Inquiétudes autour d’une église moderne

La démolition du presbytère, adjacent à l’église, a fait place à un petit lac rempli d’eau. Lors du passage du «Devoir» vendredi, le site était désert et le mur dénudé de l’église laissait voir une ouverture non protégée des intempéries.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La démolition du presbytère, adjacent à l’église, a fait place à un petit lac rempli d’eau. Lors du passage du «Devoir» vendredi, le site était désert et le mur dénudé de l’église laissait voir une ouverture non protégée des intempéries.

Des groupes de défense du patrimoine s’inquiètent du sort de l’église Saint-Gérard-Majella, à Saint-Jean-sur-Richelieu, qui se retrouve au cœur d’un chantier de construction résidentielle et qui pourrait être convertie en boulodrome. L’accumulation d’eau sur le site leur fait craindre pour l’intégrité du bâtiment, une église moderne jugée remarquable qui avait été sauvée de la démolition en 2016.

La démolition du presbytère, adjacent à l’église, a fait place à un petit lac rempli d’eau. Lors du passage du Devoir vendredi, le site était désert et le mur dénudé de l’église laissait voir une ouverture non protégée des intempéries. Sur la partie est du terrain, de nouveaux immeubles résidentiels ont été construits et accueillent déjà des résidents.

Le propriétaire de l’église, le promoteur Réjean Roy, assure toutefois que l’intégrité du bâtiment n’est pas compromise malgré la présence d’eau et le mur percé. « Il n’y a aucun problème avec la solidité de l’église », a soutenu M. Roy en entrevue au Devoir. « L’église est sur des pieux. […] La structure est en bon état. Si elle n’était pas en bon état, on l’aurait démolie. […] C’est clair qu’on conserve l’église. »

Réjean Roy avait acheté l’église Saint-Gérard-Majella et le terrain qu’elle occupe en octobre 2015 pour la somme de 800 000 $, après que la paroisse Saint-Jean-L’Évangéliste ait renoncé à restaurer le bâtiment compte tenu du coût élevé des travaux. Le promoteur comptait alors démolir l’église afin d’ériger un complexe domiciliaire de 104 appartements. Mais son plan avait dû être mis sur la glace en raison de l’opposition de citoyens au changement de zonage.

Les vitraux démantelés

Construite en 1962 selon les plans de l’architecte Guy Desbarats, l’église Saint-Gérard-Majella a reçu la cote la plus élevée du Conseil du patrimoine religieux du Québec en raison de son architecture exceptionnelle. Décédé en 2003, M. Desbarats est une figure marquante de l’architecture québécoise des années 1960-1970. C’est la voûte asymétrique aux lignes courbes qui donne à l’église son originalité. Elle comporte aussi des vitraux conçus par Jean-Paul Mousseau.

Réjean Roy a finalement soumis un nouveau projet comportant 82 logements sur le terrain — dont 64 sont déjà construits — et la restauration de l’église. Six logements seront aménagés dans le chœur de l’église et le promoteur envisage de louer la nef à la Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu pour un centre de pétanque intérieur. Ce scénario permettrait de maintenir la vocation publique du bâtiment, dit-il.

Il souligne que le bâtiment est mal isolé et mal construit et que les travaux permettront de le mettre aux normes. Quant aux vitraux de Mousseau, ils seront démantelés. « Il n’y a pas de vitraux, c’est de la fibre de verre d’un [huitième de pouce] d’épais. Ça va tout être démoli. Il n’y a rien de bon là-dedans. »

Pour ce qui est du clocher, dont la brique présente des signes de dégradation, il est voué à disparaître, mais M. Roy soutient que la Ville refuse pour l’instant de délivrer le permis de démolition. « Si la Ville ou les groupes de patrimoine veulent le garder, il va falloir qu’ils le paient. Ça coûte 150 000 $ pour refaire la brique », dit-il.

Inquiétudes

Action patrimoine trouve préoccupante la présence d’une accumulation d’eau près des fondations de l’église. L’organisme a récemment écrit au ministère de la Culture afin d’exprimer ses inquiétudes quant au chantier. « Dans l’optique des bonnes pratiques, les mesures envisageables qui pourraient être mises en place seraient le pompage de l’eau », explique Renée Genest, directrice générale de l’organisme.

Si la Ville ou les groupes de patrimoine veulent le garder [le clocher], il va falloir qu’ils le paient. Ça coûte 150 000 $ pour refaire la brique.

 

Docomomo Québec, un organisme de protection du patrimoine moderne, n’est pas rassuré non plus et craint de voir le scénario de la démolition en 2019 de l’église Notre-Dame-de-Fatima, à Saguenay, se répéter. « J’ai l’impression qu’on pourrait invoquer les risques liés à des séismes ou le danger que l’église pourrait représenter », souligne Olivier Lauzon, membre de Docomomo.

De son côté, la Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu n’a pas été en mesure de se prononcer sur l’état du chantier. Elle signale toutefois qu’elle n’a toujours pas pris de décision quant à la possibilité de louer l’église pour l’aménagement d’un boulodrome.

À l’automne dernier, elle a lancé un appel de propositions à la population et reçu plusieurs offres dont celle de Réjean Roy. Le Service de la culture, du développement social et du loisir a entrepris d’étudier les propositions et une recommandation devrait être soumise aux élus bientôt, a précisé par courriel Marie-Josée Parent, du Service des communications de la Ville.

Réjean Roy estime que les groupes de défense du patrimoine s’inquiètent inutilement et que l’église sera restaurée. Il déplore toutefois n’avoir eu aucune aide pour conserver l’église. « Il y a eu contestation après contestation et tout le monde s’en mêle, mais personne ne fait rien pour nous aider. »

 

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