En photos | Montréal se déconfine

Pour la première fois depuis huit mois, les rues de la grande région de Montréal se sont animées au son des rires, des cris de joie et du tintement des verres en terrasses à l’occasion de la levée du couvre-feu. L’ambiance était à la fête, au point d’en oublier la pandémie le temps d’une soirée. Compte rendu.

Photos : Renaud Philippe

Texte : Annabelle Caillou et Lise Denis

1 Il fallait s’armer de patience vendredi soir pour obtenir une place sur la terrasse d’un restaurant du quartier DIX30, à Brossard. Les files étaient longues, mais certains n’ont pas hésité à attendre près de deux heures avant de pouvoir s’asseoir. «Ce n’est pas si grave. Il n’y a plus de couvre-feu ce soir alors on a tout notre temps», a fait valoir Stéphanie Pelletier qui attendait avec son amie devant le Mile Public House. Quelques mètres plus loin, au Juliette & Chocolat, nombre de clients ont dû faire demi-tour, la terrasse affichait déjà complet pour la soirée. Renaud Philippe Le Devoir
2 «On n’est même pas vegan, mais c’est la seule place qu’on a trouvée. Tout était plein», lance Maude Marois (à droite). La jeune femme de 21 ans s’est attablée au restaurant LOV avec sa sœur et deux de leurs amies en début de soirée. Verre de vin à la main, elles riaient aux éclats en attendant leurs plats. Elles profitaient pleinement de leur première terrasse depuis plusieurs mois en dépit des plexiglas qui les séparaient, consignes sanitaires obligent. «Est-ce qu’on est contentes d’enfin sortir au restaurant ? Une note sur 10, je dirai 10. 12 même !» s’exclame pour sa part Aaliyah Girard (à gauche), ne cachant pas avoir surtout hâte que les bars ouvrent à leur tour le 11 juin. Renaud Philippe Le Devoir
3 Les rues du Quartier Latin ont aussi repris vie vendredi soir. Les terrasses étaient pleines à craquer, les files d’attente parfois interminables. Familles, amis et couples semblaient tous profiter des festivités. Les plus prévoyants avaient réservé plusieurs jours en avance dans des restaurants les plus convoités. D’autres ont préféré s’attabler au calme, un peu plus à l’écart de la mouvementée rue Saint-Denis. Renaud Philippe Le Devoir
4 Malgré la levée du couvre-feu, certains fêtards ont néanmoins dû mettre un terme à leur soirée plus tôt que prévu. Aux alentours de 20h, lors du passage du Devoir dans le Quartier Latin, un jeune homme, début vingtaine, était allongé au sol, visiblement en état d’ébriété très avancé. Autour de lui, son ami et deux parfaits inconnus se demandaient quoi faire. Appeler un chauffeur Uber? Un taxi pour le ramener chez lui? C’est finalement dans une ambulance qu’il a embarqué une vingtaine de minutes plus tard. Renaud Philippe Le Devoir
5 À quelques mètres de là, un peu à l’écart de toute cette effervescence, Marie-Pier Yelle et William Lavallée attendaient patiemment d’aller voir le film Comme une vague au Cineplex Odéon. «J’ai eu 23 ans hier, alors on s’est dit qu’on allait se voir pour célébrer. On a mangé quelques dumplings et bu de la bière pour souligner ça», explique William. L’ouverture des terrasses ne faisait ni chaud ni froid aux deux amis, qui se réjouissaient plutôt de la fin du couvre-feu. «Enfin, on peut aller au cinéma. Avec le couvre-feu, c’était rendu difficile dans notre horaire et c’est moins l’fun l’après-midi», ajoute-t-il. Renaud Philippe Le Devoir
6 Sur l’avenue Mont-Royal, l’ambiance était encore plus festive que dans le Quartier latin. Lors de l’arrivée du Devoir, une voiture est passée en klaxonnant à répétition et des cris de joie lui ont répondu à l’unisson. 21h31, on venait officiellement de dépasser l’heure du couvre-feu qui était encore en vigueur la veille à Montréal. Sur la terrasse de la Taverne Saint-Sacrement, Léa Lambert et Quentin François se sont jetés dans les bras l’un de l’autre. «C’est la première fois qu’on se voit tous ensemble depuis longtemps. On avait hâte que ça arrive», confie Léa. Avec trois de ses amis, ils ont trouvé une table libre à 17 h et ne l’ont jamais quittée, enchaînant les verres et les rires. «On resterait jusqu’à demain matin si on pouvait», a-t-elle confié en riant. Renaud Philippe Le Devoir
7 Quelques coins de rue plus loin, la terrasse du bar Chez Baptiste était complètement vide. Quelques tables étaient installées, mais aucune chaise. Les rideaux étaient fermés, les lumières intérieures éteintes. «Tout le monde n’a pas eu la chance d’ouvrir aujourd’hui. Certains restaurants n’ont pas la place pour une terrasse, d’autres ont pris plus de temps pour s’organiser et trouver du personnel. Et il y a les bars qui ne vendent pas de nourriture qui doivent attendre leur tour le 11 juin», a souligné Pierre Thibault, président de la Nouvelle association des bars du Québec et copropriétaire de la Taverne Saint-Sacrement. Renaud Philippe Le Devoir
8 À quelques pas de la Taverne Saint-Sacrement, le calme de la place des Fleurs-de-Macadam contrastait fortement avec l’agitation et le bruit des terrasses voisines. Au rythme de It’s Raining Men, un homme s’est mis à chanter, puis à danser. Autour de lui, des petits groupes d’amis discutaient. Certains ont même improvisé leur propre terrasse, apportant repas, verres, bouteilles de vin et transformant les tables d’échecs en tables de pique-nique. Renaud Philippe Le Devoir
9 Passé 21h30 sur l’avenue Mont-Royal, les voitures du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) commençaient à circuler de plus en plus, sous les yeux des clients attablés aux terrasses. La présence policière se faisait d’autant plus ressentir quelques centaines de mètres plus loin au parc La Fontaine, où les rassemblements étaient plus nombreux et bien plus gros. Contacté plus tôt par Le Devoir, le SPVM a indiqué avoir mobilisé des effectifs supplémentaires pour encadrer spécifiquement le déconfinement des terrasses et la première soirée sans couvre-feu, en soutien aux postes de quartier. Renaud Philippe Le Devoir
10 Dans la pénombre du parc La Fontaine, les rassemblements étaient nombreux. De la musique émanait de différents groupes, formant un bruit de fond permanent. Certains chantaient, d’autres dansaient. Il y avait aussi des rires, des discussions enflammées et des retrouvailles arrosées. La distanciation physique n’était d’ailleurs pas toujours respectée, malgré la forte présence policière à proximité. Renaud Philippe Le Devoir
11 «Je ne peux pas tout prendre, il y en a trop !» lançait Michel, tout de même pressé de continuer sa collecte de canettes. Sans travail depuis huit ans, l’homme de 63 ans se rend au parc La Fontaine tous les soirs depuis cinq ans, sauf quand il pleut. Il y ramasse les contenants consignés jetés aux poubelles ou parfois abandonnés sur l’herbe par des Montréalais fêtards, qu’il revend ensuite pour quelques dollars. Chaque jour, Michel arpente plusieurs parcs, suivant un itinéraire bien précis. Vendredi soir, il était débordé. Son vélo chargé de canettes, il espérait toucher 100 pièces pour la soirée. Renaud Philippe Le Devoir
12 Yassine Nouis attendait la levée du couvre-feu avec impatience, vendredi. Il avait hâte de retrouver le côté social et chaleureux de son sport favori sans être contraint de mettre un terme à une partie pour rentrer avant 21h30. Électricien le jour, joueur de pétanque professionnel la nuit, Yassine est un habitué du parc La Fontaine. Depuis dix ans, il s’entraîne cinq fois par semaine avec ses coéquipiers du club La Boule. En 2012, l’équipe s’est même classée cinquième aux championnats du monde de pétanque. Vendredi soir, l’ambiance festive donnait un «tout autre charme» à la pratique. «C’est magnifique !» s’est-il exclamé lorsque Le Devoir l’a croisé tard en soirée. Renaud Philippe Le Devoir
13 Juste à côté des joueurs de pétanque, un groupe d’une dizaine de personnes profitaient plutôt du terrain de terre illuminé pour bouger leur corps au rythme des sons avoisinants. À distance les uns des autres — un, presque deux mètres — ils ont entamé des pas de danse en ligne: la Macarena, le madison et bien d’autres. Renaud Philippe Le Devoir
14 Plus loin, un groupe d’une quinzaine de personnes, assises en petits groupes de 4 ou de 5, discutaient plus calmement dans l’herbe, à la lumière d’une bougie plantée dans une canette de bière. C’était l’anniversaire de l’un d’entre eux, qui a profité du beau cadeau que lui a fait le hasard en levant cette même journée le couvre-feu. «Il fallait être ici à 21h31. Tout le monde dans le parc s’est mis à faire un décompte, il y a eu des pétards et des feux d’artifices. C’était quelque chose», souligne l’un des membres du groupe, Antoine Escher. Renaud Philippe Le Devoir

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