Mobilisations pour un traitement plus «humain» des parcours migratoires

Dimanche, dans le quartier Villeray, les organismes Afrique au féminin et United Refugees Council Canada ont réclamé des gouvernements un plan d’immigration «pour inclure tout le monde».
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Dimanche, dans le quartier Villeray, les organismes Afrique au féminin et United Refugees Council Canada ont réclamé des gouvernements un plan d’immigration «pour inclure tout le monde».

Deux manifestations ont eu lieu séparément samedi et dimanche à Montréal pour exiger des gouvernements un traitement « plus humain » des demandes d’immigration, tant pour les réfugiés, les étudiants internationaux ou les sans-papiers que pour les travailleurs étrangers temporaires.

Samedi, plus d’une centaine de personnes ont dénoncé la lenteur du traitement des demandes de résidence permanente des travailleurs étrangers établis au Québec, une situation qui place nombre d’entre eux dans une situation précaire en plus de fragmenter des familles.

L’événement, organisé par plusieurs groupes communautaires, s’est déroulé devant les bureaux d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). De nombreux manifestants ont brandi des affiches pour déplorer un délai de traitement qui atteint souvent plus de deux ans pour l’obtention d’une résidence permanente au Québec.

Irma Silva Herrera, rencontrée devant le bâtiment de la rue Saint-Antoine, déplorait d’ailleurs le fait que son mari, d’origine italienne, se retrouve face à des délais interminables dans ses démarches pour obtenir la résidence permanente.

« On ne peut pas avancer dans nos projets tant que son statut est précaire. On ne peut pas acheter une maison, fonder une famille, s’établir complètement », a-t-elle déploré. Son conjoint, Federico Galli, envisage d’ailleurs de changer de province pour obtenir sa résidence permanente. Ailleurs au Canada, le délai pour obtenir celle-ci est d’environ six mois, contre plus de trois ans au Québec.

« La semaine passée, j’ai commencé à postuler en Ontario parce qu’à la fin, je veux devenir Canadien », a dit M. Galli.

Une situation qui survient au moment où plusieurs secteurs de l’économie font face à une pénurie de main-d’œuvre.

« C’est fou qu’en 2021, on ait des gouvernements qui agissent plus par idéologie que par pragmatisme », souligne le fondateur du mouvement Le Québec, c’est nous aussi, Thibault Camara. Au moment où les délais de traitement pour obtenir la résidence permanente sont en train « d’exploser », il presse Québec et Ottawa de s’entendre et d’accorder ce statut à tous les travailleurs qualifiés étrangers qui ont déjà obtenu leur Certificat de sélection du Québec, mais qui tardent à obtenir leur résidence permanente. Ils sont plus de 51 000 au Québec.

« On demande une approche humaine de l’immigration. On demande un traitement plus empathique », résume Fanny Lemaire, également membre du mouvement Le Québec, c’est nous aussi.

« Je veux mon papa »

Plusieurs témoignages déchirants de travailleurs étrangers se sont d’ailleurs succédé avant le début d’une marche qui a mené les manifestants aux bureaux montréalais du premier ministre François Legault, sur l’avenue McGill College, puis à la place de la Paix, un parc situé sur le boulevard Saint-Laurent.

Certains travailleurs ont dit craindre d’être séparés de leurs proches établis ici, vivre des conditions de travail difficiles parce que leur permis est échu ou fermé à un seul employeur, ce qui les place dans une situation précaire.

« Je veux mon papa », réclame une affiche brandie par Alicia, une jeune fille. Rencontrés par Le Devoir, des proches de celle-ci ont indiqué qu’elle attend son père originaire de République dominicaine depuis « plus de quatre ans ». Il aurait tenté en vain dans les dernières années d’être accueilli à titre de réfugié au Québec, indique sa femme, Roxane Walsh.

Fanny Lemaire, d’origine française, dispose pour sa part d’un permis de travail fermé avec son employeur dans l’attente d’obtenir sa résidence permanente. « Si demain je perds ma job, je dois peut-être quitter le Québec, alors que j’ai mon conjoint ici, mon appartement. C’est toute une vie qui est reliée à mon emploi », souligne-t-elle.

Afin de réduire la précarité des travailleurs étrangers dans l’attente de leur résidence permanente, le gouvernement fédéral s’est toutefois engagé plus tôt cette semaine à délivrer des permis de travail ouverts à toutes ces personnes. Ottawa s’est aussi engagé à traiter plus rapidement les demandes d’immigration au pays.

Un statut pour tous

Dimanche, une deuxième manifestation sur le même thème s’est tenue dans le quartier Villeray. Les organismes Afrique au féminin et United Refugees Council Canada ont réclamé des gouvernements un plan d’immigration « pour inclure tout le monde », explique le porte-parole de United Refugees Council Canada, Jagdeep Bhutt.

« Récemment, le gouvernement fédéral a annoncé un programme pour donner la possibilité d’être résidents permanents à presque 90 000 personnes. Mais, c’est tellement limité. Cette voie exclut beaucoup de gens. »

Jagdeep Bhutt déplore la distinction opérée par les gouvernements entre travailleurs « essentiels » et les restes des immigrants. Tous ont droit à la dignité d’un statut, selon lui.

« Beaucoup de demandeurs d’asile ont des enfants qui ont appris le français ici, ont appris les valeurs québécoises, les valeurs canadiennes aussi. Ils ont de grands rêves, mais la situation actuellement est tellement décourageante et déprimante. Le Canada se dit champion des droits de l’homme et des politiques menées par un esprit humanitaire, mais les gens qui vivent ici ont beaucoup de problèmes qu’on ignore. Le Canada doit vivre en accord avec sa réputation. »

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