De grands employeurs réduisent leurs espaces de bureaux à Montréal

Certains des plus grands employeurs de Montréal comptent économiser des millions de dollars annuellement au terme de la pandémie en réduisant les espaces de bureaux qu’ils louent dans la métropole. Leurs employés devront ainsi continuer de travailler à partir de chez eux une partie de la semaine, ce qui pourrait nuire aux commerçants du centre-ville.

Le Devoir a contacté plus d’une dizaine d’entreprises et de sociétés d’État qui comptent parmi les plus grands employeurs de Montréal pour avoir un aperçu du plan qu’elles entendent adopter au terme de la pandémie en ce qui a trait à la gestion de leurs espaces de bureaux. Certaines n’ont pas voulu se prononcer, affirmant qu’elles n’avaient pas encore pris de décisions définitives, tandis que d’autres ont confirmé qu’elles réduiraient le nombre de locaux qu’elles louent dans des tours de bureaux de la métropole au terme de la crise sanitaire.

« Nous croyons qu’il y aura toujours des employés au bureau à l’avenir, mais avec une plus grande flexibilité entre la maison et le bureau. [La priorité] pour le Mouvement Desjardins est de consolider nos gens dans nos bureaux physiques et, à terme, de fermer certains de nos baux », confirme par courriel la porte-parole du Mouvement Desjardins, Chantal Corbeil. L’entreprise a toutefois décliné notre demande d’entrevue, indiquant que sa réflexion sur « l’évolution de [ses] modes de travail » est toujours en cours.

 
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir Des bureaux «non assignés» permettraient aux entreprises de maximiser leur espace et de ne pas laisser des bureaux vides durant plusieurs jours.

Des millions en jeu

Hydro-Québec, pour sa part, compte réduire d’ici quelques mois de 15 à 20 % sa superficie locative au centre-ville de Montréal, ce qui représente une diminution d’environ 150 000 à 200 000 pieds carrés.

« C’est certain que c’est en millions de dollars que ça se calcule », souligne le directeur des propriétés immobilières à Hydro-Québec, Patrick Rioux, au sujet des économies annuelles que générera cette cure minceur pour la société d’État.

Afin de réduire l’espace qu’elle occupe dans des tours de bureaux de Montréal tout en respectant les exigences prévues à ses baux, Hydro-Québec procédera à la sous-location de certains de ses espaces à « des partenaires », précise-t-il.

Cela fait près d’un an et demi qu’on fait du télétravail à temps plein. Et bien entendu, le marché s’en va dans cette direction, et les gens le demandent aussi.

 

Ainsi, les employés de la société d’État seront concentrés davantage dans son siège social, situé sur le boulevard René-Lévesque. Puisqu’il n’y aura plus assez d’espaces pour accueillir les milliers d’employés administratifs de la société d’État, celle-ci leur demandera de travailler à partir de la maison deux ou trois jours par semaine.

« Cela fait près d’un an et demi qu’on fait du télétravail à temps plein. Et bien entendu, le marché s’en va dans cette direction, et les gens le demandent aussi. Donc, pour tout ce qui est la rétention du personnel et l’embauche, ça devient des critères intéressants pour les entreprises, mais pour les employés aussi », fait valoir M. Rioux, qui appuie ses propos sur des sondages menés auprès des travailleurs de la société d’État.

« Trame commerciale » menacée

Le cas d’Hydro-Québec est d’ailleurs loin d’être unique. Publiée en février dernier, la deuxième édition de L’état du centre-ville, rapport réalisé notamment par l’Institut de développement urbain du Québec (IDU), faisait déjà état d’une augmentation de 2,6 % du taux d’inoccupation général des tours de bureaux du secteur en quelques mois pour atteindre 12,4 % au quatrième trimestre de 2020.

Une situation qui pourrait « avoir un impact sur la trame commerciale » du centre-ville, évoque le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc.

« Le risque, c’est un affaissement de la clientèle et un affaissement des dépenses [dans les commerces] », appréhende-t-il. D’un autre côté, les travailleurs pourraient décider de dépenser davantage dans les restaurants et les magasins du centre-ville les quelques jours où ils sont au bureau chaque semaine, ce qui pourrait limiter les répercussions du télétravail, nuance-t-il.

Optimisation de l’espace

Une autre tendance se dessine par ailleurs, soit celle des bureaux « non assignés ». Hydro-Québec compte ainsi éviter de conserver un espace de travail vide pendant plusieurs jours lorsqu’un employé est en télétravail. « L’objectif, c’est vraiment d’assurer une utilisation optimale de nos espaces », résume Patrick Rioux.

Une approche que souhaite aussi adopter la Société de transport de Montréal (STM), qui compte actuellement quelque 2360 employés administratifs en télétravail en raison de la pandémie, soit environ 22 % de sa main-d’œuvre. Au cours des prochaines années, l’organisation envisage de réduire progressivement le nombre de locaux qu’elle loue à Montréal pour concentrer ses employés dans quelques pôles, comme son siège social, situé au sein de la Place Bonaventure, au centre-ville.

Là aussi, les bureaux seront « non assignés » pour en assurer une utilisation optimale, indique le directeur à la planification intégrée en entretien et en immobilier à la STM, Timothy Ayoub.

Le risque, c’est un affaissement de la clientèle et un affaissement des dépenses [dans les commerces]

 

« On veut optimiser l’utilisation des espaces. Avoir des bureaux fermés quand un gestionnaire est en télétravail deux ou trois jours par semaine, ce n’est pas optimal », explique-t-il. « On a un souci de bien utiliser les ressources financières de l’organisation », ajoute-t-il.

La STM propose par ailleurs que ses employés administratifs travaillent trois jours par semaine à domicile et deux jours au bureau au terme de la pandémie. Cette requête fait toutefois l’objet de négociations actuellement avec plusieurs syndicats de la société de transport.

« On souhaite le plus de flexibilité possible », explique au Devoir le vice-président du Syndicat des professionnels de la STM, Benoit Tessier. Ce dernier estime que certains employés pourraient préférer aller au bureau plus souvent, par exemple pour bénéficier de plus de tranquillité ou d’un lieu de travail plus ergonomique.

La STM, tout comme Hydro-Québec, entrevoit un retour progressif au bureau de ses employés en septembre, si le contexte sanitaire le permet.

La Ville étudie ses options

La Ville, qui représente le plus grand employeur de la métropole, envisage d’ailleurs elle aussi de réduire le nombre de bureaux qu’elle loue à Montréal afin de réaliser des économies. Plus de 9000 employés de la Ville peuvent travailler à distance sur un total d’environ 28 000 travailleurs.

« Comme plusieurs grandes organisations, la Ville mène présentement une réflexion sur les impacts de la pandémie sur l’organisation du travail, et le recours au télétravail. Un comité multidisciplinaire a été mandaté pour préparer différents scénarios et évaluer les impacts pour la Ville », confirme la relationniste Audrey Gauthier.

Il est toutefois trop tôt pour déterminer quelles seront les répercussions immobilières, « humaines » et « financières » du scénario qui sera choisi par l’administration municipale, affirme-t-elle.

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1 commentaire
  • Denis Carrier - Abonné 17 mai 2021 09 h 05

    Un premier pas

    Un premier pas dans la compréhension des leçons à tirer de la covid-19 : qu’il y aura d’autres pandémies si on retourne à la normale (ou plutôt à l’anormale) c’est-à-dire si tout revient comme avant. La covid-19 devrait nous avoir appris que les épidémies sont directement reliées à la densité de population, humaine comme animale. Oui, sortir de Montréal le plus tôt possible et mettre fin aux élevages industriels de poulets qui donnent la grippe aviaire ou aux élevages de visons danois porteurs de la covid-19.