Benoit Cardinal reconnu coupable

Le 16 janvier 2020, il vait battu à mort sa conjointe Jaël Cantin dans leur résidence de Mascouche.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le 16 janvier 2020, il vait battu à mort sa conjointe Jaël Cantin dans leur résidence de Mascouche.

Benoit Cardinal a été déclaré coupable samedi du meurtre prémédité de sa conjointe Jaël Cantin, battue à mort le 16 janvier 2020 dans leur résidence de Mascouche. Après deux jours de délibérations, le jury a rendu son verdict en avant-midi au palais de justice de Joliette.

L’homme de 35 ans écope automatiquement d’une peine de prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

La Couronne a donc réussi à convaincre le jury, composé de huit femmes et de quatre hommes, non seulement que l’ex-éducateur en centre jeunesse est l’auteur du meurtre, mais qu’il a de surcroît planifié son geste. Jaël Cantin, 33 ans et mère de six enfants, est décédée d’un traumatisme contondant à la tête après avoir été battue à mort dans sa résidence de Mascouche.

« C’était le verdict qui était attendu [par la Couronne]. C’est un soulagement pour la famille, qui va pouvoir maintenant occuper ses énergies à autre chose que de tenir un procès », a réagi au Devoir la procureure de la Couronne, Me Caroline Buist, en début d’après-midi samedi.

Ce jugement survient après 15 mois de procédures judiciaires, qui ont connu certains retards en raison de la crise sanitaire. « Aujourd’hui, ce n’est pas une période de réjouissances ou de satisfaction. Un sentiment de peine est en nous tous. Tout le monde est perdant dans une telle situation », a déclaré le père de la victime, Gaétan Cantin, lors d’une brève allocution aux médias empreinte d’émotion effectuée à la suite de la décision du jury.

Selon Me Buist, un tel jugement « tombe juste à point » alors que 10 féminicides en contexte de violence conjugale ont eu lieu au Québec depuis le début de l’année et que la confiance du public à l’égard du système judiciaire est ébranlée, notamment par des acquittements successifs dans la foulée du mouvement #MoiAussi.

« Ça démontre que le système de justice est là [et que] des condamnations sont possibles », a soutenu la procureure de la Couronne vendredi. En entrevue, Me Buist a d’ailleurs souligné que plusieurs mesures ont dû être mises en place « pour faciliter le témoignage de cinq témoins mineurs » au cours de ce procès.

Aujourd’hui, ce n’est pas une période de réjouissances ou de satisfaction. Un sentiment de peine est en nous tous. Tout le monde est perdant dans une telle situation.

 

Ainsi, ce procès, « c’est un cas où la justice s’est finalement adaptée à la réalité que vivent ces enfants pour pouvoir témoigner le plus sereinement possible », a-t-elle fait valoir.

Un geste prémédité

L’aspect prémédité du geste reposait sur deux éléments de preuve : les pages Internet incriminantes consultées par l’accusé dans les jours précédant le meurtre (Comment tuer un homme sans laisser de traces / Comment réaliser le crime parfait ? — Réaliser le meurtre parfait ?) et le témoignage d’une adolescente de 16 ans qui résidait dans le centre jeunesse de Laval où travaillait Benoit Cardinal à titre d’éducateur.

L’adolescente — dont l’identité est protégée par une ordonnance de la Cour — a raconté au jury que l’accusé lui avait confié vouloir tuer sa conjointe. « Il m’a dit : “Je vais la tuer. Je vais la faire souffrir. Elle m’a tellement fait souffrir dans le passé” », a-t-elle témoigné.

La jeune femme a aussi déclaré sous serment que Benoit Cardinal lui avait détaillé les trois plans qu’il avait élaborés pour tuer sa conjointe : simuler un suicide, la pousser dans les escaliers ou faire croire à une violation de domicile dans laquelle il serait lui aussi blessé.

Les premiers policiers et ambulanciers appelés rue des Anglais la nuit du meurtre avaient été informés qu’il s’agissait d’une violation de domicile. Benoit Cardinal avait d’ailleurs fourni une description de l’intrus présumé, qu’il a décrit comme étant un Arabe.

Aucun policier ou technicien en identité judiciaire n’a toutefois trouvé de traces d’entrée par effraction ou encore d’indices laissant croire qu’une bagarre avait eu lieu dans la chambre à coucher où s’est déroulé le meurtre.

Toutes les traces de sang prélevées sur la scène de crime comportaient soit l’ADN de la victime, soit celui de l’accusé. Et aucun enfant présent dans la maison la nuit du meurtre n’a entendu la voix d’un intrus.

Selon la théorie de la poursuite, l’accusé de 35 ans aurait assassiné sa conjointe pour tenter de régler ses importants problèmes financiers. En cas de décès soudain de la technicienne en éducation spécialisée, M. Cardinal devenait alors l’unique bénéficiaire d’une assurance vie d’une valeur d’un million de dollars.

Pas de défense

Les avocats de Benoit Cardinal ont décidé de ne pas présenter de défense au procès de leur client, qui se tenait devant la juge Johanne St-Gelais de la Cour supérieure. L’accusé n’a donc pas témoigné et n’a donc pas pu faire connaître au jury sa version des faits.

Une fois le jury isolé jeudi, on a pu apprendre que, la nuit du meurtre, le père de six enfants avait dit aux premiers répondants qu’un homme s’était introduit dans la résidence familiale et qu’il avait frappé sa conjointe à plusieurs reprises. Benoit Cardinal avait même donné aux policiers une description physique de l’intrus, avec qui il disait s’être battu.

Les avocats de la défense ont par ailleurs demandé vendredi à la juge Johanne St-Gelais de se retirer de cette affaire, arguant que celle-ci aurait prétendument manqué d’impartialité au cours du procès. Une requête que la juge a rejetée.

Les avocats de la défense n’ont pas indiqué samedi s’ils porteront la cause en appel.

« On n’a pas été mis au courant non plus de leurs intentions. Maintenant, madame la juge a fait un travail impeccable. Les décisions rendues sont à notre avis très justes en droit alors la suite, l’avenir nous le dira », a souligné Me Buist au téléphone.

Décision unanime

Réunis à huis clos à Joliette, les 12 jurés avaient entamé leurs délibérations jeudi après-midi. Ils devaient s’entendre sur un verdict unanime pour qu’une décision soit rendue.

Le jury ignorait que Benoit Cardinal avait fait l’objet d’une enquête de la police de Laval concernant des allégations d’agressions sexuelles sur neuf adolescentes âgées de 13 à 17 ans commises par l’éducateur qui travaillait dans un centre jeunesse de Laval avant qu’il perde son emploi, quelques jours avant le meurtre de Mme Cantin. L’éducateur aurait notamment eu plusieurs relations sexuelles avec au moins une de ces adolescentes.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Laval a d’ailleurs désigné vendredi un auditeur indépendant pour faire la lumière sur l’efficacité des mesures au sein du centre jeunesse où a travaillé M. Cardinal.

Le jury ignorait aussi que M. Cardinal a un trouble de personnalité limite, qu’il a déjà fait une dépression et qu’il a eu une relation extra-conjugale en 2017.

Avec La Presse canadienne

À voir en vidéo