Sortir de la crise la tête plus haute

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
La Fondation du Grand-Montréal a porté son attention pendant la pandémie sur les communautés issues de la diversité culturelle, souvent «surreprésentées dans des occupations qui sont plus à risque et dans les services essentiels».
Photo: Renaud Philippe Le Devoir La Fondation du Grand-Montréal a porté son attention pendant la pandémie sur les communautés issues de la diversité culturelle, souvent «surreprésentées dans des occupations qui sont plus à risque et dans les services essentiels».

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

Malgré la pandémie, la Fondation du Grand Montréal (FGM) a distribué une somme record en 2020, soit 33,3 millions de dollars en subventions. L’organisme de bienfaisance désire également se tourner vers l’avenir en effectuant un virage plus durable et plus responsable.

Au début de la crise sanitaire, beaucoup de fondations, de même que les gouvernements, ont pris la décision de débloquer des fonds pour venir en aide aux gens dans le besoin, explique le président-directeur général de la FGM, Karel Mayrand. Ainsi, les apports annuels à la FGM totalisent près de 46 millions de dollars.

La Fondation a également connu en 2020 un taux de rendement brut de 11,33 %, pour s’élever à 373 millions de dollars d’actifs sous sa gestion. Avec ces rendements, l’organisme de bienfaisance a pu verser une somme record de 33,3 millions de dollars de subventions l’année dernière. « Le secteur philanthropique et les gouvernements ont œuvré ensemble pour essayer d’amoindrir les impacts de la pandémie », ajoute M. Mayrand.

Les fonds d’urgence gouvernementaux sont venus combler la diminution du financement de plusieurs organismes communautaires, qui ont fait face dans le même temps à une hausse de la demande. « Ça pouvait vouloir dire de financer du matériel informatique pour travailler à distance, d’acheter des camions réfrigérants ou des frigos pour augmenter la distribution alimentaire », détaille le p.-d.g. de la FGM.

S’il observe que 2020 a été une année de crise durant laquelle les besoins « ont explosé de partout », il constate que les enjeux de la nourriture, de l’itinérance et de la santé mentale ont été les plus marqués. La FGM a également porté son attention sur les communautés issues de la diversité culturelle. « Souvent, elles sont surreprésentées dans des occupations qui sont plus à risque et dans les services essentiels », illustre-t-il.

Le fait de cibler davantage les communautés culturelles a fait évoluer la mission de la FGM, estime M. Mayrand. « Historiquement, le secteur philanthropique est peu intervenu pour venir en aide aux populations immigrantes. Et là, on a commencé à se rapprocher un peu de ces milieux-là. C’est sûr que ça va transformer notre action pour l’avenir », avance-t-il.

Relancer l’économie de façon responsable

Avec la fin éventuelle de la pandémie en 2021, la Fondation ciblera les secteurs de l’insécurité alimentaire, de l’itinérance, du logement et de la santé mentale. « Quand on sort de la crise, ça ne veut pas dire que c’est terminé sur le terrain. Il y a encore des difficultés qui sont vécues », dit M. Mayrand. Ainsi, un nouveau fonds collectif de relance a été créé, destiné à assurer une action plus soutenue face à ces enjeux.

À partir de 2021, on considère maintenant que nos investissements servent à faire progresser le développement durable. Pas uniquement à générer des rendements.

 

Dans le souci de prendre un virage plus durable et responsable, la Fondation revoit également sa politique de placements, en vue de l’adopter d’ici la fin de l’année. Cette initiative se fait notamment par l’intermédiaire d’un fonds pour la transition écologique au budget avoisinant le million de dollars, explique M. Mayrand.

« On est en train d’essayer de soutenir la lutte contre les changements climatiques, la sensibilisation sur les questions environnementales, la recherche », décrit-il. Il ajoute que la FGM désire assurer un rôle de leadership et mobiliser les institutions et les entreprises de la métropole pour atteindre la cible de réduction d’émissions de gaz à effet de serre de Montréal d’ici 2030.

Une vision qui sera incluse « de façon systématique » dans la politique de placements de la Fondation, projette le p.-d.g. « À partir de 2021, on considère maintenant que nos investissements servent à faire progresser le développement durable. Pas uniquement à générer des rendements », dit-il.

Il précise néanmoins que les secteurs d’investissements ne seront pas métamorphosés du jour au lendemain. « Si on voit que les entreprises, par exemple, ont des pratiques sur les plans social ou environnemental qui sont dommageables, oui, on va finir par en sortir », dit-il. Ainsi, il prévoit « très rapidement » l’exclusion du secteur du charbon et des producteurs pétroliers les plus polluants aux rendements les « moins intéressants » du portefeuille de la Fondation.

Une approche qui devrait durer, pas seulement à la FGM, mais aussi dans tout le monde philanthropique, estime M. Mayrand. Il observe de plus en plus de fondations qui investissent non seulement en visant les bénéfices, mais en tenant aussi compte des objectifs sociaux, environnementaux et de la gouvernance des entreprises. « L’ensemble du marché en ce moment est en train de se redéployer vers des énergies renouvelables parce que c’est là que les rendements futurs se situent. »