuille. « Je lui ai dit : j’ai fait déjà assez de faveurs en t’emmenant ici. C’est le maximum que je peux faire. » Elle se serait alors mise à danser et le policier se serait levé pour quitter.

C’est alors qu’elle lui aurait liché l’oreille et touché son entrejambe. La plaignante soutient plutôt que c’est lui qui aurait fait ces gestes. Le policier affirme être allé aux toilettes pour s’essuyer le visage et qu’elle se serait alors dénudée devant lui en indiquant qu’elle allait prendre une douche. Il aurait alors quitté les lieux et s’est rendu au CHUM pour son rendez-vous médical puis à la cour municipale pour vérifier une affaire personnelle avec un locataire. De retour à la maison, il n’a parlé à personne de sa mésaventure.

Quelque temps plus tard, le policier dit avoir été informé qu’il avait une plainte, d’abord en déontologie puis du Bureau des enquêtes indépendantes pour agression sexuelle. « J’étais surpris mais pas inquiet car je savais que je n’avais rien fait à ce moment-là. »

Le procès, qui devait se terminer vendredi avec les plaidoiries des avocats, a été remis au 18 octobre. En effet, l’avocat de la défense, Me Félix Rémillard-Larose, souhaite faire entendre un nouveau témoin dans cette affaire. Il s’agit d’une journaliste du Devoir qui a écrit sur l’histoire de la plaignante en décembre dernier. Selon la défense, il y aurait une contradiction entre ce que la journaliste a écrit et ce que la plaignante a affirmé dans son témoignage devant le tribunal. Devant la juge, Me Larose a annoncé que les avocats du Devoir avaient signifié leur intention de s’opposer à cette requête.

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