«Dis son nom»: le tribunal refuse l’anonymat à un artiste pour sa poursuite en diffamation

Identifié devant la cour par les initiales A.B, l’artiste s’est adressé au tribunal le 4 juin dernier pour obtenir la permission de préserver son identité pour ne pas nuire à son image.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Identifié devant la cour par les initiales A.B, l’artiste s’est adressé au tribunal le 4 juin dernier pour obtenir la permission de préserver son identité pour ne pas nuire à son image.

L’artiste québécois qui veut poursuivre l’homme qui serait à l’origine de l’apparition de son nom sur la liste des présumés abuseurs sur le site « Dis Son Nom » devra entreprendre ses démarches à visage découvert. Sa requête pour conserver son anonymat a été refusée mercredi par le tribunal.

« Toute poursuite en diffamation implique d’avoir à divulguer les propos jugés offensants, à les nier ou les justifier, à revivre, au moment du procès, des moments désagréables, et à remettre à l’ordre du jour une question généralement oubliée depuis longtemps », souligne dans sa décision le juge Sylvain Lussier de la Cour supérieure du Québec.

Identifié devant la cour par les initiales A.B, l’artiste s’est adressé au tribunal le 4 juin dernier pour obtenir la permission de préserver son identité pour ne pas nuire à son image. « Sa notoriété et sa bonne réputation lui permettent de gagner sa vie dans la sphère publique […] Si le demandeur veut prendre une procédure judiciaire et que son identité n’est pas protégée, il va graver sa situation et les dommages subis auront l’effet d’une loupe grossissante », avait plaidé son avocat, Me Jocelyn Vézina.

Il a également fait valoir que son client était pris dans un « piège ». « Sache que si tu me poursuis, ta cause devient publique », aurait écrit sur Facebook un homme qui allègue avoir été agressé sexuellement par cet artiste, qu’on ne peut identifier par respect aux délais d’appel.

Toutefois, rappelle le juge Lussier, le fait d’intenter une procédure judiciaire s’accompagne pour tout plaignant d’un lot d’inconvénients. « Il existe un risque que l’affaire attirera plus de médias que l’événement d’origine », note-t-il dans sa décision. « Le dépôt d’une procédure en diffamation participe du droit à une défense pleine et entière : la partie lésée peut faire rétablir son honneur et sa réputation. ».

Un consortium médiatique incluant Le Devoir avait par ailleurs contesté la requête d’anonymat de l’artiste.

À voir en vidéo