La fin du télétravail fait craindre une hausse des abandons d'animaux

Les «chiens COVID», qui ont été adoptés juste avant ou pendant le confinement, n’ont pas été exposés à un grand éventail de situations, ce qui peut les rendre extrêmement anxieux.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les «chiens COVID», qui ont été adoptés juste avant ou pendant le confinement, n’ont pas été exposés à un grand éventail de situations, ce qui peut les rendre extrêmement anxieux.

La période du déménagement a amené une légère hausse du nombre d’abandons d’animaux de compagnie cette année, constate le directeur général de la Société de protection des animaux de Québec, Félix Tremblay. Mais comme plusieurs, celui-ci craint davantage pour la rentrée en septembre, de nombreux chiens risquant d’être envoyés dans des refuges en raison de problèmes de comportement causés par l’anxiété de séparation.

« On a vu une hausse des abandons autour du 1er juillet, mais la réalité, c’est que ça n’a pas été dramatique, explique Félix Tremblay. Ça se situe entre 2019, qui était une année normale, et 2020, qui a été une année exceptionnelle. On sent que les gens reviennent lentement à leurs anciennes habitudes [en matière d’abandon]. »

En effet, en raison de la pandémie, il n’y a eu pratiquement aucun abandon en 2020 et une demande record pour les demandes d’adoption. Or, la lune de miel semble s’estomper. « Présentement, mes cages à adoption ne sont pas pleines et l’arrière-boutique non plus. Les animaux qui, l’année passée, partaient en quelques heures prennent maintenant quelques jours avant de partir à l’adoption. Donc même s’il n’y a pas de changement dramatique, on voit clairement que les gens sont moins enclins à adopter des animaux. »

Et cette situation est directement liée, selon lui, à la fin de la pandémie. « C’est la raison pour laquelle ce qu’on craint le plus, ce n’est pas tellement les abandons maintenant, mais des abandons autour de la fête du Travail, quand les gens vont avoir leurs deux doses, que les enfants vont retourner à l’école et que les adultes vont retourner au travail. »

« Chiens COVID »

Le problème, explique-t-il, c’est que les « chiens COVID », comme on les appelle dans le milieu, qui ont été adoptés juste avant ou pendant le confinement, n’ont pas appris à sociabiliser et n’ont pas été exposés à différentes situations, ce qui les rend extrêmement anxieux. Et lors de la séparation, en septembre prochain, beaucoup risquent de développer des problèmes de comportement en raison de cette anxiété de séparation.

Laissés seuls à la maison pour la première fois depuis longtemps, ces chiens — car ce sont surtout les chiens qui vont développer ce type d’anxiété — peuvent se ronger la patte jusqu’au sang, s’agiter dans leur cage au point de se blesser, détruire le mobilier ou hurler en plein milieu de la nuit. « Quand on parle de problèmes de comportement, ça a l’air banal, mais quand c’est rendu que ça crée des chicanes de voisins ou que les propriétaires vous demandent de vous départir de votre chien parce que les voisins ne sont plus capables de l’endurer, vous allez avoir un problème », prévient Félix Tremblay, qui suggère de commencer l’acclimatation dès maintenant.

Même s’il n’y a pas de changement dramatique, on voit clairement que les gens sont moins enclins à adopter des animaux.

C’est d’autant plus problématique, dit-il, qu’il est difficile de procéder à une rééducation sociale d’un animal dans un refuge, un endroit où les animaux sont généralement plus stressés. Et malheureusement, il est plus difficile par la suite de trouver une famille pour eux. « Il n’y a pas beaucoup de gens qui vont vouloir avoir un animal qui risque d’endommager le mobilier ou de hurler à deux heures du matin. C’est plus difficile d’avoir un coup de cœur dans ces circonstances-là. »

Prévoir le coup

Félix Tremblay, qui a déjà commencé à voir des « chiens COVID » anxieux, n’est pas le seul à s’inquiéter pour ces animaux. Carole Lacasse, directrice du service à la clientèle chez Proanima à Boucherville, estime elle aussi que le phénomène de sous-socialisation des « chiens COVID » est « inquiétant » en raison des problèmes de comportement que cela va engendrer. Elle espère toutefois que les propriétaires de chiens ne vont pas les abandonner et qu’ils vont aller chercher de l’aide auprès d’éleveurs canins et de vétérinaires qui peuvent suggérer des thérapies ou de la médication.

Michel Pepin, porte-parole de l’Association des médecins vétérinaires du Québec, confirme lui aussi cette crainte. « Le fait d’avoir des maîtres peu expérimentés, combiné au manque de contacts sociaux du chien et à la présence du maître 24 heures sur 24, ça fait des chiens qui sont davantage attachés à leur maître. Et au moment où les gens vont commencer à reprendre leur vie normale, il y a des risques de développer une anxiété de séparation et des problèmes de comportement. On a déjà commencé à le voir et de toute évidence, ça pourrait augmenter en septembre. »

Il ajoute que les problèmes de comportement sont une cause importante d’abandon, raison pour laquelle, selon lui, il faut consulter avant que les problèmes ne surviennent pour éviter l’escalade.

 

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