Les derniers jours de Jaël Cantin

Photo: Facebook Jaël Cantin

Le Devoir a retracé les moments marquants du drame, de la suspension de Benoit Cardinal en décembre 2019 jusqu’à cette nuit fatidique de janvier 2020.

26 décembre 2019

Benoit Cardinal est avisé verbalement qu’il est suspendu de son poste d’éducateur spécialisé au Centre jeunesse de Laval. La mère d’une adolescente du centre s’était plainte que sa fille avait reçu des textos à caractère sexuel de la part de l’homme de 33 ans.

Après l’annonce de sa suspension, des collègues soupent avec Benoit Cardinal pour lui remonter le moral. L’éducateur est paniqué, désespéré et il tient des propos inquiétants. Il dit à l’un de ses collègues : « ça va mal finir, je suis au bout du rouleau ».

Après son arrestation, Benoit Cardinal dit à une collègue que sa suspension a été « la goutte qui a fait déborder le vase ».

28 décembre

Jaël Cantin apprend par un tiers que son conjoint est suspendu de son poste d’éducateur. Elle le questionne par textos, mais il nie avoir été sanctionné. « Tu es dans marde à cause de quoi ? », lui demande Jaël Cantin. « Ayoye, là arrete je sais rien », rétorque son conjoint.

Plus tard dans la matinée, Benoit Cardinal reçoit une lettre confirmant sa suspension et l’informant qu’une enquête administrative est en cours pour faire la lumière sur les allégations. Il dit alors à sa conjointe qu’il vient d’être suspendu. « Jaurrais du etre mit au courant jeudi ou hier mais yont pas eu le temps sa lair », prétend-il. Il ajoute : « ayoye je capote je comprend rien. »

29 décembre

Benoit Cardinal consulte des pages Internet intitulées « Comment Tuer un Homme sans Laisser de Traces » et « Top 10 des façons insolites de tuer quelqu’un ». Il fait aussi plusieurs recherches portant sur le suicide.

30 décembre

La suspension de Benoit Cardinal continue de créer des tensions dans le couple qui vit déjà d’importantes difficultés financières. « Ça me rend folle ton affaire j’ai vraiment peur…. », écrit Jaël Cantin. « Ca me rend fou moi avec serieux », lui répond son conjoint. « Si tu perds ta job on ne pourra pas joindre les 2 bouts…. », souligne la mère de six enfants. « Je sais », reconnaît Benoit Cardinal.

1er janvier 2020

Des collègues inquiets envoient des textos à Benoit Cardinal. Celui-ci dit à l’un de ses collègues qu’il a quitté pour l’Ontario et qu’il ne reviendra pas au Québec, alors qu’il se trouve plutôt dans un chalet avec sa famille et des amis.

Une autre collègue craint que Benoit Cardinal mette fin à ses jours. « Il se recroquevillait sur lui-même, il était plus inquiétant », a-t-elle dit au procès.

6 janvier

Benoit Cardinal consulte plusieurs sites Internet pour obtenir des prêts en ligne. Il fait de nouvelles recherches portant sur le suicide et la détresse psychologique.

7 janvier

Benoit Cardinal demande un rendez-vous à un psychologue. « As tu des dispo plus proches ? Pcq jen ai de besoin vraiment », lui écrit-il par texto.

8 janvier

L’homme de 33 ans tente d’obtenir des prêts en ligne. Il consulte aussi le site « Comment réaliser le crime parfait ? — Réaliser le meurtre parfait ? »

9 janvier

Jaël Cantin envoie plusieurs messages de soutien à son conjoint, qui ne lui dévoile toujours pas les raisons de sa suspension. « Tu n’as rien fait de mal on ne peut pas rien de reprocher / Je pense à toi tiens-moi au courant lorsque tu sais de quoi il sagit », lui écrit-elle.

La même journée, une adolescente de 16 ans, avec qui l’éducateur entretient une relation intime, fugue du centre jeunesse. Elle contacte Benoit Cardinal qui va la rejoindre dans un stationnement à Montréal, puis l’emmène chez lui à Mascouche. Lorsque Jaël Cantin est sur le point de rentrer du travail, il propose à l’adolescente de passer la nuit dans sa voiture, ce qu’elle fait.

Durant la journée, des policiers contactent Benoit Cardinal pour savoir si l’adolescente en fugue l’a contacté. Il leur ment en disant ne pas savoir où elle se trouve.

Jaël Cantin le questionne plus tard sur la visite des policiers. « Bizarre qu’il te soupçonne de lui avoir parler [à l’ado] à l’extérieur du travail quand même », lui écrit-elle.

 

10 janvier

Après avoir fait dormir l’adolescente dans sa voiture, Benoit Cardinal la conduit au Motel Mascouche, où elle va séjourner pendant trois nuits. L’éducateur paye la chambre en argent comptant, selon le témoignage de la jeune femme.

Plus tard dans la journée, Benoit Cardinal est rencontré par les ressources humaines du CISSS de Laval. Les conclusions de l’enquête administrative lui sont communiquées : plusieurs adolescentes disent que l’éducateur entretient une grande proximité avec elles et qu’il tient des propos à connotation sexuelle. L’éducateur nie majoritairement les faits. La direction du CISSS lui annonce qu’il est renvoyé, mais qu’il peut choisir de démissionner. Il décide de remettre sa démission.

Au cours de la même rencontre, Benoit Cardinal est informé qu’il sera rencontré par des policiers. Son employeur lui offre de consulter une psychologue, ce qu’il fait.

Avant qu’elle sache que son conjoint a perdu son poste, Jaël Cantin le questionne une nouvelle fois : « Est-ce qu’il y a quelque chose que tu ne me dis pas ? » « Non », lui répond son conjoint.

Plus tard, Benoit Cardinal écrit à sa conjointe : « Jai pu de job / Je capotte esti ». Jaël Cantin le rassure : « On va te trouver autre chose […] / Tu ne peux rien changer / La vie continue / On va déménager au BC et acheter un vignoble ».

Après sa rencontre avec les ressources humaines, Benoit Cardinal discute avec une collègue. Il lui dit : « J’ai un côté sombre qui vient me hanter. Soit je vais à l’hôpital, soit c’est no way back. » Il mentionne à sa collègue qu’il ne reçoit pas de soutien à la maison : « Jaël est accusatrice, elle est stressée et elle est en tabarnak. »

Du 10 au 12 janvier

Plusieurs appels sont répertoriés entre le cellulaire de l’accusé et le motel Mascouche où séjourne l’adolescente.

11 janvier

Un ami de la famille, Frédérick Scheidler, rencontre Benoit Cardinal et s’inquiète pour lui. « Je ne l’avais jamais vu comme ça. […] Clairement, ça n’allait pas bien », a-t-il dit au procès.

Du 11 au 15 janvier

Benoit Cardinal reçoit huit appels en provenance d’agences de recouvrement.

Aux alentours du 12 janvier

L’adolescente communique avec Benoit Cardinal. L’homme lui dit qu’il va tuer sa conjointe. « Elle m’a tellement fait souffrir, je vais la faire souffrir moi aussi », lui lance-t-il. Le père de six enfants explique à l’adolescente en fugue qu’il a trois plans pour tuer Jaël Cantin : simuler un suicide, pousser sa conjointe dans les escaliers ou faire croire à une violation de domicile dans laquelle il aurait été blessé.

15 janvier

Une collègue discute avec Benoit Cardinal. Il nie toutes les allégations liées aux paroles et aux gestes déplacés au centre jeunesse. Sa collègue lui demande si sa conjointe est au courant de la situation. Il lui répond : « Jaël, c’est une folle. »

16 janvier

Pendant la nuit, Benoit Cardinal bouscule Jaël Cantin dans les escaliers de la résidence de Mascouche. Une dispute éclate. Selon deux enfants qui ont témoigné au procès, la femme de 33 ans crie à l’endroit de son conjoint : « tu aurais pu me tuer ». L’homme tente de convaincre sa conjointe qu’il s’agit d’un accident.

Vers 3 h du matin, des enfants entendent Jaël Cantin hurler. Elle est battue à mort dans sa chambre à coucher.

Les premiers répondants arrivés dans la résidence du chemin des Anglais à Mascouche aux alentours de 4 h 15 du matin sont informés qu’il pourrait s’agir d’une violation de domicile.

Plus tard dans la journée, Benoit Cardinal est mis en état d’arrestation pour le meurtre de Jaël Cantin.

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